Le président du conseil, Daniel Champagne
Le président du conseil, Daniel Champagne

Crise de confiance entre Action Gatineau et les indépendants

Après ce qui s’est probablement avéré être l’une des séances du conseil municipal les plus chargées de l’histoire de la Ville de Gatineau, mardi, un dossier en apparence anodin sur l’interdiction de stationnement dans certaines rues du centre-ville adopté mercredi matin au comité exécutif semble vouloir paver la voie à une crise de confiance entre les élus indépendants et les membres d’Action Gatineau.

À en croire le président du conseil, Daniel Champagne, la manoeuvre politique orchestrée par Action Gatineau qui détient la majorité au comité exécutif va «indéniablement laisser des traces» et «divisera le conseil». Le président du comité exécutif, Cédric Tessier, estime que M. Champagne «exagère en déchirant sa chemise comme ça».

Malgré l’opposition sentie au conseil municipal, Cédric Tessier a fait adopter à 3 contre 2 au comité exécutif une interdiction pour les visiteurs de se stationner après 23h dans quelques rues avoisinantes du pôle ludique Laval-Aubry. La mesure doit entrer en vigueur en avril 2021 et ne viserait qu’une trentaine de places de stationnement. 

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a appuyé la résolution déposée par M. Tessier en affirmant qu’il fallait envoyer le message aux résidents du secteur que la Ville entend leurs craintes et se préoccupe des nuisances causées par le bruit au centre-ville. Mardi soir, le conseil a adopté l’abrogation du règlement de l’ancienne Ville de Hull qui forçait les bars à fermer leurs portes à 2h.

Les conseillers indépendants membres du comité exécutif, Gilles Chagnon et Pierre Lanthier se sont tous deux opposés à la recommandation présentée par le président Tessier sur l’interdiction de stationnement. M. Lanthier a insisté pour que M. Tessier repousse la décision afin de pouvoir poursuivre les discussions avec le conseil municipal. M. Chagnon a fait de même en évoquant son malaise devant ce dossier qui est loin de faire l’unanimité où il n’y avait à son avis aucune urgence de prendre une décision.


« Pour moi, c’est un accroc à la démocratie municipal auquel on a assisté mercredi matin. »
Daniel Champagne

«Accroc à la démocratie»

«Le geste posé ce matin va au-delà du simple dossier de stationnement, insiste M. Champagne. Pour moi, c’est un accroc à la démocratie municipale auquel on a assisté mercredi matin. On se retrouve dans une situation où une majorité des membres du conseil a clairement exprimé un malaise face à cette résolution de M. Tessier, mais Action Gatineau, avec sa majorité au comité exécutif, est venu dire au conseil qu’il porte bien peu d’intérêt à la position d’une majorité d’élus. Je suis complètement déstabilisé par ce qui vient de se passer. Ça ne pourra pas faire autrement que de laisser des traces. De voir un parti politique s’imposer contre des élus indépendants grâce au pouvoir réservé à l’exécutif est absolument désolant.»

Le président du conseil est d’avis que les Gatinois viennent d’assister à «une stratégie politique alignée d’un parti politique qui excluait les indépendants». Il est d’avis que cela va provoquer une division au sein du conseil municipal.

Le président du comité exécutif, Cédric Tessier

Exagération

Le président du comité exécutif affirme pour sa part avoir fait de nombreux compromis dans le dossier, tant sur le report de l’entrée en vigueur que sur la présentation de sa recommandation au conseil municipal. «On fait une tempête dans un verre d’eau avec une résolution qui n’était pas destinée à être discutée au conseil et qui l’a été à ma demande, lance M. Tessier. N’importe quel élu peut demander une analyse des services pour modifier les stationnements dans son quartier. Il revient toujours au comité exécutif de l’adopté ensuite. Il y a des centaines de changements de ce genre par année et jamais ça n’a causé de débat. Les résidents du centre-ville ont le droit d’avoir un conseiller municipal qui a les mêmes droits que les autres de pouvoir déposer ce genre de proposition.»

M. Tessier estime qu’il devait sans attendre lancer aux résidents du centre-ville que les élus prennent au sérieux leurs doléances par rapport aux nuisances nocturnes, surtout après le vote, mardi, sur l’heure d’ouverture des bars. «On ne peut pas prendre une telle décision et ensuite dire qu’on s’en fout des résidents et qu’on regardera leur problème plus tard», insiste le conseiller du centre-ville. 

«Je suis un peu déçu de ce déchiffrage de chemise ce matin, a ajouté M. Tessier. C’est la première fois qu’on n’a pas un vote unanime au comité exécutif depuis que je le préside. Ça démontre à quel point on a une excellente relation de travail. Personnellement, je me sens quand même un peu blessé dans tout ça. J’ai fait tous les compromis et mes collègues n’ont pas voulu en faire. Je vais continuer de travailler avec eux et ça n’affectera pas ma relation avec eux.»