La flamboyante corniche du café-bar Aux 4 jeudis a été démolie. 
La flamboyante corniche du café-bar Aux 4 jeudis a été démolie. 

Corniche du 4 jeudis: «c’est un bien collectif», dit le maire de Gatineau

La démolition sans autorisation de la flamboyante corniche du café-bar Aux 4 jeudis, sur la rue Laval, dans le Vieux-Hull, suscite l’indignation de la Société d’histoire de l’Outaouais (SHO) et pousse le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, à servir une sérieuse réprimande au propriétaire de l’immeuble, Alex Duhamel.

«Le message que j’envoie aux propriétaires c’est prenez vos responsabilités, c’est sérieux, a lancé le maire. […] C’est ce genre d’attitude là qui doit changer. Quand on achète un édifice qui a une valeur patrimoniale, on a une responsabilité face au reste de la communauté. Ce n’est pas quelque chose d’uniquement personnel. C’est un bien collectif.»

Le Droit rapportait dans son édition de mardi que le propriétaire du plus célèbre bar du centre-ville a dû retirer l’ancienne corniche et tous les parements qui ont été ajoutés au fil des ans en raison d’une infiltration d’eau, en décembre, qui commandait des travaux d’urgence. Ce dernier a cependant agi en contravention de la loi sur le patrimoine culturel du Québec et de la réglementation municipale en ne demandant pas l’autorisation à la Ville avant de s’exécuter. La Ville confirme lui avoir fait parvenir un avis d’infraction. Un document que M. Duhamel assure depuis deux jours ne pas avoir encore reçu.


« Dans un cas comme celui-là, si on ne force pas le propriétaire à reconstruire, ça va devenir un incitatif pour d’autres à faire la même chose. »
Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau

«On est en plein coeur d’un site du patrimoine, rappelle le président de la SHO, Michel Prévost. L’endroit est reconnu en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec. Encore plus que le secteur et l’immeuble, la corniche elle-même, avec sa console et ses parapets, sont identifiés comme éléments architecturaux dans le répertoire du patrimoine culturel du Québec. Ça me désole beaucoup. Comment expliquer qu’on puisse penser pouvoir altérer comme ça, sans permis, un bâtiment protégé par la loi depuis déjà 30 ans? Cette corniche-là était exceptionnelle. C’est un geste incompréhensible. Le propriétaire savait qu’il était dans un site du patrimoine et connaissait ses obligations. Il ne peut pas simplement évoquer l’urgence de la situation pour ne pas suivre les règles, ça ne tient pas la route légalement.»

Refaire la corniche

M. Prévost n’entend pas laisser le propriétaire s’en tirer facilement. La SHO demande que la Ville «exige» que la corniche, la console et les parapets soient refaits exactement comme ils étaient avant, avec les mêmes matériaux. «On est chanceux, note M. Prévost. Toute la pièce est bien documentée.» De fait, de nombreuses photos et éléments techniques de sa conception existent en archives.

Le président de la Société d’histoire de l’Outaouais, Michel Prévost

Le maire Pedneaud-Jobin a préféré demeurer prudent quant à la suite des choses parce qu’il n’était pas en mesure, mardi, de préciser quels sont les outils légaux à la disposition de la Ville dans ce dossier. «Moi, ce que je souhaite, c’est que la corniche soit reconstruite telle qu’elle l’était avant la démolition, dit-il. Dans un cas comme celui-là, si on ne force pas le propriétaire à reconstruire, ça va devenir un incitatif pour d’autres à faire la même chose. Il faut remettre ça le plus près possible de l’original.»

En détruisant la corniche de son immeuble, le propriétaire du café-bar Aux 4 jeudis a ni plus ni moins altéré l’âme du secteur, laisse entendre le maire de Gatineau. «Un secteur comme Laval-Aubry, c’est ça qu’on a à offrir, un coin qui a un cachet, qui rappelle l’époque du «p’tit Chicago», a-t-il insisté. C’est un secteur qui attire les visiteurs et qui fait que notre centre-ville a une âme. J’ai de la difficulté à comprendre que ce genre de décision là puisse encore se prendre en 2020. Ce secteur-là est un de nos atouts. Ce n’est pas comme si du patrimoine on en avait trop à Gatineau. On a déjà détruit une grande partie des traces du passé. Il faut préserver ce qui rester.»