La disparition, en janvier dernier, de onze pins blancs matures situés sur le terrain du 2360, rue Saint-Louis, tout près du restaurant Tim Horton, à l’entrée du pont Alonzo, a offusqué Mme Paré au point où elle a jugé bon d’alerter les autorités municipales.
La disparition, en janvier dernier, de onze pins blancs matures situés sur le terrain du 2360, rue Saint-Louis, tout près du restaurant Tim Horton, à l’entrée du pont Alonzo, a offusqué Mme Paré au point où elle a jugé bon d’alerter les autorités municipales.

Abattage d’arbres: Gatineau fait reposer l’application de son règlement sur les citoyens

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Le règlement municipal devant protéger les arbres d’abattages sauvages est de nouveau pointé du doigt à Gatineau. Une résidente du quartier Limbour, Diane Paré, dénonce la façon dont, selon elle, la Ville de Gatineau refuse de prendre ses responsabilités en faisant plutôt reposer l’application de sa réglementation sur les épaules des citoyens.

La disparition, en janvier dernier, de onze pins blancs matures situés sur le terrain du 2360, rue Saint-Louis, tout près du restaurant Tim Horton, à l’entrée du pont Alonzo, a offusqué Mme Paré au point où elle a jugé bon d’alerter les autorités municipales. «Ils faisaient au moins 40 pi de hauteur, lance-t-elle. C’était impossible de les manquer, surtout quand ils ont disparu.»

La requête de la citoyenne au 3-1-1 a fait l’objet d’un suivi de la part de la Ville si bien qu’un employé du service de l’urbanisme l’a contacté quelques jours plus tard pour l’informer que le propriétaire du terrain avait finalement agi sans permis. Ce dernier a été mis à l’amende à raison d’un peu plus de 800 $ par arbre coupé illégalement. Il était aussi dans l’obligation de replanter onze nouveaux arbres avant le 30 juin dernier. 

En août dernier, Mme Paré s’est rendu compte que le propriétaire du terrain, qui selon la fiche de propriété de la Ville est Immobilier Godfather Realty Inc, n’avait toujours pas obtempéré aux exigences de la municipalité. Mme Paré a depuis fait trois requêtes à la Ville de Gatineau. En date de mercredi, aucun arbre n’avait encore été replanté sur le site. 

«À l’urbanisme, on m’a dit que la Ville ne faisait aucun suivi pour voir si l’obligation de replanter des arbres était respectée par la suite, et encore moins pour voir si les arbres plantés étaient toujours en vie un an plus tard, explique la citoyenne. En résumé, ce que Gatineau fait, c’est de faire reposer la responsabilité de l’application de sa réglementation et de ses sanctions sur les citoyens. J’ai pourtant fait ma part, j’ai alerté la Ville quand les arbres ont été coupés. Je ne comprends pas pourquoi la Ville impose ensuite aux citoyens de faire eux-mêmes le suivi des sanctions envers les récalcitrants. C’est à la Ville de faire respecter son règlement. Ce n’est pas normal que Gatineau soit rendue à faire reposer ça sur les épaules du monde. C’est un manque de volonté et de rigueur de la part de la Ville.»

La conseillère du quartier, Renée Amyot, a elle aussi interpellé l’administration municipale concernant cette coupe sauvage d’arbres matures. Elle assure que «les suivis ont été faits à la mesure des procédures et processus que nous avons en place», dit-elle. Cela étant dit, Mme Amyot convient que la Ville n’assure pas systématiquement le suivi de ses propres ordonnances. «Est-ce qu’on devrait avoir une équipe en place pour s’assurer que les obligations de replanter sont respectées? demande-t-elle. C’est une question de ressources humaines et de capacité de nos équipes. On peut certainement se poser la question à savoir si on peut mieux faire pour s’assurer du respect des sanctions qu’on donne aux contrevenants.»

La conseillère municipale Renée Amyot

En 2019, Gatineau a émis 136 certificats d’autorisation pour l’abattage d’arbres. Le 3-1-1 a reçu 91 plaintes pour des arbres abattus, ce qui a mené à 18 constats d’infractions. En 2020, en date de jeudi, la Ville avait émis 104 certificats d’autorisation. Un total de 117 plaintes avait été enregistré au 3-1-1 et seulement deux constats d’infraction avaient été enregistrés pour des abattages illégaux.

Prévenir d’abord

Mme Amyot rappelle que Gatineau doit éventuellement se doter d’une «politique de l’arbre». L’exercice, dit-elle, doit servir d’opportunité pour revoir les façons de faire en la matière. Il n’y a toutefois aucun échéancier d’avancé pour le dépôt d’une telle politique à Gatineau. Le conseil municipal n’a même pas encore donné le mandat à son administration de travailler sur le sujet. Cela pourrait venir dans les prochains mois. Pour l’instant, la politique de l’arbre n’est pour ainsi dire qu’un sujet de conversation. 

«Il y a matière à réfléchir assez largement au dossier des arbres à Gatineau, estime Mme Amyot. Plusieurs élus se sentent concernés par cet enjeu. On doit revoir nos façons de faire pour s’assurer qu’on protège bien les arbres que nous avons et qu’on intervient quand il y a des délinquants. Pour l’instant, nous agissons uniquement sur la base de requêtes des citoyens.»

Mme Amyot estime qu’en étant plus agressive en matière de pénalités financières et dans la mesure où les citoyens et promoteurs connaissent bien la réglementation, la Ville pourrait mieux prévenir les abattages sauvages sur son territoire. «Il faut trouver un moyen de prévenir ces situations et se questionner sur les contraventions que nous imposons afin de voir si c’est suffisamment dissuasif», dit-elle. 

En attendant, Diane Paré continue de regretter la disparition de ces onze grands pins blancs du paysage de son quartier et souhaite que la Ville de Gatineau prenne les moyens dont elle dispose pour forcer le propriétaire récalcitrant à réparer les dommages qu’il a causés dans le secteur.