La Ville de Gatineau a accéléré sa production de sacs de sable au cours des derniers jours pour permettre aux citoyens riverains de construire des digues autour de leur propriété.

Crue printanière: Gatineau doit se préparer au pire

« Les nouvelles ne sont pas très bonnes », a laissé tomber jeudi le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Job. La Ville se prépare « au pire », alors que les plus récentes prévisions laissent entrevoir des inondations qui pourraient dépasser le sommet historique atteint en mai 2017.

Ce qui paraissait improbable il y a une semaine à peine est maintenant possible : le cauchemar des crues historiques de 2017 pourrait se répéter.

En début de semaine, alors qu’on évoquait la possibilité d’un scénario similaire à celui de la première vague d’inondations du printemps 2017, le maire « essayait de ne pas y croire ».

« Malheureusement, là, on doit prévoir la pire situation », a-t-il mentionné en point de presse, jeudi midi.

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Vous pouvez suivre l'évolution de la crue des eaux au www.gatineau.ca/crue

Maxime Pedneaud-Jobin a souligné que les prévisions des crues ne représentent « pas une science exacte », puisque beaucoup de facteurs jouent sur l’évolution des niveaux d’eau. « Mais on a la responsabilité de se préparer au pire, et c’est ce qu’on fait », a-t-il insisté.

Un sommet pourrait être atteint « aussi tôt que dimanche soir », a mentionné le maire, en reconnaissant que « ça donne relativement peu de temps » aux riverains pour se préparer.

Le Comité de régularisation de la rivière des Outaouais abonde dans le même sens et « s’attend à ce que les seuils d’inondations majeurs soient dépassés au cours de la fin de semaine », de sorte qu’en fonction des précipitations reçues, « les niveaux d’eau pourraient atteindre ceux observés au plus fort de la crue en mai 2017 ».

Le Centre de coordination des mesures d’urgence de la Ville de Gatineau, qui réunit de nombreux partenaires, est officiellement ouvert pour affronter la crise qui est anticipée.

Les pompiers gatinois ont commencé jeudi après-midi à faire du porte-à-porte à titre préventif dans les zones à risque. Des travaux d’enrochement ont aussi été entamés sur le chemin du Fer-à-Cheval, dans le secteur Masson-Angers, là où le niveau de l’eau a atteint le seuil de « surveillance » jeudi matin.

« Je demande aussi aux citoyens dans les zones à risque de se préparer s’il y a lieu, dans quelques jours, à quitter leur maison », a mentionné M. Pedneaud-Jobin.

« Dès que l’armée serait disponible, il y a des missions qu’on pourrait leur attribuer » affirme le maire Maxime Pedneaud-Jobin

Recours à l’armée ?

Le recours aux Forces armées canadiennes n’est pas du tout exclu. Le maire en a d’ailleurs discuté jeudi avec la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. « Je lui ai dit que dès que l’armée serait disponible, il y a des missions qu’on pourrait leur attribuer, a-t-il dit. Évidemment, l’armée intervient quand on est débordés et on ne vit pas ça présentement, par contre si on se dirige vers ce qui pourrait se produire, il faut qu’on ait toute l’aide possible le plus rapidement possible, sans délai. »

La Ville accordera une attention particulière à ses infrastructures essentielles, comme l’usine d’épuration des eaux de la rue Notre-Dame. En 2017, il n’aurait fallu qu’une dizaine de centimètres d’eau de plus pour qu’elle soit atteinte.

« Je ne suis pas en train de tirer la sonnette d’alarme pour ça, a souligné M. Pedneaud-Jobin. Par contre, ça fait partie des infrastructures extrêmement stratégiques qu’on veut protéger rapidement. »

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, en point de presse jeudi.

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Une crue plus rapide qu’en 2017

Alors que la crue de 2017 avait été séparée en deux épisodes culminant avec un sommet au début mai, le printemps 2019 pourrait être encore plus corsé en raison de l’importante quantité de neige reçue cet hiver.

Ingénieure en chef au Comité de régularisation de la rivière des Outaouais, Manon Lalonde a indiqué en entrevue avec Le Droit, jeudi, qu’un certain «degré d’incertitude» persiste quant à la quantité de précipitations à venir et à leur trajectoire. 

«Les modèles météo changent chaque jour, explique-t-elle. Plus on se rapproche de l’événement, plus il devient précis.»

L’un des facteurs expliquant cette incertitude réside dans les importantes chutes de neige reçues au cours de l’hiver. «En 2017, il y avait moins de neige que maintenant, souligne Mme Lalonde. La dernière fois qu’il y avait eu autant de neige que cette année, c’était en 2008, mais il n’y avait pas beaucoup d’inondations parce qu’il n’y avait pas eu beaucoup de pluie.»

Environnement Canada prévoyait jeudi que les fortes précipitations devaient commencer le soir même et se poursuivre pendant la nuit, puis au courant de la journée de vendredi. 

«De 25 à 50 millimètres de pluie pourraient tomber d’ici vendredi soir, précise l’avertissement de pluie en vigueur. De la pluie passagère pourrait persister jusqu’à samedi et une quantité supplémentaire est possible.»

L’ingénieure Manon Lalonde note que dès que la pluie dépasse les 25 millimètres, «c’est problématique» en raison de la capacité d’absorption limitée du sol, encore gelé. Elle n’hésite donc pas à dire que «la situation est critique».

«Les débits et les niveaux d’eau le long de la rivière des Outaouais entre le lac Coulonge et la région de Montréal devraient considérablement augmenter à partir de vendredi en raison des pluies attendues et du ruissellement provenant de la fonte des neiges, prévoit le Comité de régularisation de la rivière des Outaouais. [...] Tous les secteurs qui sont sujets aux inondations le long de la rivière des Outaouais du lac Coulonge jusque dans la région de Montréal sont à risque.»