La vérificatrice générale remet en question la stratégie d’intervention mise en place par la Ville, qui classe les projets «selon leur degré de dégradation» et priorise la réfection des chaussées «les plus dégradées».
La vérificatrice générale remet en question la stratégie d’intervention mise en place par la Ville, qui classe les projets «selon leur degré de dégradation» et priorise la réfection des chaussées «les plus dégradées».

Condition des chaussées : Gatineau doit revoir sa stratégie d’intervention

Julien Coderre
Julien Coderre
Le Droit
La Ville de Gatineau devrait revoir sa stratégie d’intervention quant au maintien de la condition actuelle des chaussées, avance la vérificatrice générale (VG) Johanne Beausoleil.

Dans son rapport annuel 2019 rendu public mardi après-midi, Mme Beausoleil aborde pour une deuxième année consécutive l’enjeu des routes dans une section complète d’une cinquantaine de pages consacrée au « volet stratégies de prise de décision de la gestion de la pérennité des chaussées ».

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La VG remet notamment en question la stratégie d’intervention mise en place par la Ville, qui classe les projets « selon leur degré de dégradation » et priorise la réfection des chaussées « les plus dégradées ».

« Bien que la Ville de Gatineau ait augmenté de façon significative les budgets annuels dans les dernières années dans le but d’atteindre un niveau d’investissement permettant de limiter la dégradation en cours et de rattraper le déficit d’entretien sur un horizon de 30 ans, la stratégie d’intervention mise de l’avant ne permet pas d’atteindre les objectifs fixés quant au maintien de la condition actuelle des chaussées », écrit-elle.

Toujours selon le rapport de la VG, 80 % des investissements « actuels » se font en « reconstruction ».

« Cette méthode concentre beaucoup de ressources sur peu d’interventions, empêche d’entretenir à temps les autres chaussées qui se détériorent et finissent par exiger des travaux très lourds, en plus d’augmenter le déficit d’entretien accumulé », explique Mme Beausoleil, qui note également que la Ville doit assurer l’entretien de près de 1400 kilomètres de route, soit une valeur en actifs qui se chiffre à environ 1,8 milliard de dollars.

Ainsi, selon la VG, la Ville devrait plutôt considérer effectuer les travaux d’entretien préventifs dans ses stratégies d’intervention, en plus d’évaluer la possibilité de classer les projets en fonction de leur rentabilité « à long terme ».

La vérificatrice générale de la Ville de Gatineau, Johanne Beausoleil

« On recommande à la Ville de ne pas privilégier presque uniquement la reconstruction complète parce qu’à long terme, l’entretien préventif pourrait permettre à la Ville de faire des économies d’environ 15 % », souligne-t-elle.

Le rapport fait également mention que 40 % des routes gatinoises se trouvent présentement en « mauvais » ou en « très mauvais » état. À titre de comparaison, ce chiffre se situe à 30 % de l’autre côté de la rivière, à Ottawa.

« Il faut comprendre que la province de l’Ontario ne fonctionne pas avec le même système de subventions qu’au Québec, ce qui est certainement un élément déterminant. On n’a pas la même structure de financement », indique Mme Beausoleil.

« Cependant, dit-elle, c’est important de savoir que dans les autres villes du Québec, le taux de routes en mauvais ou en très mauvais état se chiffre en moyenne à 45 %, donc la Ville de Gatineau fait quand même un peu mieux que la moyenne à ce chapitre. »

À noter que la « planification des ressources humaines », le « volet mécanique de la gestion du cycle de vie des véhicules et de la gestion des magasins », ainsi que la « gestion des documents numériques » ont également été sujets d’analyse par la vérificatrice générale.

Pedneaud-Jobin réagit

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a indiqué que le virage vers les travaux d’entretien préventifs a été entamé par la Ville.

«Ce que la vérificatrice nous dit est qu’on devrait aller plus loin et plus vite à ce chapitre. Ce qui est intéressant dans son analyse est que le potentiel d’économie est intéressant parce que la dégradation se ferait moins vite. On serait capables avec des montants d’argent moins importants de protéger beaucoup plus de kilomètres de routes pour assurer une plus longue durée de vie à nos routes», a-t-il expliqué.

«Avec les montants importants qu’on met là-dedans (les routes), il faut que les dollars soient rentabilisés», a ajouté le maire de Gatineau.

Un montant de 27,4 M $ a été prévu au plan d’investissement du Service des finances pour le programme de réfection du réseau routier en 2020.

Avec Charles-Antoine Gagnon