La rue Champlain à Gatineau.

Des flammèches en vue

Des propriétaires d'immeubles du quartier du Musée au centre-ville de Gatineau entendent exprimer leur mécontentement devant les autorités municipales, lundi, concernant le projet de désignation d'une partie du secteur en tant que zone patrimoniale protégée.
La Ville de Gatineau tient une séance portes ouvertes en fin d'après-midi, lundi, à la Maison du citoyen, dans le cadre d'une consultation publique. La Ville présentera un portrait du quartier, son contexte historique et physique ainsi que le cadre de planification. Le noyau historique du quartier du Musée est notamment constitué par les rues Champlain, Notre-Dame-de-l'Île, Laurier, Élisabeth-Bruyère et Papineau. 
« Le secteur du quartier du Musée constitue l'un des paysages urbains importants de la ville de Gatineau. Il se démarque notamment par la qualité du cadre bâti, par la variété des styles architecturaux et par leur authenticité », précise un document de la Ville.
S'ils ne s'opposent pas à ce que des immeubles obtiennent la désignation patrimoniale, des proprios du quartier rejettent l'idée que tout un secteur soit zoné de telle manière. Ils affirment que la désignation aura comme effet de dévaluer leurs propriétés, et de les menotter dans leurs projets de restauration et de rénovation de leurs maisons.
« On veut savoir ce que ça veut dire tout ça, a indiqué Pierre Samson, un des propriétaires et aussi candidat indépendant aux élections municipales dans le district Hull-Wright. Nous avons fait des analyses et recherches dans d'autres villes. C'est très, très sérieux. Ça veut dire que tu ne peux plus toucher à ta bâtisse, que tu ne peux plus changer une fenêtre sans passer par le conseil de ville. Ce n'est plus le service d'urbanisme. Il faut que ça passe au conseil de ville ».
« Il y a peut-être trois ou quatre bâtisses dans le secteur qui méritent d'être classées historiques et qui doivent être protégées. On est d'accord. Mais si tu déclares le quartier au complet, tu viens d'arrêter le développement et de dévaluer la valeur de tous les terrains et de toutes les résidences qui sont ici », a continué M. Samson, soulignant l'importance de la qualité géographique du secteur, au centre-ville de Gatineau, avec vue sur la colline parlementaire.
L'Association des résidents de l'île de Hull a pris position pour la désignation. Claude Royer, responsable du comité d'urbanisme de l'organisation, a avancé que le développement peut être possible dans le quartier du Musée. Il cite le projet de condos du promoteur immobilier Brunet, sur la rue Notre-Dame-de-l'Île, qui s'inscrit dans les normes de la citation patrimoniale. 
« M. Samson a un agenda politique, a lancé M. Royer. J'ai vu le communiqué qu'il a publié vendredi, et c'est clair qu'il veut s'en faire une plateforme pour son élection ».
« Notre position est que le développement doit se faire pour le bien-être des résidents, avec un respect du patrimoine bâti et de la diversité sociale, et ce projet s'inscrit là-dedans », a continué M. Royer, qui croit que la théorie de la dévaluation des bâtiments avec une désignation patrimoniale ne tient pas la route.
« Quand on regarde ce qui s'est passé sur la rue Principale à Aylmer, avec le développement et la revitalisation, le prix des maisons a pris de la valeur avec la protection patrimoniale », a plaidé M. Royer.
M. Samson a indiqué qu'il se présente aux élections pour protéger le Vieux-Hull et le centre-ville de Gatineau.
« Il faut faire de quoi avec le centre-ville. Tout le monde se plaint. Tous les gens d'affaires se plaignent. Il n'y a pas un commerce qui est rentable. Il faut faire quelque chose. C'est le coeur et le poumon de la ville », a expliqué M. Samson, qui possède cinq propriétés dans le centre-ville.
La compagnie de construction Brigil souhaite construire deux tours d'habitation dans le secteur, soit devant le Musée canadien de l'histoire, avec son projet Place des peuples. 
L'entreprise espère que le projet de désignation « n'a pas essentiellement pour but d'être un obstacle, une barrière à Place des peuples ». Le promoteur immobilier dit être en faveur de la protection du patrimoine, « mais pour les bonnes raisons », a précisé Denis Bouchard, vice-président marketing et communications chez Brigil.
« Pourquoi désigner un tel quartier quand 70 % des maisons ne sont pas nécessairement des monuments patrimoniaux, a indiqué M. Bouchard. Je comprends qu'il y a un aspect historique, que plusieurs maisons ont été sauvées du grand feu, mais plusieurs autres ont été construites depuis ».
« Je pense qu'il faut identifier les résidences, et travailler autour d'elles », a ajouté M. Bouchard.
« Il ne faut pas qu'un projet comme celui-ci devienne un obstacle au développement », a-t-il poursuivi.
Géographie du quartier
Le secteur du quartier du Musée est délimité par les rues Victoria et Laurier, et par les boulevards des Allumettières et Maisonneuve. Les rues Champlain, Notre-Dame-de-l'Île, Laurier, Élisabeth-Bruyère et Papineau composent le coeur historique du secteur à protéger.
Ce secteur, a indiqué la Ville de Gatineau, comprend quelque 50 à 60 bâtiments d'intérêt patrimonial, dont plusieurs constituent des témoins importants de l'histoire du Vieux-Hull et de Gatineau.
La ville cite les maisons Guy-Sanche et Cousineau-Lalonde, sur la rue Notre-Dame-de-l'Île et les maisons Alexandre-Taché et Farley, sur la rue Champlain.
Le secteur inclut aussi des bâtiments institutionnels, comme le collège Saint-Joseph, l'ancienne académie Sainte-Marie et l'ancien presbytère de l'église Notre-Dame-de-Grâce.