Le conseiller municipal Mike Duggan

Des élus mal à l’aise d’appliquer les règles de la ZIS

Le conseiller municipal Mike Duggan appréhende avec une «grande inquiétude» l’application que devra faire la Ville de Gatineau des différentes mesures imposées par la zone d’intervention spéciale (ZIS) décrétée par le gouvernement du Québec.

«Au niveau politique, je ne cache pas que nous sommes inquiets, dit-il. On va devoir imposer, pour Québec, de nombreuses choses à nos citoyens. On sera forcé de le faire, même si ce sont des mesures pour lesquelles nous ne sommes pas tout à fait d’accord. On pourrait, dans certains cas, devoir forcer des expropriations sans aucune compensation. C’est un élément qui m’inquiète grandement.»

Le sujet a été abordé à huis clos, mardi, par les élus, précise M. Duggan. «On a des centaines d’adresses à regarder et chaque propriété à ses particularités», dit-il. M. Duggan cite en exemple le cas d’un propriétaire dans le quartier Deschênes. Ce dernier louait sa maison depuis plusieurs années. Comme il ne s’agissait pas de sa résidence principale, celle qu’il habitait au moment du sinistre, le programme d’indemnisation du gouvernement n’est pas construit pour lui, explique le conseiller.

«Cette maison a été inondée en 2017 et en 2019, elle doit être démolie et reconstruite, explique M, Duggan. Mais le propriétaire des lieux ne peut pas le faire parce qu’il est dans la ZIS. Il pourrait donc être exproprié sans aucune indemnisation. Je suis très mal à l’aise que la Ville ait à faire ça à la place du gouvernement. Il faut discuter avec Québec de manière sérieuse pour qu’on puisse respecter les droits des citoyens.»

Le cas cité par M. Duggan ne serait pas unique. «Il y en a probablement un peu partout», note l’élu du secteur Aylmer qui s’attend à ce que beaucoup de dossiers soient judiciarisés. «Je préférerais qu’on puisse embaucher des ingénieurs pour protéger nos quartiers plutôt que d’embaucher des avocats pour des batailles juridiques, ajoute-t-il. Le maire s’est exprimé de bonne foi quand il a dit qu’il voulait réaliser des travaux pour protéger les quartiers à temps pour le printemps prochain, mais nous ne sommes pas du tout encore arrivés à cette étape. On ne sait pas encore ce qu’on pourrait faire.»

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La Ville a «la responsabilité de nous protéger»

Louis Gaudet, un résident du chemin Fraser, dans le secteur Aylmer, s’inquiète de ce qu’il juge être un manque de sentiment d’urgence à la Ville de Gatineau pour protéger les quartiers inondés en 2017 et 2019. 

« Le temps passe, dit-il, et la municipalité n’a toujours rien fait pour éviter que ses citoyens se retrouvent inondés le printemps prochain pour une troisième fois depuis 2017. La Ville n’est pas proactive. Je ne comprends pas ce qu’elle attend pour nous protéger. C’est sa responsabilité. »

M. Gaudet est de ceux qui n’achètent pas la thèse des changements climatiques pour expliquer les inondations de 2017 et 2019. Selon lui, les deux dernières inondations ont été causées par la gestion des barrages et des niveaux d’eau sur la rivière. 

Recours collectif ?

« Si la Ville de Gatineau accepte de jouer dans le film des changements climatiques, c’est son affaire, lance-t-il. Mais dans ce cas, qu’elle prenne ses responsabilités. Les changements climatiques ne devraient pas cesser. Il revient à la Ville de protéger nos maisons de ce genre de sinistre. Elle doit protéger sa population. Elle sait que des travaux peuvent être réalisés. Elle a donc deux choix. Ou elle se porte garante des dommages à nos maisons lors d’une prochaine inondation, ou elle protège nos rues, nos maisons et les citoyens qui y vivent. »

M. Gaudet ajoute qu’il envisage de consulter ses voisins sur la possibilité d’intenter un recours collectif contre la Ville de Gatineau si cette dernière refuse de prendre, dit-il, sa première responsabilité qui est de protéger ses citoyens et leurs biens.