Si le programme de 2016 était une première incursion dans l’agriculture urbaine pour Gatineau, celui de 2021 à 2024 viendra se greffer à une série d’autres actions posées qui suivent une vision plus large.
Si le programme de 2016 était une première incursion dans l’agriculture urbaine pour Gatineau, celui de 2021 à 2024 viendra se greffer à une série d’autres actions posées qui suivent une vision plus large.

Après les poules, Gatineau se tournerait vers la production agricole en ville

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Il y a quatre ans, quand la Ville de Gatineau a lancé son programme d’agriculture urbaine, ce sont les poules et les abeilles que les citoyens pouvaient dorénavant avoir chez eux qui ont immédiatement retenu l’attention. Les plus alarmistes s’inquiétaient déjà des poules errantes aux quatre coins de la ville et des urgences bondées de gens en choc anaphylactique.

Finalement, tout s’est bien déroulé, à part quelques poules égarées. Le seul échec notable de ce premier pas pour Gatineau dans l’agriculture urbaine a été celui de la ferme Moore qui était un partenaire important pour la Ville dans la séquence et qui a dû cesser ses activités. Le potentiel du site, avec ses bâtiments et ses quelques hectares cultivables en pleine ville est cependant toujours là et n’attend peut-être que le deuxième programme d’agriculture urbaine que la Ville est en train de développer pour de nouveau éclore.

Si le programme de 2016 était une première incursion dans l’agriculture urbaine pour Gatineau, le prochain qui doit s’étendre de 2021 à 2024 viendra se greffer à une série d’autres actions posées dans les dernières années qui suivent une vision plus large. Le nouveau plan d’urbanisme qui doit être adopté en novembre permettra des choses qui ne l’étaient pas auparavant à Gatineau en matière d’agriculture urbaine. Les outils sont en place, croit Gatineau, pour passer à la deuxième étape, celle du développement de l’agriculture, mais directement en milieu urbain. La présidente de la commission Gatineau, ville en santé, Renée Amyot, parle de « maraîchage urbain » ou de « fermettes », un mode de développement, dit-elle, qui permet de rapprocher les produits locaux et l’agriculture des citoyens.

Un jardin communautaire, dans le secteur Hull.

« La différence entre la fermette et le jardin communautaire c’est l’aspect transactionnel, note Mme Amyot. C’est un producteur, aussi petit soit-il, qui voudra vendre sa production. C’est une façon vraiment intéressante de rapprocher l’agriculture des citoyens et de favoriser la prospérité de petites productions agricoles. Ça ouvre des portes qui sont fermées actuellement aux petits agriculteurs. »

Un truc en émergence

Pour l’appuyer dans l’élaboration de son second programme, la Ville de Gatineau s’est adjoint les services du Laboratoire sur l’agriculture urbaine, associé à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). En entrevue avec Le Droit, son directeur scientifique, Éric Duchemin, explique que les projets innovants en agriculture urbaine au Québec et ailleurs dans le monde sont très associés aux institutions, aux entreprises et aux fermes en milieu urbain.

L’exercice de consultation qu’il vient d’amorcer pour Gatineau le dirigera vers des organisations qui pourraient être des clientes de la production provenant de ce type d’agriculture, mais aussi des entreprises et des institutions qui ont des espaces disponibles, sur toit où à l’intérieur, pour accueillir des petites entreprises agricoles qui font, par exemple, de l’aquaculture ou encore de l’élevage d’insectes.

Le nouveau plan d’urbanisme qui doit être adopté en novembre permettra des choses qui ne l’étaient pas auparavant à Gatineau en matière d’agriculture urbaine.

« L’agriculture urbaine est vraiment un truc encore en émergence, il y a encore plein de choses en développement dans ce domaine, explique M. Duchemin. Par exemple, est-ce que Gatineau pourrait développer un espace en friche, dans la ville, qui deviendrait un genre de hub de proximité qui marie l’agriculture bio intensive et l’agriculture urbaine événementielle ? Ce sont des choses sur lesquelles on va vouloir questionner les gens. »

Le plan d’urbanisme qui offre de nouveaux outils réglementaires permettrait-il à la Ville de Gatineau de faire comme Brossard et d’intégrer de l’espace agricole dans la planification du développement des nouveaux quartiers ? Là encore, des réponses viendront dans les prochains mois.

Mme Amyot soutient que Gatineau ne laissera pas pour autant de côté ses efforts en formation des citoyens à l’agriculture urbaine qui faisait déjà partie des actions centrales du premier programme. Tout l’aspect visant à favoriser le développement des jardins communautaires pourrait être bonifié et même s’étendre au concept des jardins collectifs qui utilisent de l’espace public, comme des parcs ou des plates-bandes municipales pour faire pousser des produits comestibles disponibles à tous.

Si le programme de 2016 était une première incursion dans l’agriculture urbaine pour Gatineau, celui de 2021 à 2024 viendra se greffer à une série d’autres actions posées qui suivent une vision plus large.

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GATINEAU CHOISIT DE NE PAS CONSULTER LA POPULATION

La Ville de Gatineau prévoyait consulter la population pour l’élaboration de son second programme d’agriculture urbaine. Un questionnaire qui devait être mis en ligne et dont Le Droit a obtenu copie avait même été réalisé à leur intention. L’exercice devait s’amorcer le 15 septembre, mais à la dernière minute, la direction de la planification stratégique de la Ville a fait marche arrière. Plus question de demander aux Gatinois ce qu’ils ont pensé du premier programme et quelles sont leurs aspirations en matière d’agriculture urbaine pour l’avenir. 

Les questions auxquelles les Gatinois ne répondront finalement jamais abordaient une variété de sujets comme la possibilité de réduire les taxes sur les terrains accueillant des initiatives d’agriculture urbaine, ou encore la permission de vendre des produits des jardins communautaires. Une question cherchait à mesurer la réaction des Gatinois si elle en venait à obliger l’intégration de l’agriculture urbaine dans les nouveaux projets résidentiels, ou encore si elle finançait des projets grâce à des incitatifs fiscaux. 

La présidente de la commission Gatineau, ville en santé, Renée Amyot, était toujours convaincue, jeudi après-midi, qu’une consultation publique était prévue dans ce dossier. Elle a appris en fin de journée que les plans avaient été changés. «Je n’ai pas été consultée sur le type de consultation à organiser, a-t-elle affirmé. La recommandation de la direction de la planification stratégique de la Ville a été de plutôt faire une consultation plus ciblée, avec des organismes et des groupes plus d’intérêt et je fais confiance à cette recommandation de nos services.»