En plus d’être illégal, la sécurité du quai installé par Jean-François LeBlanc est questionnable. L’élu admet lui-même que la stabilité de l’infrastructure n’est pas encore à point.

De vieux quais installés sans autorisation

Le conseiller municipal du district Lac-Beauchamp, Jean-François LeBlanc, a, en toute connaissance de cause, contrevenu aux directives du ministère de l’Environnement du Québec, cet été, en installant sans autorisation, à proximité de la marina Kitchissipi, sur la rivière des Outaouais, des bouts de quais usagés qu’il souhaite rénover pour éventuellement leur donner un usage public, a appris Le Droit.

« Je ne pense pas qu’un citoyen normal pourrait faire ça, honnêtement, je ne me suis pas posé cette question-là », a-t-il admis, mercredi, lors d’un entretien téléphonique. 

Le conseiller LeBlanc explique avoir entrepris de recycler de vieux quais qu’il a lui-même transportés et attachés au fond de la rivière des Outaouais en bordure du parc Sanscartier, près de la descente publique de bateau qui appartient à la Ville de Gatineau. Il explique qu’il a l’intention de les solidifier et de les stabiliser afin de pouvoir augmenter la capacité d’accueil de l’endroit. 

Il s’agit d’anciennes sections des quais de la marina Kitchissipi qui avaient été « mis de côté » sur l’Île Kettle. 

« J’ai attendu que l’eau de la rivière monte suffisamment pour qu’ils soient accessibles et j’ai pu les traverser. »

En plus d’être illégal, la sécurité du quai installé par M. LeBlanc est questionnable. L’élu admet lui-même que la stabilité de l’infrastructure n’est pas encore à point. Il reconnaît par ailleurs que l’installation de fortune est déjà utilisée par des plaisanciers. 

Les exigences sont nombreuses pour aménager sur la rivière des quais dont l’usage est public. 

En vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement, le gouvernement du Québec exige habituellement l’obtention d’un certificat d’autorisation environnementale. 

« Ces aménagements demandent d’être bien planifiés et adaptés au lieu concerné », stipule le ministre de l’Environnement. Ils doivent également permettre l’atteinte des objectifs de la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables en matière de protection de l’environnement et de la faune. 

Dans un échange de courriel avec un représentant du gouvernement que M. LeBlanc a partagé avec Le Droit, il est indiqué que le ministère pourrait autoriser à cet endroit l’aménagement d’un quai « de faible dimension » et « sans emplacement pour l’amarrage » pour « faciliter la mise à l’eau de kayaks » sans exiger l’obtention d’un certificat environnemental. « SVP, nous envoyer un plan à jour de l’installation prévue avec l’emplacement exact et les dimensions de l’ouvrage projeté », écrit le fonctionnaire. 

Il est ajouté, à la fin du message, que si l’ouvrage est aménagé par la Ville, toute l’occupation dépassant 20 m2 en littoral sera assujettie au bail hydrique de Gatineau.

Le directeur des communications de la Ville de Gatineau, Jean Boileau, a précisé que la Ville n’avait aucun projet en ce sens à cet endroit et qu’elle n’avait pas été informée de ce projet du conseiller LeBlanc. 

Le quai installé par l’élu est actuellement à cheval sur la propriété de la Ville de Gatineau et de la Commission de la capitale nationale (CCN). 

« L’environnement [ministère] m’a dit que c’était correct, mais que je devais d’abord leur donner les plans de ce que je voulais faire, souligne l’élu gatinois. Je n’ai cependant pas donné les plans demandés parce que je ne savais pas encore de quelle longueur allaient être les quais, et si j’allais les installer en une ou deux sections. Je ne vois pas d’enjeu environnemental à cet endroit. C’était une demande de la population et des plaisanciers et moi j’apporte une solution. »

Confronté par Le Droit aux différentes infractions commises, le conseiller LeBlanc a indiqué que « de toute façon, la saison est terminée », et qu’il allait retirer le quai « dans quatre jours ».