Le 13 février dernier, le conseil a accepté, à 10 contre 9, de retirer le projet du 22, rue Principale de l’ordre du jour, montrant bien à quel point ce dossier divise à l’hôtel de ville.

Blondin aurait nui au travail de Bureau

Les communications répétées entre le président du comité consultatif d’urbanisme (CCU) de Gatineau, Jocelyn Blondin, et le promoteur du controversé projet du 22, rue Principale, à Aylmer, avant et après le dernier conseil municipal, auraient contribué à couper l’herbe sous le pied de la conseillère du quartier, Audrey Bureau, qui tentait toujours à ce moment-là d’en venir à un compromis avec l’homme d’affaires Denis Cléroux.

Audrey Bureau a été réticente à accepter de commenter les informations du Droit, mais elle a fini par admettre que les interventions de son collègue ont par la suite eu un impact négatif sur son travail. « À partir du moment où M. Blondin a défendu une position qui n’était pas la mienne auprès du promoteur, mon travail de conseillère municipale dans ce dossier est devenu très difficile à accomplir, a reconnu Mme Bureau. M. Blondin n’a jamais caché être en faveur du projet, qu’il était un peu exaspéré devant les revendications des citoyens dans ce dossier-là, une position que je ne partageais pas. Comme élue, je croyais qu’il était primordial d’avoir la chance de pouvoir d’abord faire mon travail. »

M. Blondin s’est entretenu avec le promoteur dans les instants qui ont précédé le vote indicatif en caucus préparatoire le 13 février dernier, au cours duquel le conseil a accepté, à 10 contre 9, de retirer le projet du 22, rue Principale de l’ordre du jour et de permettre à Mme Bureau d’entamer une négociation de la dernière chance avec M. Cléroux. Le président du CCU affirme ainsi qu’il savait, au moment du vote, que le promoteur n’avait pas l’intention de reprendre le processus du début et qu’il n’était pas ouvert à poursuivre des négociations. « Mme Bureau a demandé de pouvoir retourner négocier avec lui, mais quant à moi, ses chances d’arriver à quelque chose étaient minimes », affirme-t-il. 

Le président du comité consultatif d’urbanisme (CCU) de Gatineau, Jocelyn Blondin

M. Blondin, qui fulminait après la décision divisée du conseil, explique avoir eu une discussion avec un représentant du promoteur dans les minutes suivant la fin de la rencontre. Il affirme que c’est le représentant qui l’a contacté. 

« J’ai été clair avec lui, explique M. Blondin. Je lui ai dit que s’il faisait des changements à son projet, il devrait nécessairement reprendre tout le processus auprès de l’urbanisme et du comité consultatif d’urbanisme. Je ne lui ai rien conseillé de faire, je lui ai seulement présenté ses options et précisé que des changements forceraient de reprendre tout le processus. » 

La suite des choses est maintenant connue. Denis Cléroux a indiqué qu’il ne changerait rien à son projet et qu’en cas de refus officiel du conseil municipal, il intenterait une poursuite judiciaire contre la Ville de Gatineau. 

La conseillère du quartier Aylmer, Audrey Bureau

« Laisser l’élue faire son travail »

Audrey Bureau est d’avis que les interventions de M. Blondin n’ont fait que compliquer ses relations avec le promoteur. Elle n’a par la suite jamais senti d’ouverture de la part du promoteur pour donner une dernière chance à la négociation. « J’ai tenté de faire le travail pour lequel j’ai été mandatée par le conseil, mais ça n’a pas porté ses fruits », dit-elle. 

La conseillère du quartier Aylmer affirme avoir exprimé son désaccord au président du CCU par rapport à la façon dont il avait agi dans ce dossier. « Je lui ai exprimé clairement que je trouvais que ça nuisait considérablement à mon travail, mais à ce moment-là, le dommage avait été fait. Le promoteur refusait toutes communications avec moi. »

M. Blondin admet avoir été « accosté » par Mme Bureau à ce sujet et que cela avait semblé la « froisser », mais il estime n’avoir joué que son rôle de président du CCU. « On ne travaille pas tous de la même façon et M. Blondin a choisi de travailler de cette façon et ça sera à lui d’en répondre, affirme Mme Bureau. Ce n’est pas la façon que moi j’aurais privilégiée. Je crois qu’il faut d’abord laisser l’élue du quartier faire son travail et ensuite travailler en collégialité avec les collègues. 

Le dossier du 22, rue Principale revient à l’ordre du jour du conseil municipal ce mardi. Le promoteur Denis Cléroux n’a pas donné suite à l’appel du Droit.