Affrontement Nadeau-Boudrias sur le dossier de la rue Jacques-Cartier

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
La conseillère de Pointe Gatineau, Myriam Nadeau, sera prête à débattre, mardi, au conseil municipal, de la fermeture partielle de la rue Jacques-Cartier, mais elle exige que la discussion que tente de provoquer la conseillère Louise Boudrias «s’appuie sur les faits».

Mme Boudrias souhaite mettre fin dès le 1er septembre, soit un mois à l’avance, au projet de corridor sanitaire initié par le conseil au début de l’été. Pour être en mesure de déposer sa résolution, la conseillère aura besoin de l’appui des deux tiers du conseil municipal, ce qui n’est pas acquis. 

«Dans la mesure où Mme Boudrias est prête à se ranger du côté des faits pour tenir un débat et à modifier de façon conséquente sa résolution, le débat pourra avoir lieu», insiste Mme Nadeau dans un communiqué de presse publié très tôt lundi matin. 

La réponse de Mme Boudrias ne s’est pas fait attendre. Cette dernière n’entend pas changer un mot de sa résolution. «J’invite Mme Nadeau à accepter le dépôt de ma résolution et à en débattre, lance Mme Boudrias. Si elle veut y modifier des éléments, elle le fera en déposant des amendements. On va voir si elle aura le courage politique d’en débattre. Dans le cas contraire, ce sera un grand manque de courage de sa part et ce sera antidémocratique.» 

Le projet pilote qui restreint l’accès aux voitures afin d’offrir plus d’espace aux cyclistes et aux piétons pour respecter les règles de distanciation n’a jamais fait l’unanimité dans le quartier. Des commerçants et des résidents ont d’ailleurs organisé une conférence de presse, la semaine dernière, pour demander au conseil de mettre fin à l’expérience. Les commerçants allèguent que les mesures en place nuisent à l’achalandage dans les commerces. «Nous sommes en période de pandémie et plein de restaurants vivent des enjeux d’achalandage, note Mme Nadeau. Avant de dire que ce sont les mesures sur Jacques-Cartier qui provoquent cette baisse, il faudrait le démontrer avec des faits. Toutes les activités qui sont organisées et la vue qu’on a sur Jacques-Cartier sont d’abord des atouts que ces restaurants ont et que les autres ailleurs n’ont pas.»

Achalandage

Mme Nadeau demande à sa collègue de modifier sa résolution afin, dit-elle, qu’elle s’appuie sur les données compilées depuis la mise en place des mesures qui ont transformé la rue Jacques-Cartier en rue partagée et en vélorue. Mme Boudrias rétorque que les éléments de sa résolution sont appuyés par «la réalité» et qu’ils ne sont pas erronés.

Les données compilées par la Ville de Gatineau démontrent une hausse d’achalandage de 38% pour les vélos et de 42% pour les piétons sur le tronçon de rue partagée où la circulation se fait à sens unique vers l’ouest, entre Saint-Antoine et des Montgolfières. Sur le tronçon de vélorue situé entre Prince-Albert et Saint-Louis, où la circulation se fait toujours à double sens, les comptages effectués en juillet montrent un achalandage variant entre 600 et 1600 cyclistes par jour, dont la majorité utilise la chaussée. En 2017, les données oscillaient autour de 800 cyclistes par jour sur ce tronçon. 

«À la lumière de ces données, si le projet se justifiait au printemps, il est faux de prétendre qu’il n’est plus pertinent aujourd’hui alors que les données montrent que les usagers du transport actif sont toujours aussi nombreux, voire plus nombreux qu’au printemps, note Mme Nadeau. Et si certains commerçants prétendent subir des impacts négatifs sur leurs chiffres d’affaires, d’autres constatent plutôt des augmentations intéressantes, malgré le contexte de la COVID-19.»

Mme Boudrias note que les données diffusées par la Ville datent de 2017, juste après la première inondation record qui avait vivement touché le secteur. «C’est vrai qu’on voit une augmentation, mais on observe une augmentation du nombre de cyclistes partout sur notre réseau, ajoute Mme Boudrias. On n’a jamais vu autant de vélos que cet été. Les magasins qui vendent des vélos ont tout vendu. En ce sens, c’est normal de voir une augmentation de l’achalandage sur Jacques-Cartier, c’est partout pareil.»

Compromis

Mme Nadeau propose un compromis à Mme Boudrias. Si cette dernière accepte de modifier le texte de sa résolution, Mme Nadeau tentera de faire adopter des amendements à la résolution de sa collègue afin que les mesures sur Jacques-Cartier demeurent en place les fins de semaine et les jours fériés jusqu’au 30 septembre. 

Le président du conseil municipal et porte-parole du dossier vélo à Gatineau, Daniel Champagne, est d’avis, pour sa part, qu’il est pertinent de mettre fin au projet pilote dès le 1er septembre, comme le demande Mme Boudrias.

«Ce serait une erreur de penser pouvoir mettre en place une initiative différente aussi rapidement pour le mois à venir, dit-il. Je propose qu’on mette fin à l’expérience qui était pertinente dans le contexte du confinement, mais qu’on amorce dès maintenant les discussions sur ce qu’on veut faire à l’avenir avec la rue Jacques-Cartier. Retournons donc tous ensemble à la table à dessin. La rue Jacques-Cartier ne peut pas et ne doit pas être une simple route de transit.»