Le vice-président du conseil d’administration de Brookfield Asset Management, Richard Legault, et la directrice des opérations de la division canadienne, Josée Guibord.

Brookfield: pas de transfert de poste à New York

EXCLUSIF / Le tumulte des deux dernières semaines dans les bureaux gatinois d’Énergie renouvelable Brookfield a forcé la haute direction à remettre les pendules à l’heure. Dans une entrevue exclusive accordée au Droit, lundi, le vice-président du conseil d’administration de Brookfield Asset Management, Richard Legault, a fait un mea culpa, clarifié les informations qui circulaient depuis plusieurs jours et fait une annonce qui aura un impact à long terme pour la compagnie en Amérique du Nord.

« Il y a eu de la confusion dans la façon dont les messages ont été livrés je ne le nie pas, a admis M. Legault en faisant référence à la crainte des employés de voir une centaine de postes être transférés à New York. On prend la responsabilité de ce qui est arrivé. On aurait pu faire mieux pour tout expliquer à nos employés. Mais le climat de travail, des employés qui appellent les journalistes, ça m’a beaucoup inquiété. Ç’a été un signal d’alarme. Il fallait remettre les pendules à l’heure. »

M. Legault a rencontré tous les employés du bureau de Gatineau, lundi, pour leur livrer le même message. « Gatineau demeurera le siège social de l’entreprise en sol canadien, a-t-il insisté. On n’a pas l’intention de transférer des employés ou de déménager les activités de courtage qui se font ici.». Il a répété ce même message au maire de Gatineau et à toute la classe politique de l’Outaouais au cours des dernières heures.

Annonce devancée de six mois
La distorsion dans le message est venue d’une décision prise par l’entreprise depuis un certain temps, mais qui devait demeurer confinée dans les bureaux de la direction pendant encore quelques mois. Le contexte des dernières semaines a cependant forcé Brookfield à devancer son annonce, soutient M. Legault.

Plutôt que de concentrer la quasi-totalité des opérations de l’entreprise pour toute l’Amérique du Nord en une seule entité située à Gatineau, Énergie renouvelable Brookfield a confirmé au Droit qu’il y aura dorénavant une division américaine responsable des affaires aux États-Unis, et une division canadienne qui se concentrera sur le marché canadien. Avant son départ pour occuper de nouvelles fonctions au sein du conseil d’administration de Brookfield Asset Management, la maison mère de la compagnie, Richard Legault assumait la responsabilité des opérations d’Énergie renouvelable Brookfield pour tout le continent. Mitchell Davidson a récemment été embauché pour diriger la division américaine. Il avait été déterminé qu’il devait assurer l’intérim pendant quelques mois pour les opérations à Gatineau, le temps que la compagnie précise ses intentions pour sa nouvelle division canadienne.

« Les deux entités seront distinctes au plan opérationnel et fonctionnel », explique M. Legault tout en ajoutant que les deux entités partageront des services communs qui sont pour la plupart déjà offerts par le bureau de Gatineau. « Le courtage pour le marché américain se fait déjà à partir de Gatineau et ça sera maintenu, dit-il. On ne déménage pas ces postes à New York. C’est d’ailleurs le modèle de partage de services qu’on voudra développer. » Une quinzaine d’employés du secteur du courtage, tout au plus, pourraient éventuellement être invités à poursuivre leur carrière aux États-Unis pour couvrir des activités qui ne se retrouvent pas dans le marché canadien, ajoute M. Legault.

Droits hydrauliques
Richard Legault a préféré ne pas trop s’étendre sur la sortie du gouvernement du Québec, la semaine dernière, qui affirmait vouloir faire du maintien des emplois à Gatineau une condition du renouvellement des baux hydrauliques de la compagnie sur la rivière Lièvre. Selon lui, cet enjeu-là est disparu aussi vite qu’il sera apparu. « C’est correct, c’est une période électorale, a-t-il dit. Mais je n’aime pas le doute que ç’a créé chez nos investisseurs et prêteurs voulant que ces droits-là puissent ne pas être renouvelés si nous ne faisons pas ce que les gouvernements veulent. Nous avons des droits conférés par des gouvernements et nos investisseurs ne devraient pas douter de leur renouvellement. »

UNE FEMME À LA TÊTE DE LA DIVISION CANADIENNE

C’est à une femme, Josée Guibord, que reviendra la responsabilité de diriger les opérations de la division canadienne d’Énergie renouvelable Brookfield. L’entreprise a confirmé sa nomination, lundi, au Droit. Mme Guibord occupait auparavant le poste de vice-présidente aux affaires juridiques de l’entreprise. 

« Josée a fait partie de l’équipe qui a réalisé les importantes fusions de 2011 qui ont fait de l’entreprise ce qu’elle est devenue aujourd’hui, précise Richard Legault. Elle a été de toutes les transactions importantes depuis. Elle est très familière avec toutes nos activités de courtage, de conformité et de gestion du risque. Elle devra travailler avec l’équipe de Gatineau pour établir le plan pour le Canada, le mettre sur papier et déterminer le partage des services avec la division américaine. »

Brookfield n’a pas établi d’échéancier pour la mise en application de ce plan canadien, mais le travail est déjà amorcé. « Mon mandat est le même que celui pour la division américaine, assure Mme Guibord. C’est de continuer la croissance. Ça peut passer par la croissance de nos activités de courtage ou par le choix des technologies vers lesquelles on veut se diriger. On ne se limitera pas à un type d’énergie, tant que c’est renouvelable. »

M. Legault rappelle que l’entreprise a grandement augmenté sa présence en sol américain au cours des dernières années. Il admet avoir peut-être  trop délaissé le marché canadien. « Avec le plan qu’on adopte aujourd’hui, on aura une équipe qui va se concentrer sur la croissance au Canada, note M. Legault. On veut croître à un rythme important ici. Il y a, par exemple, des portefeuilles intéressants en Colombie-Britannique, en Ontario et en Alberta. Il y a de grandes opportunités, des voies d’avenir, dans la diversification de nos technologies. Là, nous aurons une équipe qui va se concentrer là-dessus pour tout le pays. »