Le quartier du Musée a pris toute la place dans l’actualité politique régionale. Le 28 août, les réponses à toutes les questions seront connues.

À l’affiche jusqu’au 28 août

ANALYSE / L’ancien maire Yves Ducharme a raison. Il y a longtemps que des élus municipaux n’avaient pas offert une aussi bonne prestation à la table du conseil. Le débat sur le quartier du Musée et les tours Brigil, mardi, a été à la hauteur de l’importance du moment pour Gatineau et son centre-ville. Un producteur de « télé-réalité » n’aurait pas imaginé meilleur scénario.

Un sujet polarisant à la puissance 10. De belles envolées, de part et d’autre, entrecoupées d’interventions difficilement plus terre-à-terre. Des politiciens en grande majorité bien préparés et prêts à l’affrontement avec le clan adverse. Une haute fonctionnaire qui maîtrise parfaitement son dossier et qui parvient avec doigté à garder une neutralité administrative au beau milieu d’un environnement excessivement politique.

Et une fin un peu rocambolesque. Un vote qui divise parfaitement le conseil en deux. Neuf pour, neuf contre, et une absente qui, à défaut de trancher le débat, fait un faux pas sur Facebook en publiant une photo de ses pieds à la plage. Il fallait une suite. Elle est à l’affiche cet été, et culminera le 28 août.

Parlant de scénario. Tout porte à croire que les tours Brigil ont un nouveau défenseur invétéré à la table du conseil. La chaise était vide depuis le départ à la retraite de la conseillère Denise Laferrière. Plusieurs conseillers ne cachent pas être en faveur des tours, mais ils se gardent une porte de sortie en rappelant que le projet devra d’abord être présenté et analysé. Le conseiller Jean-François LeBlanc est plus catégorique. « On ne peut pas dire non aux tours », a-t-il insisté à plusieurs reprises cette semaine.

M. LeBlanc a été très actif, plus qu’à l’habitude, mardi, lors du débat sur la citation patrimoniale du quartier du Musée. Il est régulièrement revenu à la charge pour déballer, un à un, les arguments de vente utilisés par Brigil pour faire la promotion des tours de 35 et 55 étages. L’opération a fini par créer un malaise autour de la table. Le président du conseil, Daniel Champagne, lui a subtilement demandé à deux reprises de recadrer ses interventions. Le président du comité exécutif, Gilles Carpentier, a fini par être plus direct. « Cessons de deviner ce qu’est ce projet ou ce qu’il pourrait être, a-t-il déclaré. Cessons la spéculation et travaillons avec du factuel. Les élus n’ont pas à intervenir à pieds joints avec les deux mains dans le dossier tant que le projet ne suit pas son cours [dans l’administration]. »

Un gros chalet
Quelques heures plus tard, M. LeBlanc échangeait de longues publications Facebook dans un groupe de discussion sur l’actualité municipale de Gatineau avec un défenseur du patrimoine bien connu et attaché au quartier du Musée, Jean-Guy Ouimet.

Dans une longue analogie assez surprenante, le conseiller responsable des dossiers économiques au conseil municipal compare le promoteur Gilles Desjardins et son projet de tours de 35 et 55 étages à un propriétaire riverain qui caresse le rêve de se bâtir un chalet au bord d’un « merveilleux lac plein de beaux poissons en santé », et les citoyens qui soutiennent la citation patrimoniale du quartier comme des voisins jaloux.

Il raconte comment ce propriétaire a pris son temps pour « magasiner » son terrain, choisir l’emplacement du jardin et faire ses plans pour avoir le plus beau chalet autour du lac.

« Imaginez, vous vous apprêtez à y investir vos économies de vie et vous allez au village pour demander votre permis de construction, mais malheureusement votre voisin avec une maison plus modeste apprend que vous avez fait cette demande », poursuit M. LeBlanc. Il raconte comment ce voisin réussit à influencer les autres riverains avec des faussetés concernant ce projet de chalet sur le terrain voisin.

« À la fin, c’est un monstre qui veut construire un château monstrueux et lugubre qui va vider le lac de ses poissons et le polluer […] Pétition, insultes, représentation au maire du village, aux conseillers, affiches, sites web […] et là on vous dit, il y a d’autres terrains, d’autres lacs, pourquoi ne vas-tu pas AILLEURS », conclut-il.

Moment clé
Au-delà des histoires de chalets, de lacs remplis de poissons et de voisins jaloux et médisants, il reste que les quatre prochains mois seront déterminants pour l’avenir de la quatrième ville en importance au Québec. La décision d’offrir ou non une protection patrimoniale au quartier du Musée pourrait être un des moments clés dans la jeune existence de la Ville de Gatineau. Des discussions plus intenses entre l’administration municipale et Brigil semblent maintenant être devenues plus nécessaires que jamais aux yeux de bien des élus et doivent avoir lieu sous peu.

Il ne s’agit pas seulement de protéger un vieux quartier historique ou autoriser éventuellement la construction de deux tours au centre-ville. Le dossier du quartier du Musée et des tours Brigil est un peu comme la clé de voûte de Gatineau. À lui seul et à sa manière, ce débat concentre tous les enjeux importants auxquels Gatineau sera confrontée au cours des prochaines années.

Il est un concentré d’enjeux de développement urbain, économique, culturel et démographique. Il renferme des éléments liés à la mobilité, aux transports, à l’environnement et aux impacts sur les infrastructures municipales. Il s’agit aussi d’un test identitaire pour Gatineau.

D’après les sondages menés depuis trois ans sur le sujet, plus les Gatinois sont loin du centre-ville, plus ils ont tendance à être en faveur des tours. Plus ils sont proches, plus ils se sentent concernés par la protection du patrimoine du quartier du Musée. Il y aura eu un avant et il y aura un après 28 août 2018.