Gatineau s'inquiète de la crise du recyclage

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
La baisse drastique de la demande dans l'industrie du recyclage laisse planer le risque de dépenses supplémentaires pour la Ville de Gatineau après 2010.
«Je suis très inquiet, a admis hier le maire, Marc Bureau. La situation du papier et du carton va être une très grosse problématique partout au Québec et partout au Canada, et je pense que le gouvernement va devoir s'y mettre après les Fêtes, parce que les villes vont vivre un problème majeur. Pour vous donner un exemple, le prix du carton est passé de 120 $ la tonne à zéro dollar la tonne actuellement.»
En vertu d'un contrat valide jusqu'en 2010, le recyclage des Gatinois est actuellement traité par la firme Tricentris, un organisme à but non lucratif géré par des municipalités. La Ville de Gatineau paie 25$ pour chaque tonne de matières recyclables qui passe par le centre de tri de Chelsea.
Marc Bureau affirme que Tricentris s'est déjà engagée à respecter le contrat malgré les difficultés rencontrées pour vendre les produits. Les choses risquent cependant de changer lorsque l'entente viendra à échéance.
«C'est valide jusqu'en 2010, mais Tricentris comme toutes les compagnies va avoir une problématique importante. Il n'y a plus de débouchés pour le carton et le papier. Certainement que ces compagnies-là vont revenir à la Ville, je m'attends à ça, et il faudra l'analyser.»
Le conseiller Patrice Martin, qui préside la commission sur l'environnement, estime que la Ville devra analyser sérieusement la situation. «Ça démontre qu'il faut prendre des orientations qui vont nous permettre de bien gérer nos matières résiduelles et d'avoir des partenaires qui ont les reins solides, a-t-il déclaré. Mais en même temps, il y a des choses qu'on ne peut pas contrôler. Quand un pays comme la Chine décide d'arrêter d'acheter du papier et du carton tout d'un coup, c'est toute la planète qui se demande quoi faire avec son papier et son carton, et on est dans le même bateau.»
En 2011, lors de l'implantation de la co-collecte, le traitement des matières résiduelles doit se faire dans une usine devant être construite près de l'aéroport de Gatineau.
«Ça va être représenté à nouveau aux élus, mais ça va être à analyser, admet le maire. Certainement que l'analyse sera différente, qu'on ne pourra peut-être pas aller à long terme, mais je suis sûr que c'est un dossier que le gouvernement devra traiter dans les prochaines semaines.»
La compagnie Waste Management avait proposé à Gatineau, en septembre, de payer 20 $ la tonne pour les matières aboutissant dans les bacs bleus des citoyens.
Responsable des relations municipales chez Waste Management, Bernard More reconnaît que la crise n'a pas épargné le plus gros recycleur nord-américain, mais dit être encore en mesure de faire une offre intéressante à Gatineau.
«Ça peut être difficile de maintenir la proposition qu'on a faite il y a quelques mois, admet M. More. Mais au niveau de l'avantage concurrentiel, je vous dirais qu'on est confiant qu'on peut toujours être concurrentiel, indépendamment des marchés.»
M. More n'a pas été en mesure de dire si Waste Management, avec les prix actuels, pourrait toujours offrir de l'argent à Gatineau, ou bien si l'entreprise devrait imposer, elle aussi, certains frais à la municipalité.