La tension a monté d'un cran entre les élus mercredi au jour 3 de l'étude du budget 2020 de la Ville de Gatineau.

Budget 2020 à Gatineau: le ton monte sur le développement économique

Les discussions se sont animées, mercredi matin, alors que la question du développement économique a monopolisé les débats en ce début de troisième journée de l’étude du budget 2020 à Gatineau.

Le conseiller Jean-François LeBlanc a profité du bilan des demandes budgétaires des élus pour avancer que Gatineau fait à son avis piètre figure en la matière en comparaison des autres grandes villes de la province. Avec en main quelques données pigées sur le site du ministère des Affaires municipales, le conseiller a prétendu que Gatineau se situe au 10e rang des grandes villes en matière de développement économique avec des investissements de 3,9 millions $ par année. « Je suis stupéfait », a-t-il lancé.

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Il a été rabroué par le président du comité exécutif, Cédric Tessier, et par le maire, Maxime Pedneaud-Jobin, quant à la validité de ses chiffres. « Vous comparez des pommes avec des oranges », a lancé M. Tessier. 

« Il faut prendre vos chiffres avec un énorme grain de sel », a ajouté le maire, soulignant au passage que le calcul de ce qui représente des investissements en développement économique peut grandement varier d’une ville à l’autre. « Je leur demande de faire leurs devoirs et de vérifier mes chiffres, a rétorqué M. LeBlanc, quelques instants plus tard en mêlée de presse. Ceux qui pensent que je n’ai pas raison, qu’ils m’amènent la preuve du contraire. » M. LeBlanc a manqué de rigueur dans l’utilisation de ses chiffres, estime M. Tessier. Certaines villes vont même jusqu’à ajouter des dépenses en ressources humaines au service de l’urbanisme dans ces données, note-t-il. 

Fonds de développement

M. LeBlanc a proposé l’instauration d’un fonds de développement économique qui nécessiterait un investissement supplémentaire de 8,7 millions $. Il a proposé d’utiliser la dette pour financer sa mesure. M. Tessier lui a cependant rappelé que le recours à la dette n’est autorisé que pour des projets d’immobilisation à Gatineau. 

M. LeBlanc a ajouté qu’il serait prêt « sans aucun problème » à ce que le conseil coupe 8,7 millions $ dans les dépenses municipales pour financer son projet. 

« On ne joue pas avec notre propre argent pour financer nos idées, a rappelé le maire Pedneaud-Jobin. C’est l’argent des contribuables. Ça prend un processus plus rigoureux que ça. Là, la demande c’est de mettre de l’argent pour des projets qui ne sont pas attachés avec personne. »

Selon M. LeBlanc, l’absence de ce fonds a fait perdre des opportunités à la Ville dans les dernières années. Deux de ses collègues, les conseillers Jean Lessard et Louise Boudrias, l’ont repris à leur tour sur cette affirmation. 

« Je suis d’accord avec un fonds de développement économique […], mais je ne crois pas qu’on ait raté des opportunités, a affirmé Mme Boudrias. Les Mosaïcultures est un bon exemple. » 

M. Lessard a pour sa part ajouté que la Ville a toujours été au rendez-vous pour aider l’aéroport à saisir les opportunités qui se sont présentées dans les dernières années.

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La loi empêche Gatineau d’avancer

Le plan de diversification des revenus adopté par le conseil municipal, en 2018, rencontre un obstacle de taille cette année ; la Loi. 

Comme Le Droit le révélait il y a quelques semaines, la Ville de Gatineau ne sera pas en mesure d’imposer des droits sur l’immatriculation des véhicules à la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ). La mesure devait lui rapporter 3 millions $ en 2020.

La Loi sur l’autonomie municipale adoptée par le gouvernement du Québec en 2017 accorde le pouvoir aux villes de prélever des revenus provenant de l’immatriculation des véhicules sur leur territoire. Toutefois, la Loi sur la Société de l’assurance automobile du Québec ne permet pas à la Société de percevoir ces revenus pour une municipalité, à l’exception de Montréal. 

Des discussions à cet effet sont en cours entre la Ville et le gouvernement depuis 2018. La directrice générale de la Ville, Marie-Hélène Lajoie, a mentionné, mercredi, qu’un changement à la loi pourrait être fait lors du dépôt d’un projet de loi omnibus à l’Assemblée nationale en juin prochain. 

Le président du comité exécutif, Cédric Tessier, a indiqué que le manque à gagner dû à l’impossibilité de mettre de l’avant cette mesure de diversification des revenus force la Ville à bâtir son budget en réduisant de trois millions $ ses prévisions de surplus pour 2020. «À court terme, l’impact est minime, mais à moyen et long terme ça pourrait devenir un problème si on ne va pas chercher ces sommes là», a-t-il mentionné.

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À un vote d’une note parfaite

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin est à un vote près de pouvoir se vanter d’avoir réalisé la totalité des engagements pris par le conseil municipal lors de son premier mandat. 

Un montant de 125 000 $ serait réservé pour les années 2020 et 2021 afin de créer un office de consultation publique. Il s’agissait du dernier engagement non réalisé du premier programme du conseil adopté pour couvrir la période 2014-2017. 

La demande budgétaire a été faite par le conseiller Cédric Tessier. Le comité exécutif propose de financer la mesure à partir du budget réservé aux améliorations de services. 

L’administration aurait les six premiers mois de 2020 pour mener à bien le projet. La création de l’office est prévue pour le 1er juillet 2020. M. Tessier dit s’être basé sur le budget de l’Office de consultation publique de Montréal et l’avoir adaptée à la démographie de Gatineau pour préciser sa demande budgétaire.