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Le déploiement des forces policières aux frontières avec le Québec entraîne des coûts quotidiens estimés à 113 000$ pour le Service de police d’Ottawa.
Le déploiement des forces policières aux frontières avec le Québec entraîne des coûts quotidiens estimés à 113 000$ pour le Service de police d’Ottawa.

Contrôles frontaliers: divergence d’opinion entre Watson et Pedneaud-Jobin

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
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Plutôt habitués de faire front commun depuis qu’ils sont tous deux élus, les maires d’Ottawa et de Gatineau se trouvent en opposition sur la question des barrages interprovinciaux. Jim Watson demande la fin de ceux-ci, tandis que Maxime Pedneaud-Jobin se dit confortable avec ces mesures exceptionnelles pour freiner la transmission de la COVID-19.

Le premier magistrat de la capitale fédérale, Jim Watson, a indiqué à plusieurs reprises depuis le début de la crise sanitaire l’an dernier — et à quelques occasions dans les dernières semaines — qu’il ne croit pas à la pertinence des barrages routiers à la sortie des liens interprovinciaux.

M. Watson a demandé une rencontre avec le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, et la Procureure générale de la province, Sylvia Jones, afin de leur demander de mettre fin à ses barrages. Si le gouvernement ontarien tient à ces barrages, il estime que la province devrait à tout le moins payer la facture associée au déploiement des forces policières aux frontières avec le Québec — coûts quotidiens estimés à 113 000$ pour le Service de police d’Ottawa.

Les maires de Gatineau et Ottawa, Maxime Pedneaud-Jobin et Jim Watson

«Nous allons prendre en note tous les coûts et nous nous attendons à ce que la province nous rembourse pleinement les dépenses encourues par notre service de police», a écrit Jim Watson sur Twitter lundi.

Moins de présence policière aux frontières de l'Ontario

À compter de 20h, mardi soir, les policiers du Service de police d’Ottawa (SPO) réduiront leur présence aux ponts interprovinciaux. Ils ne seront donc plus présents tous les jours, 24 heures sur 24. Des agents seront plutôt déployés « selon un horaire tournant des points de contrôles routiers », et ce, jusqu’à la levée du décret provincial.

Dans un communiqué envoyé en soirée mardi, SPO indique avoir évalué les répercussions des opérations effectuées aux frontières provinciales sur la santé publique, la circulation et « la sûreté sur le plan local. »

« Les changements opérationnels annoncés aujourd’hui visent à mieux assurer la santé et la sécurité de chacun, à amoindrir les retards et les risques encourus par les voyageurs et à permettre aux travailleurs essentiels d'arriver à bon port et à l’heure », précise SPO.

À la province de décider

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, n’a nullement l’intention d’imiter son homologue d’Ottawa, Jim Watson, et demander la fin des barrages policiers sur les ponts interprovinciaux.


« Si le gouvernement du Québec pense que c’est une mesure efficace du point de vue de la santé publique, on va appuyer cette mesure-là tant que le gouvernement jugera que c’est nécessaire. »
Maxime Pedneaud-Jobin

Le premier ministre du Québec, François Legault, a réitéré mardi qu’il tenait à ces contrôles frontaliers en Outaouais.

«Écoutez, quand vous regardez le taux de contagion en Ontario, le nombre de cas, le nombre d’hospitalisations, la situation est plus grave en Ontario qu’au Québec, donc c’est surtout nous qui tenons à garder ces mesures-là [pour] s’assurer que les gens de l’Ontario ne viennent pas ajouter à la contagion à Gatineau et à différents endroits au Québec», a lancé M. Legault.

Les différents corps policiers impliqués dans le contrôle routier entre l’Ontario et le Québec depuis minuit, lundi, s’ajustent en temps réel afin de diminuer les inconvénients pour les citoyens, a assuré le maire Pedneaud-Jobin. L’heure de pointe matinale de mardi n’avait d’ailleurs rien à voir avec les énormes bouchons de circulation de lundi, a-t-il noté en guise d’exemple.

