La résidence du 174 rue Leduc, à Hull
La résidence du 174 rue Leduc, à Hull

Des centaines de logements réservés pour Airbnb au centre-ville de Gatineau 

À elle seule, l’Île-de-Hull abrite près de 400 logements entiers inscrits sur des plateformes de location, la très grande majorité étant sur Airbnb. C’est la moitié de toutes les inscriptions à Gatineau sur ce populaire site d’hébergement collaboratif. Du nombre, seulement 11 affichent l’attestation désormais obligatoire de résidence de tourisme décernée par Tourisme Québec. Le tiers des logements inscrits comptent trois chambres et plus. Une trentaine de locateurs privés affichent plus de cinq logements alors que des entreprises inscrivent parfois jusqu’à 30 logements en location.

Voilà le portrait brossé, vendredi, en Commission du développement du territoire, de l’habitation et de l’environnement (CDTHE) par les fonctionnaires de la Ville de Gatineau. Comme plusieurs autres villes, Gatineau est préoccupée par l’impact des locations de type Airbnb sur son territoire. En plus de représenter un enjeu majeur dans un contexte de pénurie de logements, ces locations amènent leur lot de problèmes. Entre janvier 2018 et juillet 2019, une cinquantaine de requêtes avaient été faites auprès du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), la plupart pour nuisances, vols ou méfaits. Le cas du 174, rue Leduc, qui a fait les manchettes dans les derniers mois en est un exemple probant.

Encadrement plus serré

Désireuse de mettre de l’ordre dans tout ça, et surtout de faire respecter sa réglementation, Gatineau entend d’abord s’appuyer sur le resserrement de la loi provinciale pour y arriver. Cette loi force depuis cette semaine les locateurs à afficher une attestation de classification sur leurs publications. Pour obtenir cette classification de Tourisme Québec, le locateur devra d’abord démontrer que la location de son logement à des fins touristiques respecte le zonage de la ville. La location Airbnb est interdite dans un zonage résidentiel à Gatineau. « C’était déjà le cas actuellement, mais c’était difficile à appliquer, affirme la présidente de la CDTHE, Maude Marquis-Bissonnette. En exigeant maintenant un numéro d’attestation, on pourra mieux voir qui n’est pas conforme. »


« À mon avis, c’est inacceptable. Ces subventions sont données pour permettre d’attirer des familles et des ménages, pas pour des locations à l’année sur Airbnb. »
Maude Marquis-Bissonnette

La CDTHE a amorcé, vendredi, une discussion sur les mesures à mettre en place afin de mieux encadrer l’hébergement collaboratif sur son territoire. Il est d’abord proposé d’attirer un employé à faire respecter la loi et à identifier les récalcitrants. La vis pourrait cependant être resserrée encore un peu plus, estime Mme Marquis-Bissonnette.

« Inacceptable »

« On explore aussi toute la question de l’aide à la construction domiciliaire sur l’Île-de-Hull, dit-elle. Il y a des édifices et des unités de logement qui ont bénéficié d’une subvention pour la construction. Le but de cette mesure fiscale est d’attirer des familles dans le centre-ville. C’est difficile de savoir s’il y en a beaucoup qui se retrouvent en location aujourd’hui. On peut penser qu’il y en a étant donné la densité de l’offre dans le centre-ville. À mon avis, c’est inacceptable. Ces subventions sont données pour permettre d’attirer des familles et des ménages, pas pour des locations à l’année sur Airbnb. »

Le service de l’urbanisme a d’ailleurs entrepris une évaluation avec les services juridiques des enjeux associés à l’octroi d’une aide financière dans le cadre du programme de revitalisation du centre-ville aux propriétaires offrant maintenant des unités de résidence de tourisme.

La résidence du 174 rue Leduc, à Hull

Des mesures de contingentement comme ce qui a été mis sur pied à Montréal et Québec pourraient aussi être analysées plus en profondeur, note Mme Marquis-Bissonnette. « On va d’abord voir l’impact de la nouvelle réglementation, mais on pourrait décider qu’il n’y a pas plus d’une résidence touristique à moins de 150 mètres l’une de l’autre, dit-elle. Ça pourrait ne pas être nécessaire, mais je crois qu’on doit l’évaluer. »

La Ville de Gatineau entend aussi suivre de près l’évolution du projet de loi 49 qui intégrerait la notion de « résidence principale » dans la loi. Le projet de loi est toujours à l’étude et est appelé à changer, mais à l’heure actuelle il permettrait à tous les propriétaires d’une résidence principale, donc peu importe le zonage où elle est située, d’offrir son logement sur un site d’hébergement collaboratif. Déjà, plusieurs villes s’opposent à cette notion.