Avec le nouvel afflux de sinistrés à reloger, le marché locatif de Gatineau ne peut tout simplement pas suffire à la demande.

Crise du logement: les solutions se font attendre à Gatineau

La capacité du marché locatif d’absorber un nouvel afflux de sinistrés à reloger est pratiquement nulle, à Gatineau, en ce moment. Les autorités locales et provinciales affirment être à pied d’oeuvre pour tenter d’éviter ce qui pourrait bien devenir la pire crise du logement à n’avoir jamais touché la région, mais la recherche de solutions concrètes est complexe et les mesures attendues de Québec continuent de se faire attendre.

Entre temps, les sinistrés augmentent d’heure en heure à Gatineau. Leur nombre pourrait éventuellement dépasser 4000. Ceux qui ont déjà dû quitter leur maison sont hébergés chez des amis ou de la famille. Les plus mal pris sont hébergés par la Croix-Rouge dans des chambres d’hôtel. Ils sont déjà plus de 80 dans cette situation. Le pire est cependant encore à venir, au point où la Ville planifie actuellement l’ouverture d’un centre d’hébergement d’urgence qui pourrait devenir le seul toit disponible pour bien des gens pendant plusieurs semaines.

L’hébergement temporaire des sinistrés représente évidemment un défi logistique, mais l’enjeu qui inquiète de plus en plus les autorités c’est comment arriver à reloger de manière permanente les gens qui auront perdu leur maison ou leur logement dans les inondations, alors que le taux d’inoccupation de 1,2 % est de loin le pire au Québec.

Tornade

En date de jeudi, 65 sinistrés de la tornade de septembre 2018 étaient toujours hébergés de manière temporaire avec l’aide financière de la Croix-Rouge parce qu’ils n’avaient pas encore été en mesure de trouver un logement abordable et adapté à leurs besoins. Ce programme d’aide vient à échéance à la fin du mois de juin et pour l’instant, aucune solution n’a encore été trouvée pour ces gens. L’Office d’habitation de l’Outaouais (OHO) invite d’ailleurs à cet effet le gouvernement du Québec et La Croix-Rouge à considérer sérieusement une façon de prolonger cette aide temporaire.

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, n’était pas au fait de cette situation particulière touchant ces dizaines de sinistrés de la tornade de septembre, lorsqu’interrogé par Le Droit, cette semaine.

«Là, on est en situation d’urgence, je vous parle et j’ai encore mes bottes dans les pieds, j’ai encore mon manteau et je dois repartir sur le terrain constater les dégâts, a-t-il affirmé, jeudi, en fin de journée. C’est sûr que je ne suis pas dans les taux d’inoccupation en ce moment […] Je suis dans l’immédiat. La priorité pour moi n’est pas de savoir combien d’unités de logement on va pouvoir construire d’ici deux ans, mais plutôt comment on va faire pour reloger les sinistrés qui tentent actuellement de sauver leur maison et qui bientôt devront la quitter.»

Soutien temporaire

Comme l’a évoqué le premier ministre François Legault, de passage à Gatineau, lundi, le ministre Lacombe reconnaît lui aussi que le manque criant de logements abordables complique grandement les efforts pour reloger les sinistrés.

«Les gens ont beau chercher des logements, il n’y en a pas beaucoup et quand il y en a, ils sont au-dessus de leurs moyens, relate M. Lacombe. Une des façons d’aider c’est d’octroyer des PSL (programme de soutien au logement). Il est cependant vrai que le taux d’inoccupation est si bas qu’on ne peut pas prétendre que ça va tout régler.» Le ministre a ajouté qu’il revenait à OHO de faire la demande pour l’obtention de PSL supplémentaires.

Toutefois, tant le cabinet du maire Maxime Pedneaud-Jobin que la présidente de la commission sur l’habitation, Maude Marquis-Bissonnette, et OHO ont confirmé, cette semaine, que ce programme qui nécessite des ententes avec des propriétaires d’immeubles dans le secteur privé est de plus en plus inefficace sur le terrain en raison du trop faible taux d’inoccupation.

Selon tous les intervenants, la véritable solution réside dans la construction de logement.

«On ne peut pas en inventer et on ne peut pas en construire en deux semaines», rappelle M. Lacombe.

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«PAS EN HAUT DE LA LISTE», DIT LACOMBE

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin affirme multiplier les représentations depuis des mois auprès de Québec pour que des mesures soient mises en place rapidement afin de juguler la crise du logement qui afflige présentement la Ville de Gatineau. 

Lettre au ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, liste de demandes préliminaires partagées avec le premier ministre et la ministre des Affaires municipales; le maire de Gatineau répète que le logement est au coeur de toutes ses discussions avec Québec et qu’il s’agit pour l’heure de la première priorité à laquelle les autorités doivent s’attaquer. 

Le ministre Mathieu Lacombe, ne semble cependant pas percevoir une telle insistance de la part de la Ville de Gatineau. Tout en reconnaissant l’importance de l’enjeu du logement, il a affirmé au Droit, jeudi, que le logement n’était «pas le sujet principal» lors de ses rencontres avec le maire. «Je vais laisser le maire de Gatineau dresser ses priorités et le choix des sujets dont il veut discuter, et de leur priorité, mais quand on se parle, ce n’est pas le sujet (logement) qui est en haut de la liste», a-t-il affirmé.

L’une des principales demandes transmises à Québec par la Ville de Gatineau et la mise en oeuvre rapide du nouveau programme Accèslogis afin de permettre la construction de logements abordables. Les coûts de construction des projets admissibles n’ont pas été indexés depuis dix ans. À Gatineau, un total de 14 projets représentant 545 unités abordables sont en attente de financement. 

M. Lacombe rappelle que le gouvernement a ajouté une somme de 260 millions $ au programme Accèslogis, lors du dernier budget, sans que les coûts admissibles aient été indexés. Cette mesure budgétaire doit s’étendre sur une période de cinq ans et a été qualifiée de risible en regard des besoins réels sur le terrain par les organismes qui oeuvrent en logement.