Les élus gatinois étudient un budget qui rompt avec le plan financier à long terme.

Des millions de plus sur la dette des Gatinois

Les élus municipaux ont été nombreux lors de la première journée de l’étude du budget 2019 à déployer des efforts pour tenter de minimiser le changement de philosophie actuellement en cours à la Ville de Gatineau concernant un recours grandissant à l’endettement pour financer tantôt des projets d’infrastructures, tantôt une petite pause fiscale aux contribuables.

Avec les présentations budgétaires de la seule journée de lundi, ce sont 126 millions $ de plus qui pourraient venir s’ajouter à la dette, sur une période de 20 ans, pour financer les améliorations au réseau cyclable (30,5 M$) et pour combler le manque à gagner relatif à la réduction de 0,5 % de la perception de la taxe dédiée aux infrastructures (95,5 M$). Ces montants viennent s’ajouter à d’autres importants emprunts récemment annoncés comme celui pour le déploiement des bibliothèques (30,5 M$), les travaux dans le centre-ville (25 M$) et la réfection du boulevard Saint-Joseph (16 M$). 

Évidemment, ces emprunts sont tous différents et la marge de manœuvre financière qu’ils permettent de débloquer permet à la Ville de déjà commencer à faire les remboursements nécessaires, s’est empressé de préciser le cabinet du maire Maxime Pedneaud-Jobin. 

Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là d’une rupture avec la politique d’endettement de la Ville dictée par le plan financier à long terme qui n’autorisait des emprunts que dans la mesure où ils permettaient de décrocher une subvention des gouvernements supérieurs. Le conseiller Gilles Carpentier préfère pour sa part parler d’une « correction ponctuelle » qui était devenue nécessaire dans l’application du plan financier. 

« Ce que nous faisions à l’époque était la bonne chose à faire, mais là nous sommes rendus à payer comptant 68 % de nos investissements en infrastructures, note-t-il. Il n’y a pas une autre ville qui fait ça au Québec. On ne se relâche pas. On n’avance pas là-dedans aveuglément. Nous le faisons de manière renseignée et prudente. Les gens vont comprendre notre stratégie pour retrouver un certain équilibre. »

Un des termes les plus à la mode depuis quelques semaines à Gatineau pour expliquer ce changement de cap est l’« équité intergénérationnelle ». Le conseiller Daniel Champagne n’a d’ailleurs pas hésité à l’utiliser à plusieurs reprises, lundi, pour expliquer la pertinence de l’emprunt qui permettrait de financer le plan d’amélioration du réseau cyclable. « C’est pour assurer une équité intergénérationnelle, a-t-il dit. Ça ne peut pas être seulement les contribuables d’aujourd’hui qui paient pour des infrastructures qui serviront aux autres générations. Je suis très à l’aise de mettre ça sur la dette. »

Plan vélo

Gatineau affirme depuis plusieurs années vouloir regagner son titre de capitale du vélo au Québec. Le financement d’un plan de 30,5 millions $ recommandé au conseil démontre que « les bottines suivent les babines », estime le conseiller Tessier. Ainsi, Gatineau investira 6,1 millions $ par année pendant cinq ans. Cela doit permettre l’ajout de 150 kilomètres de liens cyclables, de tripler les sommes réservées annuellement à l’entretien du réseau et à embaucher deux coordonnateurs responsables de l’application du plan au service des infrastructures. 

L’administration a toutefois admis récemment avoir été incapable de réaliser la moitié des travaux d’entretien pour lesquels 500 000 $ étaient réservés annuellement au cours des dernières années. « C’est une question de priorité, a noté le conseiller Champagne. L’administration affirme cette fois pouvoir répondre à la demande. Nous allons suivre ça de près. Les citoyens l’affirment dans tous les sondages, le vélo est une priorité pour eux. Il faut être attentif à ces demandes et s’assurer que le réseau cyclable soit une priorité quand vient notamment le temps de faire le nettoyage au printemps. »

LA SITUATION FINANCIÈRE DE GATINEAU EN 2018

+ 4,4 millions $ : Excédent des droits de mutation (principalement dû à l’ajout d’une strate d’imposition pour les transactions supérieures à 1 million $)

+ 1,5 million $ : Excédent des taxes foncières (légèrement inférieur aux prévisions)

+ 3,5 millions $ : Excédent des revenus de placement (dû aux hausses des taux d’intérêt de la Banque du Canada en janvier, juillet et octobre 2018)

+ 1,4 million $ : Recettes du programme de remboursement volontaire (proviennent de l’entente avec les firmes collusionnaires de 2003 à 2009)

+ 600 000 $ : Excédent du service de la dette

+ 1,3 million $ : Excédent du budget des imprévus

– 3,1 millions $ : Déficit estimé du déneigement (en raison des contrats de soufflage, l’augmentation du prix du sel de déglaçage et des heures supplémentaires)

– 600 000 $ : Dépenses pour la tornade du 21 septembre (surtout pour payer des heures supplémentaires)

9 millions $ : Surplus net anticipé (à l’échelle, cela représente une épargne de 1200 $ sur un budget familial annuel de 80 000 $)