Audrey Bureau, conseillère d’Aylmer
Audrey Bureau, conseillère d’Aylmer

Audrey Bureau critiquée pour ses «calculs politiques»

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
En s’opposant au budget 2021 de la Ville de Gatineau, mardi, la conseillère d’Aylmer, Audrey Bureau, pourrait bien s’être mis à dos plusieurs collègues autour de la table du conseil municipal, a appris Le Droit. Ce n’est pas tant sa position que les raisons qui l’ont mené à voter contre le budget qui semblent irriter. Certains élus estiment que Mme Bureau était plus motivée par un calcul électoraliste qu’autre chose.

«Je pense qu’elle a bien vu que l’adoption du budget n’était pas à risque, que ça ne dépendait pas de son vote, elle a donc décidé d’utiliser la marge de manoeuvre qu’elle avait pour faire un vote symbolique, pour des considérations politiques, pour plaire, c’est son côté un peu populiste», lance son collègue du secteur Aylmer, Mike Duggan.

Mme Bureau a justifié sa position en déplorant l’absence de financement pour le développement du parc des Cèdres, un chantier qui pourrait atteindre 20 millions $. Elle a dénoncé la lenteur avec laquelle la Ville avance dans le projet de complexe multiglaces et de la future palestre. Le peu de financement réservé, selon elle, pour la lutte aux changements climatiques et le manque de planification pour doter son secteur d’infrastructures répondant à la croissance démographique sont aussi au nombre des éléments soulevés par la conseillère pour expliquer son refus de se rallier à la majorité lors du vote de mardi soir.

Le conseil municipal a pourtant été «bon» avec le secteur ouest de la ville dans les dernières années, estime le conseiller Duggan. «Je ne partage pas du tout les critiques de ma collègue, dit-il. La nouvelle bibliothèque qui s’en vient, le nouveau pavillon de la marina, les investissements dans la forêt Boucher, la protection de l’environnement et même si je ne suis pas d’accord, le tramway est un gros projet qui doit desservir l’ouest. Je crois que le budget 2021 n’était pas parfait, mais il était équilibré. Son vote répondait surtout, je pense, à des calculs politiques.»

Mme Bureau se défend d’avoir voté contre le budget par simple calcul politique et affirme plutôt que c’est parce que ses demandes n’ont trouvé aucune réponse dans le budget. «J’ai discuté de mes préoccupations sur le budget avec plusieurs collègues et mes positions m’appartiennent, insiste Mme Bureau. Je suis redevable envers mes citoyens. J’ai d’abord à me justifier devant mes citoyens. […] J’ai fait toutes les démarches et j’ai essuyé des refus pour mes demandes.»

Le président du comité exécutif, Cédric Tessier, condamne ouvertement l’attitude de Mme Bureau qui selon lui a préféré garder dans sa manche des raisons pour s’opposer au budget plutôt que de nourrir la discussion et le débat. «Ça fait deux fois en deux mois qu’elle fait ça, dit-il. Elle l’a fait dans le cas du plan d’urbanisme où à la dernière minute elle a amené des éléments nouveaux qu’elle n’avait pas soumis à la discussion pour s’opposer. Dans une discussion budgétaire, tout le monde doit mettre de l’eau dans son vin, tout le monde doit faire des compromis pour tenter de rallier le plus d’élus possible. Il est impossible de répondre à toutes les demandes et tout le monde en est conscient. Mme Bureau amène des collègues à faire des compromis, mais quand vient le temps de voter, elle se tourne de bord et fait abstraction de tout ça.»

M. Tessier ajoute que cette façon de faire de Mme Bureau a comme effet de fragiliser le lien de confiance entre elle et plusieurs élus. Des conseillers indépendants l’ont d’ailleurs confirmé au Droit sous le couvert de l’anonymat. «La prochaine fois que je devrai faire des compromis pour accommoder Mme Bureau, je vais avoir de la difficulté à lui faire confiance, ajoute M. Tessier. Si tout le monde agissait comme ça, on ne ferait avancer aucun dossier.»

De la cohérence, demande le maire

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin s’en est pour sa part pris à la cohérence du discours de Mme Bureau. «On a fait énormément pour l’environnement dans les sept dernières années, soutient-il. Mme Bureau dit qu’on n’en fait pas assez, mais elle n’a fait aucune demande budgétaire significative pour lutter contre les changements climatiques. Elle a voté contre les outils qu’on s’est donnés pour protéger la forêt Boucher en s’opposant au Plan d’implantation et d’intégration architectural (PIIA) pour les projets d’envergure. Mme Bureau semble avoir de nouvelles priorités chaque semaine. J’en appelle à tous ceux qui ont des ambitions, notamment en environnement, à se donner des priorités claires et qu’ils précisent comment on peut inscrire ça dans le budget.»

Quant au gel de taxes pour lequel quelques conseillers dont Jean-François LeBlanc ont milité dans le cadre de l’élaboration du budget 2021, le maire affirme qu’une telle idée est le symptôme des «gens qui n’ont pas de programme, pas de vision pour la ville et qui n’ont pas d’objectif précis et chiffré». Selon lui, une simple réflexion sur la situation fiscale dans laquelle se trouve Gatineau et sur ce qui a causé le déficit d’entretien des infrastructures permet d’en venir à la conclusion, comme une majorité au conseil, que c’est une mauvaise idée. «Quand les gens vont prendre le temps de se donner un vrai programme détaillé et chiffré, l’idée d’un gel de taxe va leur passer», dit-il.