Heure de pointe matinale plus agréable
La traversée des ponts reliant Ottawa et Gatineau s’est effectivement bien mieux déroulée que la veille alors que la présence policière à l’entrée de la capitale fédérale était faible mardi matin. Du côté québécois, aucun contrôle routier n’a été déployé.

La circulation était fluide, mardi en journée, sur le pont Cartier-Macdonald.

La mise en place de barrages policiers aux liens frontaliers pour réduire les risques de transmission de la COVID-19 a été annoncée vendredi dernier et est effective depuis lundi.

Seuls les déplacements considérés essentiels sont permis entre les deux provinces.

L’heure de pointe matinale de lundi fut pour le moins déplaisante pour les automobilistes désirant se rendre à Ottawa.

Les automobilistes ont été pris dans un bouchon de circulation, lundi matin sur le pont Cartier-Macdonald.

Des embouteillages se sont développés à l’approche des ponts et l’autoroute 50 du côté de Gatineau a été engorgée, comme à l’époque prépandémique.

Mardi matin, le seul retard notable était du côté du pont Cartier-Macdonald en direction d’Ottawa.

Traversiers

Si certains malins croyaient pouvoir contourner les barrages policiers en troquant les ponts pour le traversier, ils devront se raviser. Le Service de police d’Ottawa a confirmé avoir déployé des équipes, tant à la sortie du traversier Bourbonnais à Cumberland qu’à celle du traversier de Quyon, à Fitzroy Harbour.

«On effectue le contrôle des véhicules qui sortent et s’il s’agit d’un déplacement essentiel, on les laisse passer. Sinon, on les retourner», soutient l’agent Martin Dompierre de la police d’Ottawa.

Le directeur adjoint des Traversiers Bourbonnais, Sylvain Lamoureux, indique que ces contrevenants devront payer leur trajet une deuxième fois.

«C’est malheureux, mais ça fait un an qu’on est là-dedans. Les gens doivent savoir ce qu’ils ont le droit ou non de faire», indique M. Lamoureux.

L’entreprise de ce dernier fonctionne au ralenti depuis mars 2020 en raison du nombre important de travailleurs qui restent à la maison chaque jour. Il espère maintenant que les prochains mois amèneront leur lot de déplacements interprovinciaux de la part de propriétaires de chalets qui, malgré les restrictions actuelles, sont autorisés à venir sur la rive québécoise afin de procéder à l’entretien de leur résidence secondaire.

Le Pontiac s'inquiète

La fermeture de la frontière entre le Québec et l'Ontario crée un «un stress important» pour les futures mères du Pontiac qui doivent accoucher à Pembroke en raison du bris de service en obstétrique à l'hôpital de Shawville, dénonce le regroupement citoyen La Voix du Pontiac.

Le regroupement a souligné par voie de communiqué que la journée de lundi a été «la première de nombreuses journées stressantes pour les futures mamans du Pontiac». En effet, les points de contrôles qui seront en place sur les différents ponts entre le côté pontissois et le côté ontarien de la rivière créent un stress important pour les mamans dont l’accouchement est prévu dans un avenir rapproché», précise le communiqué.

Un bris de services touche depuis plus d'un an l'obstétrique à l'Hôpital du Pontiac en raison d'une pénurie d'infirmières formées pour y travailler. L'été dernier, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais avait indiqué que les deux tiers des femmes de cette région accouchaient en Ontario depuis l'interruption du service à Shawville.

«Tristement, les pontissoisses doivent encore s’expatrier pour donner naissance à leur enfant, déplore La Voix du Pontiac. Plusieurs d’entre elles ont appris la mise en place de barrages routiers avec beaucoup d’appréhension. Déjà que l’absence du service d’obstétrique les prive d’une naissance en milieu familier offrant le [soutien] émotionnel de leur famille, la sécurité d’être près du lieu de naissance et la familiarité de l’équipe qui a suivi la grossesse. Maintenant, elles, et leurs conjoints, doivent composer avec un calcul afin d’espérer se rendre à temps pour accoucher à l’hôpital.»

Avec Mathieu Bélanger, Justine Mercier, Charles-Antoine Gagnon et Claudia Blais-Thompson

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