Dominique Payette a publié Les brutes et la punaise, un essai sur les «radio poubelles» au Québec.

Boycottage de Roch Cholette par MPJ: un acte de «résistance», selon l’auteure Dominique Payette

Le boycottage entrepris par le maire de Gatineau, une majorité de conseillers et toute l’administration municipale contre l’animateur du 104,7 FM, Roch Cholette, en février 2018, est identifié par Dominique Payette, auteure du livre Les brutes et la punaise comme un des premiers actes de « résistance » au Québec face aux « radios-poubelles ».

L’essai qui a fait grand bruit dès sa publication, la semaine dernière, se penche sur le phénomène et les impacts des radios-poubelles, particulièrement dans la région de Québec. L’auteure fait toutefois un court détour par Gatineau pour traiter de l’action politique coordonnée par le maire Maxime Pedneaud-Jobin à l’endroit de l’animateur du midi sur les ondes de la station régionale de Cogeco. Elle cite des passages de la lettre envoyée par le maire, il y a un an, au président de Cogeco, Louis Audet, dans lequel il s’indigne du travail de l’animateur.

« Monsieur Cholette n’attaque pas les idées, il s’attaque à l’intégrité des personnes, qu’ils soient élus ou fonctionnaires, écrivait M. Pedneaud-Jobin dans la lettre citée par Mme Payette. Il déforme les faits, invente des scandales, propage de fausses nouvelles. Il a aussi peu de respect pour les faits que pour les personnes. »

Invité par Le Droit à revenir sur ce qui a motivé sa décision de boycotter l’émission de Roch Cholette, le maire Pedneaud-Jobin a répété que le courant des radios-poubelles était un problème important et une menace pour la démocratie. « C’est un mélange de spectacle, de mauvaise foi, d’absence de respect des faits et des individus, a affirmé le maire. Pour moi, sur cette définition, c’est clair que M. Cholette s’inscrit dans ce courant-là. On est devant une radio de confrontation, qui n’est pas une radio-poubelle au sens strict, ce n’est pas comparable à Québec encore, mais ça s’en va dans cette direction-là. »

Le directeur général de la station, Bob Rioux, a répété qu’à son avis, le 104,7 FM ne peut pas être qualifié de « radio-poubelle ». Il a toutefois référé Le Droit à la direction générale de Cogeco pour de plus amples réactions. La direction de Cogeco n’a pas été en mesure de donner suite à notre demande d’entrevue.

Nuisible pour la collectivité

Le maire de Gatineau a réfléchi longuement avant de confirmer publiquement le boycottage de l’animateur du midi au 104,7 FM. C’était d’abord, dit-il, une façon pour lui de ne pas endosser « quelqu’un qui salit des gens, qui ne respecte pas la vérité, qui ne respecte pas les faits et qui nuit à la région ». Le maire Pedneaud-Jobin se dit convaincu que le style radiophonique de Roch Cholette fait partie des ingrédients qui empêchent des citoyens de faire de la politique. « Ce qu’il fait est trop nuisible dans trop d’aspects de notre vie collective, poursuit le maire. Essayer d’avoir un débat intelligent quand ça s’amorce par des affirmations de M. Cholette, c’est assez dur parce qu’on commence en partant par un affrontement pour la plupart du temps irrespectueux et qui n’est pas basé sur des faits. »

La dernière année de boycottage n’aura cependant eu aucun effet sur l’animateur, constate le maire Pedneaud-Jobin.

« Je sais que des gens sont intervenus auprès de la station, que ce soit des annonceurs ou des institutions publiques, dit-il. Mais ça fait partie de la stratégie d’affaires de Cogeco de cautionner ça. Je ne pense pas que ça va changer. La direction locale appuie son animateur et la direction de Cogeco endosse aussi ce genre de propos. »

La station a par ailleurs obtenu, l’automne dernier, les meilleurs sondages Numéris depuis son passage sur la bande FM.

La semaine dernière, lorsque le maire a publiquement donné son appui au projet de loi du gouvernement Legault sur la laïcité, Roch Cholette, lors de son émission, a affirmé, en parlant de M. Pedneaud-Jobin, « il veut faire des gains politiques au détriment des libertés individuelles des résidents de Gatineau, c’est ça le maire de Gatineau ». Selon M. Pedneaud-Jobin, il s’agit d’un autre exemple de salissage de la part de l’animateur. « Ce n’est pas de l’information, c’est du spectacle, du salissage et Cogeco endosse ça et c’est méprisable. »

Le maire de Gatineau affirme évaluer les différents recours possibles en réaction aux récents propos de l’animateur. Une plainte au Conseil de presse n’est pas exclue.

Extraits du livre Les brutes et la punaise de Dominique Payette :

«Les radios dont on parle ici sont des médias orientés politiquement, qui misent essentiellement sur la mobilisation émotive de leurs auditeurs. On doit les juger comme des vecteurs non pas d’information, mais de propagande, destinés à persuader et à mobiliser leurs auditeurs. Quiconque refuse de voir ce fait social s’aveugle sur la tempête qu’il laisse entrevoir.»

«Dans ces radios, lorsque la vérité est encombrante, on s’en débarrasse. Les faits n’importent guère, à plus forte raison s’ils ne viennent pas corroborer les opinions émises. Le malheur, c’est que le pouvoir des ondes transforme ce verbiage en menaces et en tensions sociales bien réelles.»

«La recette de ces hommes de radio est toujours la même : désigner un ennemi, le définir comme un corps étranger au vrai-monde-ordinaire, multiplier les attaques personnelles, puis enfariner le tout dans l’anti-intellectualisme.»

«Les animateurs de radios d’opinion mettent de l’avant leurs désirs politiques, ou ceux de leurs employeurs, comme d’autres vendent des savonnettes.»

«Il est beaucoup moins onéreux pour des entreprises de presse de confier à quelques animateurs de longues périodes d’antenne chaque jour que d’avoir à engager des journalistes qui travailleront pour quelques minutes de bulletins de nouvelles. Il en coûte aussi beaucoup moins cher de produire de l’opinion que de l’information rigoureuse. Il suffit pour cela d’avoir des humeurs, de glaner les informations du jour, produites par d’autres, et d’avoir un peu de bagout et d’enchaîner les moi je pense que…»