Une citoyenne qui ne veut pas voir l’ancien presbytère du Très-Saint-Rédempteur disparaître a rappelé qu’il s’agissait du seul bâtiment d’origine de la paroisse à avoir survécu au feu de 1915.

Démolir ou ne pas démolir?

Les jeux sont faits pour l’ancien presbytère du Très-Saint-Rédempteur visé par une demande de démolition par la firme Katasa. L’homme d’affaires Sam Chowieri souhaite raser l’immeuble pour y ériger une tour d’une dizaine d’étages qui lui permettrait d’agrandir la Résidence de l’Île.

Des citoyens attachés à la valeur patrimoniale de l’immeuble ont porté en appel devant le conseil municipal l’autorisation donnée par la Ville, en octobre dernier, de procéder à la démolition du vieux presbytère. C’est seulement la quatrième fois dans l’histoire de la Ville de Gatineau qu’une telle procédure est rendue nécessaire dans un dossier démolition.

Des représentants des défenseurs du patrimoine, ainsi que du promoteur, ont défilé devant le conseil, mardi, pour exposer leur point de vue dans ce dossier controversé. Les élus devront rendre une décision finale lors de la réunion du conseil municipal du 17 avril prochain. Fadi Bou Sleiman, représentant de Katasa, flanqué d’architectes de la firme Rossmann, a rappelé que l’immeuble du 221, boulevard Saint-Rédempteur a subi de nombreuses transformations depuis sa construction en 1902 et qu’il ne reste plus suffisamment d’éléments caractéristiques permettant de considérer la valeur patrimoniale du presbytère. Il a ajouté que deux firmes d’ingénieurs, CIMA+ et Genivar, ont conclu que la structure actuelle du bâtiment ne peut pas supporter d’autres transformations. « C’est une vieille structure de bois et de blocs de béton qui s’effritent, a-t-il ajouté. Après les dernières modifications, on a vu des craques apparaître dans les murs et les plafonds. »

La citoyenne à l’origine de l’appel, Kate Elwig, reconnaît que les nombreuses modifications à l’immeuble lui donnent aujourd’hui une valeur architecturale plutôt « faible », mais elle a enjoint les élus à considérer les éléments historiques et sociaux associés au vieux presbytère avant de prendre leur décision.

« C’est le seul bâtiment d’origine de la paroisse qui a survécu au feu de 1915, a-t-elle rappelé. Le premier évêque de la région de l’Outaouais a résidé à cet endroit. On pense aussi que comme l’ancienne église, ce presbytère a été conçu par l’architecte de grande réputation Louis-Zéphirin Gauthier. Cette seule donnée serait suffisante pour faire augmenter sa valeur historique. » De fait, l’ancienne église était une œuvre de Gauthier. Quant au presbytère, qui a été construit en même temps et avec le même style, aucune preuve n’a été découverte sur sa paternité architecturale.

Le président de la Société d’histoire de l’Outaouais, Michel Prévost, précise qu’on ne peut pas baser la valeur patrimoniale d’un immeuble uniquement sur son architecte. « Mais il faut quand même savoir que si c’est bien de Gauthier, il était considéré comme un des grands architectes d’église de l’époque au Québec et en Ontario », dit-il.

M. Prévost reconnaît que les modifications au bâtiment, en particulier celles de 1988 qui ont transformé le presbytère en résidence pour aînés, nuisent grandement à sa valeur architecturale. « On oublie toutefois sa valeur historique et sociale, insiste-t-il. C’est le premier palais épiscopal du diocèse de Hull. Si on démolit ce presbytère, nous perdrons un autre élément important du patrimoine religieux de l’Outaouais. Nous en avons déjà trop perdu. »

Le conseiller du quartier, Cédric Tessier, indique vouloir prendre tout le temps qu’il faut pour soupeser les différents arguments présentés mardi avant de prendre une position dans ce dossier.

« Je trouve qu’il est sain pour la démocratie que ce soit le conseil qui doit trancher une question importante comme celle-là », a-t-il ajouté.