Le coordonateur François Roy

Cri du coeur de Logemen’occupe: « la crise, on ne l’invente pas »

« La crise, on ne l’invente pas. Les familles sont complètement laissées à elles-mêmes », a dénoncé jeudi l’organisme Logemen’occupe, qui demande une intervention rapide du gouvernement provincial face à la pénurie de logis à Gatineau, où le taux d’inoccupation est de 1,2 %.

Le coordonnateur François Roy, qui affirme que « ces chiffres-là, c’est du jamais vu », a écrit au ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, pour réclamer une rencontre sur la question qui n’est à son avis « pas considérée comme une priorité par les décideurs publics ».

« En Outaouais, à Gatineau particulièrement, on vit actuellement une grave grise du logement. [...] Quand quelqu’un se blesse, il a accès à l’urgence médicale. Ça nous prend de l’urgence sociale pour pouvoir loger des ménages qui se retrouvent sans logis. C’est quasiment impossible de trouver un toit pour les familles nombreuses et c’est encore plus compliqué quand elles sont à faible revenu », se désole M. Roy, qui ajoute que les maisons à louer sont souvent hors de prix et qu’il y a une limite à l’aide que les organismes comme le sien peuvent apporter.

À l’heure actuelle, les neuf unités de dépannage gérées par Logemen’occupe et les Œuvres Isidore Ostiguy sont occupées, sans compter qu’on dénombre 20 ménages sans toit. Aussi, une dizaine de familles n’ont pas de logis depuis le passage de la tornade dévastatrice en septembre.

« Ce sont des chiffres qui sont conservateurs », a même lancé François Roy, précisant que l’Office d’habitation de l’Outaouais « n’a pratiquement pas » de logements avec trois chambres à coucher ou plus disponibles au sein de son parc immobilier.

Logemen’occupe affirme avoir interpellé la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, sur l’importance de réactiver des mesures d’urgence dans la région en raison du caractère exceptionnel de la situation.

« Contrairement au début des années 2000, quand on a vécu une situation semblable, le gouvernement de l’époque avait mis en place un programme d’aide d’urgence pour aider ces familles-là à se reloger rapidement dans le logement privé, avec d’autres mesures d’appoint comme le transport et l’entreposage, et surtout une aide financière qu’on appelait le supplément au loyer. En ce moment, on n’a pas ces outils-là », a-t-il déploré.

des cas urgents

M. Roy affirme que deux familles risquent de se retrouver à la rue sous peu si aucun geste concret n’est posé.

C’est le cas de Daniel et Tania Proulx, parents de cinq enfants et en attente d’un sixième, qui sont sans toit permanent depuis novembre dernier après que la Ville de Gatineau ait condamné une maison qu’ils louaient à la suite d’une inspection de la structure. La famille a ensuite habité temporairement à deux endroits différents grâce à l’aide d’organismes et de bons samaritains. Et voilà que depuis quelques jours, elle est hébergée dans un motel aux frais de Logemen’occupe.

« Mais à partir de samedi, on est dans la rue, on n’a plus rien. Nous n’avons pas de recours ni de famille qui peut nous prendre. On est quand même sept personnes avec une femme enceinte, c’est sûr que ce n’est pas évident à reloger. On a fait beaucoup d’appartements. Le refus ne vient pas du fait qu’on soit sur l’aide sociale, c’est qu’on a trop d’enfants. Pour les propriétaires, il faudrait en avoir moins, mais je ne comprends pas leur logique », de dire M. Proulx.

L’Office d’habitation leur aurait dans les dernières heures offert un logis de quatre chambres à prix modique, mais celui-ci est situé à Thurso. Logemen’occupe affirme que le problème, c’est que la famille n’a pas de voiture et qu’il n’y a pas de transport en commun à cet endroit.