Le chef du SPVG, Mario Harel

Criminalité: Gatineau suit la tendance nationale

Plus de crimes contre la personne, de menaces, de harcèlement et d’agressions armées. Mais dans l’ensemble, la Ville de Gatineau suit la tendance canadienne en matière de criminalité, alors que la moyenne globale est à la baisse depuis 2012. L’augmentation de 12 % des crimes contre la personne, en 2017 à Gatineau, est contrebalancée par une diminution de près d’un pour cent des crimes contre la propriété, et une pression constante sur les trafiquants de drogue.

En marge de son bilan présenté aux élus gatinois, mardi matin, le directeur du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), Mario Harel, dit s’attendre à un changement du portrait quant au trafic de drogue, l’an prochain.

Le cannabis doit devenir légal, et avec cette légalisation, vient la « libération » de ses agents pour d’autres tâches, comme la lutte aux drogues dures, comme le Fentanyl.

En 2017, le SPVG a saisi 32 kilos de cannabis, et près de trois kilos de ses dérivés, comme le haschich et le wax, un concentré très puissant de cannabis réduit sous forme de cire.

« Les statistiques d’accusation de possession simple ont commencé à diminuer depuis deux, trois ans, affirme M. Harel. La possession simple n’est pas une priorité du SPVG. Souvent, on voit que c’est accessoire à d’autres accusations. »

Le taux de résolution des crimes sur le territoire de la quatrième ville du Québec est de 50 %. « C’est dans la moyenne des autres années, dit M. Harel. Dans la moyenne supérieure du Canada. »

Inondations et contraventions

Selon le chef Harel, les inondations du printemps 2017 ont eu un impact sur la diminution des contraventions au Code de la route.

Une baisse de 13 %, entre 2016 et 2017 (de 65 244 à 56 820), n’est pas nécessairement attribuable aux progrès des automobilistes gatinois.

« Les inondations ont exigé qu’on envoie plusieurs policiers sur les sites touchés, explique le directeur du SPVG. Le nombre de constats a probablement diminué parce que nos agents étaient sur ces sites pendant plusieurs semaines (au printemps 2017). »

Depuis dix ans, le réseau routier de Gatineau subit une pression plus forte, avec 29 000 voitures supplémentaires.

Tendance

Depuis 2014, les crimes contre la personne et la propriété diminuent, même si l’année 2017 a connu une légère hausse par rapport à 2016.

En 2012, le SPVG rapportait 12 860 infractions. On en comptait près de 2000 de moins, soit 10 931, en 2017.

Les crimes avec violence ont chuté de 41 % pendant la même période.

Les plaintes pour agressions armées et agressions sexuelles ont augmenté de 24 % et de 28 % pour les menaces.

Par ailleurs, 78 % des appels de citoyens au SPVG ne concernent pas un crime direct, mais, par exemple, une demande d’assistance.

Stupéfiants

Le SPVG a saisi des drogues dures, dont 2,5 kg de cocaïne, plus de 16 000 comprimés de métamphétamine, 8 litres de GHB (« drogue du viol »), 500 grammes de crack, et près d’un kilo de crystal meth.

Dans la crise des opioïdes, le SPVG a entamé la distribution des trousses de Naloxone, afin de parer aux surdoses de Fentanyl.

Le SPVG a saisi 262 armes à feu, toujours en 2017.

Pornographie juvénile : les cas explosent 

Le SPVG a vu augmenter les nombres de dossiers reliés à la pornographie juvénile de 108 % ,en 2017. Cela s’explique, selon Mario Harel, au transfert de nombreux dossiers de la Sûreté du Québec et de la police d’Ottawa. On compte, en 2017, 54 dossiers de pornographie juvénile, au SPVG.

Il y en avait 26 en 2016. « Les enquêtes sur la production de pornographie juvénile sont prioritaires », rappelle M. Harel. Selon le SPVG, ces statistiques augmentent parce que le public dénonce davantage ce type de comportement. Toutefois, le web profond ou dark web, cause des maux de tête aux services de police du pays.

Les moyens technologiques et le cryptage complexe de fichiers illégaux donnent du fil à retordre aux enquêteurs. 65 % des cas de pornographie juvénile supplémentaires sont transférés par la Sûreté du Québec (SQ) et 35 %, par la police d’Ottawa. Le sextage entre adolescents représente 13 %.

Il s’agit aussi de production de pornographie juvénile, selon le Code criminel.

Violence conjugale : des conseillères préoccupées

Deux conseillères municipales sont préoccupées par les statistiques reliées à la violence conjugale à Gatineau, en 2017. Renée Amyot et Isabelle Miron ont questionné le directeur du SPVG, Mario Harel, lors son bilan des activités policières de la dernière année. Les conseillères ont réagi au fait que les agressions armées et les menaces, en hausse considérable et atteignant 944 plaintes à Gatineau, sont majoritairement commises dans un contexte de violence conjugale. Isabelle Miron, qui a fondé le blogue jesuisfeministe.com bien avant d’être élue au conseil municipal, estime que le contexte d’incertitude économique, relié au gâchis du système de paie Phénix, dans la fonction publique fédérale, ainsi que les problèmes d’assurances et de bureaucratie, reliés aux inondations de 2017, peuvent créer du stress et de la détresse dans une famille. «Des situations stressantes se traduisent souvent par ce type d’augmentation», exprime Mme Miron. La conseillère Renée Amyot qualifie aussi cette augmentation de «préoccupante», et insiste, comme le chef Harel, sur l’importance de la prévention.