79, chemin Fraser : «Fallait prendre la moins mauvaise décision»

La luxueuse résidence du 79, chemin Fraser, à Aylmer, évite la démolition. Après des semaines d'hésitations et des débats houleux, les élus de Gatineau ont accepté hier soir, lors d'une réunion du conseil municipal, d'accorder une dérogation mineure nécessaire à son intégration dans le quartier.
Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a assuré qu'il s'agissait de la meilleure option, celle qui aurait à son avis les conséquences financières les moins lourdes pour la Ville et les contribuables. Un argument qui est loin d'avoir convaincu la vingtaine de citoyens furieux qui ont fait connaître leur mécontentement hier soir.
« Il fallait prendre la moins mauvaise décision, a déclaré le maire. Corriger cette erreur en refusant la dérogation, ça peut nous coûter des millions. C'est là où je décroche. Pour nous il est clair qu'une des options (la démolition) était plus dangereuse du point de vue des finances. »
Sous le choc à la suite du vote, le porte-parole des résidents du chemin Fraser, Louis Gaudet, ne perd pas espoir.
« On a perdu une bataille, mais on n'a pas perdu la guerre. Il y aura d'autres développements plus tard », a-t-il souligné.
M. Gaudet espère que l'enquête enclenchée par le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire (MAMROT), afin de se pencher sur les agissements du service de l'urbanisme de la Ville de Gatineau, lui donnera des munitions.
Mais selon le maire, cette plainte n'aura aucune influence sur la décision de la Ville dans le dossier.
« Je serais curieux de voir les conséquences de ce que le ministère fait parce qu'une dérogation, ça appartient à la Ville. Même un juge ne porte pas de jugement sur la dérogation elle-même, mais plus sur le processus », a-t-il dit.
M. Gaudet comprend mal que le conseil municipal ait statué sur le sort de la résidence du 79 Fraser sans avoir obtenu la conclusion de l'enquête administrative externe que la Ville a mis en branle pour faire la lumière dans le dossier.
Le maire rétorque que les élus avaient l'ensemble des faits pertinents dans les mains afin de prendre une décision éclairée.
De façon exceptionnelle, et après des heures de discussions à huis clos plus tôt en matinée, le maire Maxime Pedneaud-Jobin a demandé aux élus d'accepter la dérogation au règlement de zonage permettant de régulariser l'implantation de l'imposante résidence d'une valeur de 2,5 millions$.
Les conseillers ont tour à tour expliqué leur motif avant le vote. Onze d'entre eux ont voté en faveur et sept se sont prononcés contre.
Tous, le coeur sur la main, ont juré que « plus jamais une situation pareille ne se reproduirait » et qu'un « changement de culture » au service d'urbanisme est nécessaire.
Les citoyens qui ont passé au micro ne sont pas laissés attendrir par l'exposé des élus.
« Je pense que tous les Gatinois ont perdu ce soir, a affirmé M. Gaudet. On pose énormément de questions et je pense que ça dérange. Les élus ont voté pour se donner bonne conscience. Ils pensent qu'ils sont votés pour l'intérêt des Gatinois, mais la loi sur l'aménagement et l'urbanisme ne leur permettait pas de voter en faveur. »
M. Pedneaud-Jobin est quant à lui convaincu de la conformité de la résidence.
« Je le répète : le bâtiment principal est conforme. La volumétrie est conforme, l'aspect est conforme. Donc c'est une dérogation qui porte uniquement sur l'endroit où se situe la maison. Pour moi ce genre de dérogation, c'est dans la sphère de ce que l'on pourrait accepter comme ville. »
Contrairement à M. Pedneaud-Jobin, le conseiller du secteur, Richard Bégin, estime que la dérogation n'a de mineure que le nom.
« Je suis là pour un meilleur urbanisme en ville. Il y a eu des failles majeures dans ce dossier. On parle de 27 pieds, ce n'est pas mineur, a-t-il plaidé. Et pour moi ce n'est pas une question d'argent.
Le propriétaire de la résidence, Patrick Molla, devra toutefois respecter des conditions.
« C'est essentiellement des aménagements paysagers autour de la maison pour diminuer l'effet de mur », explique le maire.
La résidence a été érigée à sept mètres de la rue, alors que ses voisines devaient être construites à une distance de 15 à 16 mètres, selon les règlements d'urbanisme de Gatineau.
M. Pedneaud-Jobin affirme que les avocats représentants les citoyens lésés n'ont pas souhaité négocier une sortie de crise avec la Ville. Une plus grande ouverture de leur part aurait sans doute mené à des conditions plus adaptées, s'est-il désolé.