Gilles Carpentier a quitté son poste de président du comité exécutif de la Ville de Gatineau.

Carpentier quitte le comité exécutif

Onde de choc sur la scène politique gatinoise, jeudi, alors que le conseiller municipal Gilles Carpentier a mis fin au suspens qu’il entretenait depuis 24 heures en annonçant sa démission du poste de président du comité exécutif.

Prenant presque tout le monde par surprise, le numéro 2 au conseil municipal a ajouté qu’il ne siégera carrément plus à titre de membre au comité exécutif, redevenant ainsi, pour l’instant, simple conseiller. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin était au fait de la décision de M. Carpentier depuis le 21 août dernier.

Rapidement, M. Carpentier a tenu à préciser que son départ n’était pas motivé par des différences de point de vue avec le maire, ou encore avec la haute direction de la Ville, mais bien par ce qu’il a qualifié d’«ambiguïtés» liées au rôle qui lui avait été dévolu en début de mandat. Habituellement, le rôle de président du comité exécutif est occupé par le maire. Un changement à la Charte de la Ville de Gatineau avait d’ailleurs été nécessaire pour encadrer la fonction. 

«Le contexte politique actuel au conseil municipal me plaçait, comme président du CE, dans des situations de tension, d’opposition et de conflit entre l’exécutif et les autres élus et c’est à mon avis contre-productif, a-t-il expliqué. Cela a nui directement à mon intérêt et à ma motivation à occuper ce poste. Ce rôle-là, dans ce contexte-là, ne me convenait pas. Je ne claque pas la porte, je veux être clair. Je quitte de manière très sereine, après une discussion très calme et lucide avec le maire. On a essayé quelque chose et dans ma façon d’aborder les enjeux, je ne suis plus intéressé et motivé à continuer.»

M. Carpentier a expliqué que malgré qu’il avait toute la légitimité de prendre des décisions exécutives, le flou dénoncé par certains élus entourant le rôle de l’exécutif par rapport aux pouvoirs du conseil municipal est devenu un frein pour lui dans l’exercice de ses fonctions. «J’ai besoin d’autonomie et de latitude dans la prise de décision, mais j’avais toujours ça au-dessus de la tête, qu’ultimement c’est le maire qui a le pouvoir, et dans le contexte actuel où les tensions sont très présentes, ça a amené une ambiguïté quant à savoir quelle était ma zone d’autonomie, a-t-il ajouté. Je me suis surpris durant l’été à ne pas agir dans le dossier des encombrants ou des inondations. Ce n’est pas moi ça, de demeurer assis sur mes mains à ne rien faire. J’en suis venu à la conclusion que je ne me sentais pas investi du pouvoir réel de le faire, pas investi de l’autonomie. Un leader qui réussit, c’est un leader qui a de l’autonomie et du pouvoir décisionnel.»

Questionné à savoir s’il aurait été plus à l’aise dans le siège du maire, M. Carpentier a affirmé que s’il avait voulu être maire, il se serait présenté à la mairie. Il a par ailleurs laissé entendre que la joute politique ne suscite pas beaucoup d’intérêt pour lui. «Pour les prochaines années, je vais me concentrer sur mon rôle de conseiller municipal, a-t-il ajouté. Être confronté à devoir gérer les tensions et les questionnements, de devoir répondre à l’opposition, je ne me sens pas la personne adéquate pour faire face à ça, ça ne m’intéresse pas.»

M. Carpentier a précisé qu’il entendait toutefois poursuivre l’exercice de révision des dépenses et des services qu’il mène actuellement en prévision des discussions budgétaires de l’automne. 

Il continuera aussi à siéger au comité de la planification stratégique de la Ville. 

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« ÇA PASSAIT DIFFICILEMENT » — LOUISE BOUDRIAS

Gilles Carpentier n’avait pas tout l’appui qu’il aurait dû avoir comme président du comité exécutif de la part de certains élus municipaux, admet la conseillère Louise Boudrias. Selon elle, le manque de clarté quant au rôle du CE et de son président par rapport aux pouvoirs du conseil a provoqué ce bris de légitimité énoncé par M. Carpentier. 

«Je comprends la position dans laquelle il se sentait, affirme Mme Boudrias, elle-même très critique des nouvelles responsabilités données au comité exécutif et à son président. Si on avait discuté de l’encadrement de ce poste plutôt que de l’imposer comme le maire l’a fait, si on avait su exactement ce que ça représentait, je pense que M. Carpentier aurait eu plus d’appuis qu’il en avait. Là, ça passait très difficilement. Son rôle n’était pas clair, et on est plusieurs au conseil à trouver qu’on se faisait enlever des responsabilités et des pouvoirs qui selon nous appartiennent au conseil et non à l’exécutif.»

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a réitéré que, selon lui, les choses étaient suffisamment claires pour que M. Carpentier puisse assumer le rôle de leadership qui lui était dévolu quant aux opérations municipales. 

«Mais il y a la nécessaire joute politique qui vient avec ce poste-là et à partir du moment où les opérations sont critiquées, il faut répondre, et ça c’est une partie du travail qui lui plaisait moins. M. Carpentier avait une tendance à ne pas prendre la place du maire, alors que la nature même du poste faisait parfois qu’il aurait été pour lui tout à fait approprié de le faire. Il ne se sentait pas à l’aise d’aller aussi loin que la fonction l’exigeait.»

M. Carpentier occupait un siège au comité exécutif depuis son arrivée sur la scène politique municipale en 2013. 

Le maire a indiqué prendre acte de sa décision, mais s’est dit «déçu» que l’exécutif perde un homme «entier, droit et compétent» comme lui. «On a beaucoup travaillé ensemble et on faisait un travail d’équipe exceptionnel, on se complétait bien, a indiqué le maire. 

Le maire Pedneaud-Jobin continue de croire que dans une grande ville comme Gatineau, la fonction de président de l’exécutif doit être occupée par un autre que le premier magistrat. 

Il affirme vouloir se donner «une dizaine de jours» pour procéder aux changements devenus nécessaires par la démission de M. Carpentier. 

Il n’exclut pas la possibilité d’occuper de nouveau les fonctions de président du CE pour ensuite revenir à la nouvelle formule maintenant enchâssée dans la Charte de la Ville.