Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

Ces choses-là arrivent

ANALYSE / Les Gatinois sont passés à un cheveu, en début de semaine, de vivre une crise politique sans précédent dans leur histoire. Jamais un maire n’était venu aussi près de perdre le vote sur le budget que l’a été Maxime Pedneaud-Jobin lundi. Un seul petit vote, celui d’un élu indépendant, a fait la différence. Ainsi va la démocratie.

Le maire de Trois-Rivières n’a pas eu la même chance. Son budget a été rejeté à huit contre six cette semaine. Une première en 16 ans pour le maire Yves Lévesque. Comme quoi ces choses-là arrivent. Curieusement, les critiques formulées par les élus opposés au budget du maire Lévesque ressemblent beaucoup à ce qui a été entendu ici pendant et après l’étude du budget, à la fin novembre. 

À Trois-Rivières comme à Gatineau, les nouveaux élus ont pesté devant le peu de temps pour se familiariser avec les dossiers avant de devoir voter. Des conseillers trifluviens ont affirmé avoir l’impression d’être devant un fait accompli et être pris pour voter sur un budget entièrement dessiné à l’avance. Ils étaient plusieurs aussi à souhaiter un effort plus grand pour réduire la pression fiscale sur leurs contribuables. La différence c’est qu’à Trois-Rivières c’est carrément un gel de taxes qui est souhaité par certains élus. 

Trois élus indépendants ont toutefois permis au maire de Gatineau d’imposer son cadre financier et les vues de sa formation politique pour au moins les 12 prochains mois. La conseillère Nathalie Lemieux, la dauphine du candidat défait à la mairie, Denis Tassé, nommée par le maire Pedneaud-Jobin au comité exécutif, n’a pas été très loquace dans la défense du budget, mais elle a serré les rangs sans rechigner quand est venu le temps de voter. 

Le reste de l’appui dont avait besoin le caucus d’Action Gatineau pour remporter la première des quatre batailles budgétaires du mandat est venu de deux conseillers, Gilles Carpentier et Daniel Champagne. Ces derniers ont joué pour beaucoup dans la capacité de Maxime Pedneaud-Jobin, depuis qu’il est maire, à gouverner parfois comme s’il était majoritaire à la table du conseil. 

Le même tandem avait mené à la création d’une « équipe » d’indépendants vers la fin du dernier mandat. Leur rôle politique dans l’adoption du projet du futur aréna Guertin de 104 millions $ à place de la Cité n’a pas été anodin. Ils disaient à l’époque vouloir former une équipe dont le poids politique ne pourrait pas être ignoré. 

Daniel Champagne a récemment affirmé que cette équipe n’existait plus, mais l’étroite collaboration qui anime les deux hommes est elle encore bien réelle, tout comme le poids politique qu’ils réussissent à exercer à la table du conseil. Ils disposent actuellement de la « balance du pouvoir ». Et pour l’instant, la balance penche vers le maire et son équipe. 

Pas de message

Même si ses opposants n’étaient qu’à un vote de chambouler les plans de vacances des Fêtes de bien du monde à Gatineau, et de faire passer à l’histoire ce conseil comme étant le premier à faire tomber un budget, Maxime Pedneaud-Jobin a affirmé n’y percevoir aucun message particulier. 

Une réaction qui a fait dire à la conseillère Louise Boudrias que la maire n’est tout simplement pas à l’écoute. Il fait, selon elle, la sourde oreille aux doléances d’une importante proportion d’élus de son conseil, et ignore la volonté de la majorité des Gatinois qui se sont déplacés pour aller voter le 5 novembre dernier et qui n’ont pas donné leur appui aux hausses de taxes promises de 2,9 %.

Le maire a précisé qu’il entendait ces citoyens, mais il a résumé leurs doléances à « un mouvement » responsable de la détérioration des infrastructures. « Il y a 30 ans, ils gagnaient le vote et on avait des gels de taxes, a-t-il lancé. Nous, nous avons le courage de ne pas faire les erreurs du passé. » 

Les conseillers Pierre Lanthier, Louise Boudrias, Jocelyn Blondin, Audrey Bureau, Gilles Chagnon, Mike Duggan, Marc Carrière, Jean Lessard et Jean-François LeBlanc auraient aimé pouvoir se prononcer sur différents scénarios budgétaires et étudier les impacts liés à des hausses de taxes moins élevées que 2,9 %, mais ils se sont fait dire par le maire Pedneaud-Jobin et le président du comité exécutif, Gilles Carpentier, qu’un tel exercice était trop fastidieux pour l’instant. 

À Trois-Rivières, le maire et l’administration seront forcés d’y arriver. Les opposants se sont tournés vers la Loi sur les cités et villes pour forcer la tenue d’une séance extraordinaire du conseil municipal le… 31 décembre prochain. Le maire Lévesque n’a pas eu d’autre choix que de plier. Les opposants ont réussi à faire ajouter leurs demandes à la proposition budgétaire et les Trifluviens bénéficieront d’un gel de taxe en 2018.