Le président de la commission de développement économique de la Ville de Gatineau, Jean-François LeBlanc, laisse entendre qu’une réflexion sur un statut particulier dans le domaine de la langue pourrait être pertinente.

Charte de la langue française: son application fait grincer des dents à Gatineau

EXCLUSIF / Une application de la Charte de la langue française jugée trop rigide par des entreprises de haute technologie fait grincer des dents depuis quelques mois à Gatineau. La situation a même mené, en début d’année, à un conflit interne entre la direction d’ID Gatineau et le maire Maxime Pedneaud-Jobin, a appris Le Droit.

Les récriminations de certains entrepreneurs à la tête d’entreprises de haute technologie concernant le zèle des inspecteurs dans l’application de la loi ont poussé la direction d’ID Gatineau à apostropher, par le biais d’une lettre, l’Office de la langue française, il y a quelques mois. L’intervention d’ID Gatineau n’a pas du tout été appréciée par le maire.

Le Droit n’a pas été en mesure de mettre la main sur la lettre envoyée par ID Gatineau, mais l’insistance avec laquelle de nombreux intervenants interrogés au cours des derniers jours rappellent qu’il n’est pas question pour Gatineau de remettre en question les principes de la Charte de la langue française en dit long sur la teneur de l’intervention d’ID Gatineau dans ce dossier.


«  Il faut éviter de perdre des entrepreneurs en raison de contraintes ou d’application trop rigide de la loi.  »
Jean-François LeBlanc

« ID Gatineau peut exprimer ce qu’il veut bien exprimer, mais moi j’ai le droit de ne pas être d’accord, indique M. Pedneaud-Jobin. Pour moi, l’enjeu c’est l’accompagnement des entreprises et la partie administrative de ce que fait l’Office, pas les principes mêmes de la Charte de la langue française. [Cette lettre] ne reflétait certainement pas mon avis. Il n’est pas question pour moi de remettre en question les principes de la Charte. Sur la façon de l’appliquer, je serai un allié, mais remettre en question les principes du fait qu’on travaille en français à Gatineau, moi je suis en total désaccord. »

Le maire Pedneaud-Jobin est d’avis qu’il aurait été utile pour ID Gatineau, dans ce cas précis, de s’arrimer avec la position de la Ville avant d’intervenir auprès de l’Office. Le directeur général d’ID Gatineau, Jean Lepage, affirme avoir voulu « sensibiliser des personnes clés » et que depuis, les « attentes mutuelles » ont été précisées avec le cabinet du maire.

Le directeur général d'ID Gatineau, Jean Lepage

Le président de la commission de développement économique de la Ville de Gatineau, Jean-François LeBlanc, précise que le travail se poursuit pour améliorer l’accompagnement des entreprises qui rencontrent des difficultés avec l’application de la Charte. Le maire précise qu’une rencontre réunissant notamment l’Office, ID Gatineau et des entrepreneurs doit avoir lieu cet automne à ce sujet. M. Lepage affirme toutefois que les enjeux sur le terrain sont maintenant réglés, ou sur le point de l’être, notamment grâce à la signature de quelques ententes particulières pour certaines entreprises.

« Ce sont des cas qui peuvent être longs à régler, mentionne pourtant M. LeBlanc. Il y a des inspecteurs de l’Office qui peuvent accrocher sur le fait que le bouton de la machine à café indique on/off, alors que ce sont des choses qui se règlent avec un collant. Mais une compagnie qui recrute un expert en cybersécurité de Toronto pour protéger ses serveurs, on ne peut pas lui demander de travailler sur des outils informatiques francisés. Il faut éviter de perdre des entrepreneurs en raison de contraintes ou d’application trop rigide de la loi. »

M. LeBlanc rappelle que Gatineau profite d’un statut particulier pour la taxe sur l’essence, ainsi que dans le domaine de la santé. Sans le proposer ouvertement, il laisse entendre qu’une réflexion sur un statut particulier dans le domaine de la langue pourrait être pertinente.

Le maire Pedneaud-Jobin, pour sa part, reste ferme sur l’importance de travailler en français à Gatineau. « La francisation des entreprises ne doit pas être remise en question, dit-il. Je ne suis cependant pas un défenseur de la lourdeur administrative. Il faut que ce soit simple et efficace, mais sous aucune considération je ne remettrais en question les principes de la Charte de la langue française qui fait consensus au Québec. »