Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin
Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

COVID-19: Gatineau sera-t-elle forcée de couper dans ses services?

Même si sa ville se dirige tout droit vers un déficit qui pourrait atteindre 35 millions $ cette année, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, estime qu’il est trop tôt pour évoquer un scénario qui impliquerait une réduction des dépenses municipales et des coupes dans les services à la population. Il préfère tenter de convaincre les gouvernements supérieurs, chéquier à la main, de voler au secours des villes.

Son adversaire pressentie à la mairie en 2021, la conseillère Louise Boudrias, croit pour sa part que Gatineau sera «incapable» de boucler un budget équilibré sans devoir couper dans les dépenses et insiste pour qu’une réflexion en ce sens s’amorce immédiatement avec l’ensemble des élus.

«Avant de parler de scénarios de compression de dépenses ou d’augmentation de taxes, je veux tenter de convaincre les gouvernements de nous aider», a affirmé le maire au Droit dans les minutes suivant un appel de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation du Québec. «Le gouvernement est conscient de la situation des villes et la ministre nous demande qu’on lui fasse un portrait clair de nos augmentations de dépenses et de nos pertes de revenus afin d’évaluer si le gouvernement sera capable de donner un coup de main, a-t-il ajouté. L’oreille de Québec est grande ouverte. Après ça, ce sera une discussion et je ne sais pas où elle va nous mener, mais c’est clair que Québec reconnaît notre problème.»

Crise économique

Évidemment, Gatineau ne met pas tous ses oeufs dans le même panier et différents scénarios sont actuellement en analyse. Le recours à la dette pour éponger le manque à gagner est une des avenues à l’étude, confirme M. Pedneaud-Jobin.


« J’aimerais présenter quelque chose quand on aura une meilleure idée de l’ensemble des coûts associés à la crise et de l’ensemble des mesures d’aide qu’on aura. »
Maxime Pedneaud-Jobin

«On regarde présentement l’ensemble des outils à notre disposition, mais ils ne sont pas nombreux, insiste-t-il. On dépend à 86 % de la taxe foncière pour nos revenus, et nos dépenses sont en grandes parties absolument essentielles, surtout en temps de crise économique. C’est pour ça qu’avant de faire des choix, je veux que les gouvernements sachent que les décisions qu’on devrait prendre si nous ne recevons pas d’aide seront des mauvaises décisions en période de crise économique. Nous devrons augmenter les taxes ou couper dans nos dépenses, deux choses à ne pas faire dans un tel contexte. Quant au recours à la dette, ça resterait de l’endettement qu’il faudra rembourser et la seule façon de le faire serait avec les revenus de la taxe foncière.»

Un brouillard, dit Boudrias

Louise Boudrias est plutôt d’avis que Gatineau doit dès maintenant prendre les devants et démontrer ce que la Ville peut faire elle-même pour équilibrer son budget avant de demander de l’argent aux gouvernements supérieurs.

La conseillère et candidate pressentie à la mairie de Gatineau en 2021, Louise Boudrias

«Couper dans les dépenses, il va falloir aller là et avoir le courage de prendre des décisions sur nos dépenses futures pour combler le manque à gagner, dit-elle. Il faut voir comment on continue de financer nos projets et lesquels doivent demeurer prioritaires. Il faudra mesurer l’impact de nos décisions sur l’économie et la qualité des services et il faudra expliquer aux citoyens pourquoi nous prenons ces décisions.»

Couper dans les services, utiliser la dette, piger dans les réserves engrangées par la Ville au fil des ans; toutes ces options doivent faire partie de l’analyse des services municipaux pour éviter de sombrer dans un déficit, affirme Mme Boudrias. Les investissements dans les infrastructures devront être revus en fonction de ce qu’ils apportent à la relance de l’économie, ajoute la conseillère. «Mais ça doit se faire avec le conseil municipal, insiste-t-elle. Les élus ne doivent pas se faire imposer des pistes de solutions sans d’abord avoir pu en discuter en conseil. Pour l’instant, nous sommes dans le brouillard.»

Présentation publique?

Le maire Pedneaud-Jobin reconnaît que le budget 2020 adopté en décembre dernier ne veut plus dire grand-chose. La COVID-19 a complètement changé le portrait des finances publiques à Gatineau. Le temps de se rapporter à la population pour lui présenter la nouvelle situation financière de la Ville n’est toutefois pas encore venu, estime le maire.

«Si on avait quelque chose d’intérêt public à dire, on le ferait, affirme M. Pedneaud-Jobin. Nos chiffres sont transparents et tout est ouvert, mais pour donner un portrait de situation, il est encore beaucoup trop tôt. On ne sait pas comment l’année va finir. J’aimerais présenter quelque chose quand on aura une meilleure idée de l’ensemble des coûts associés à la crise et de l’ensemble des mesures d’aide qu’on aura. On le fera quand ça sera nécessaire, quand on sera sorti de la crise. Là, je juge qu’à cette étape, on serait trop dans la spéculation. On fait un portrait au conseil régulièrement. L’exécutif parle constamment de la situation financière. Un bilan public à ce moment-ci, il n’y aurait rien de solide.»