Le député Richard Nadeau a passé une semaine à arpenter la Jordanie, la Cisjordanie et la bande de Gaza avec des collègues libéral et néo-démocrate. Sur la photo, les restes d'une mosquée, à Gaza.

« C'est pire que ce que je pensais » - Richard Nadeau

Richard Nadeau rentre d'une mission parlementaire au Proche-Orient avec « la rage au coeur ». À ses yeux, le quotidien des Palestiniens, tant à Gaza qu'en Cisjordanie, se résume à subir « l'apartheid » israélien.
« C'est un devoir de témoigner de ce que j'ai vu là-bas », confie le député bloquiste de Gatineau, de retour au pays depuis maintenant deux semaines.
Avec deux de ses collègues - la néo-démocrate Libby Davies et le libéral Borys Wrzesnewskyj - il a passé une semaine à arpenter la Jordanie, la Cisjordanie et la bande de Gaza via l'Égypte, sous l'égide du comité d'amitié parlementaire Canada-Palestine. « J'avais une idée avant de partir, mais c'est pire que ce que je pensais », raconte M. Nadeau.
Occupée par Israël de 1967 à 2005 et isolée depuis par la fermeture de sa frontière avec l'Égypte et un blocus israélien, Gaza est l'une des régions les plus densément peuplées de la planète. « Le contraste est frappant, observe le député de Gatineau. Dans ce qui pourrait être une destination balnéaire de rêve, un paradis terrestre, on retrouve la plus grande prison à ciel ouvert pour les 1,5 million de Gazaouis qui s'y trouvent. »
Secondés par l'organisme non gouvernemental Code Pink, les trois députés canadiens ont été témoins d'une véritable crise humanitaire. L'offensive israélienne de décembre 2008 et janvier 2009 a tout détruit, explique M. Nadeau. Le parc industriel a été rasé, 14 000 maisons ont été détruites, de même que la majorité des édifices de l'Autorité palestienne, incluant le Parlement, tandis que 70 % des terres agricoles ont été sévèrement endommagées. « Gaza produisait entre autres des fraises que l'on retrouvait dans nos marchés au Québec, dans le temps des Fêtes, rappelle M. Nadeau. Aujourd'hui, plus rien. »
Odeur de pourriture
Le centre d'épuration des eaux a subi le même sort, si bien que les déchets sont déversés dans la Méditerranée, ou se retrouvent dans le sol et dans la nappe phréatique. « Même avec les portes blindées du véhicule de l'ONU et les fenêtres fermées, l'odeur putride nous rejoint », dit-il.
Le blocus aussi fait des ravages. Seulement 36 produits de base y échappent, tels que le sucre, la farine ou le shampooing. Pas de matériaux de construction, ni de fertilisants ou de graines pour l'agriculture. « Même les couches Pampers n'entrent pas, car Israël estime que les produits chimiques qu'elles contiennent peuvent aider à produire des bombes artisanales. »
La pêche est anémique, étant limitée à trois miles nautiques. L'aéroport construit par le Canada à Gaza a été détruit, tandis que les mules ont remplacé la majorité des voitures. Le pétrole entre à Gaza par des tunnels creusés vers l'Égypte. « Tunnels de la résistance ou tunnels du déchirement social des Gazaouis ? se demande M. Nadeau. Le marché noir permet à des gens de vendre des produits dix fois plus cher qu'en temps normal. Ça décourage les honnêtes commerçants et ça les incite à quitter Gaza pour la diaspora. »
Les députés canadiens ont été témoins de l'éviction manu militari d'une famille palestinienne, à Jérusalem-Est. Ils ont aussi visité un camp de réfugiés créé en février, où 250 familles s'entassent dans des tentes de camping balayées par le vent et endommagées par le soleil torride. « Heureusement qu'il y a l'Office de secours et de travaux des Nations unies, qui nourrit au moins 800 000 personnes par jour à Gaza. »
Les députés fédéraux ont rencontré une série de dignitaires, des membres de la mission canadienne à Ramallah, mais aussi des gens d'affaires et des réfugiés. « Les Palestiniens nous disent deux choses : venez voir ce qui se passe à Gaza, et faites enlever le blocus », rapporte M. Nadeau.
Depuis son retour, le député bloquiste planche sur un rapport - qui a déjà une cinquantaine de pages - qu'il entend soumettre au comité Canada-Palestine, de même qu'à la Chambre des communes. Il songe aussi à faire des présentations dans les écoles pour témoigner de son périple.