Les conseillères Maude Marquis-Bissonnette et Louise Boudrias.

Conseil de Gatineau: détournement de pouvoir ou tentative d’interférence politique?

C’est tout l’appareil administratif et politique de la Ville de Gatineau qui marchait sur des œufs, jeudi, au lendemain de la sortie dans Le Droit de la conseillère Maude Marquis-Bissonnette qui a laissé sous-entendre que l’administration s’était arrogé le pouvoir exécutif des politiciens dans la préparation de l’ordre du jour du dernier conseil municipal. La conseillère Louise Boudrias s’inquiète pour sa part de ce qui pourrait, selon elle, ressembler à de l’interférence politique de la part d’Action Gatineau dans un dossier de développement économique.

Interpellée à ce sujet, l’administration a automatiquement renvoyé la balle dans la cour du comité exécutif. « Je ne commenterai jamais les discussions que nous avons à l’interne entre le comité exécutif et l’administration », a répondu, jeudi, le président du comité, Cédric Tessier. L’attachée de presse du maire, Laurence Gillot, a pour sa part affirmé que « ce dossier est clos et il n’y a rien de plus à expliquer que ce qui a été dit hier ». La veille, le cabinet du maire a précisé que la direction devait faire des vérifications dans le dossier, la semaine dernière, mais que l’ordre du jour du conseil a été publié avant que l’exécutif puisse obtenir la réponse à sa demande.

Mme Marquis-Bissonnette a affirmé au Droit, mercredi, avoir obtenu, la semaine dernière, l’appui du comité exécutif pour que le vote de mardi concernant l’agrandissement du mégacentre soit reporté au mois de novembre et donc qu’il n’apparaisse pas à l’ordre du jour du conseil de mardi.

« L’administration jugeait qu’elle devait traiter ce dossier », a affirmé la conseillère. Selon nos informations, l’administration a tergiversé pendant quelques jours à savoir si elle devait retirer la résolution de l’ordre du jour, mais ce n’est que lors de sa publication officielle que le comité exécutif a finalement appris que le dossier du mégacentre s’y retrouvait toujours. Mme Marquis-Bissonnette a ensuite tenté de convaincre le conseil de retirer l’item de l’ordre du jour, comme le veut la procédure en caucus préparatoire, mais en vain. La suite de l’histoire est connue. Le conseil a adopté l’agrandissement de Destination Vanier grâce au vote majoritaire des élus indépendants.

L’incident aurait particulièrement préoccupé le maire Maxime Pedneaud-Jobin, a assuré Mme Marquis-Bissonnette. « Si c’est un pouvoir politique [de déterminer l’ordre du jour], il faudrait pouvoir l’exercer, a-t-elle affirmé. Une discussion sérieuse a été entamée entre le maire et la directrice générale. »

La conseillère Louise Boudrias reconnaît, elle aussi, que ce dossier suscite de très nombreuses questions par rapport à l’exercice du pouvoir exécutif et administratif à Gatineau.

Mmes Marquis-Bisonnette et Boudrias s’entendent pour dire que la situation doit mener à une réflexion sur le rôle des élus.

« Il y a certainement des choses à clarifier pour tout le monde, mais rendu-là c’est une question de leadership du maire. Moi, je le dis depuis longtemps que des améliorations sont nécessaires dans la circulation de l’information entre l’administratif et le politique. »

Interférence d’Action Gatineau ?

Mme Boudrias s’inquiète cependant de la porte qui semble s’être ouverte au comité exécutif pour permettre, selon elle, aux élus d’Action Gatineau de bloquer ou ralentir « des projets qui ne font pas leur affaire ».

Les dossiers relevant de l’urbanisme ne peuvent pas être considérés comme les dossiers de nature plus politique, estime Mme Boudrias.

En urbanisme, il y a une loi à l’intérieur de laquelle les dossiers doivent suivre leur cours, dit-elle.

« Un élu ne devrait pas être en mesure d’empêcher le conseil de se prononcer sur un projet qui passe par l’urbanisme, sinon ça voudrait dire qu’Action Gatineau pourrait bloquer tous les projets de développement qui ne font pas leur affaire, dit-elle. Ça serait de l’interférence politique. »