Francophonie

L’attaché de Michaëlle Jean minimise l’appui à la Rwandaise

Il n’est pas étonnant que les dirigeants de l’Union africaine (UA) réunis en sommet aient appuyé la candidature d’une ministre rwandaise pour diriger la Francophonie alors que la présidence tournante est assurée... par le Rwanda, ironise un collaborateur de Michaëlle Jean.

« Qui préside l’UA actuellement ? C’est le président du Rwanda, Paul Kagame », alors le « timing était plutôt bon pour qu’ils poussent leur pion sur cet échiquier-là », a soulevé mercredi en entrevue Bertin Leblanc, porte-parole de la secrétaire générale sortante.

« Je pense que ce n’est pas un hasard si cet endossement arrive au moment où le Rwanda pilote l’Union africaine », a-t-il enchaîné à l’autre bout du fil depuis Paris, notant que le vote de confiance symbolique s’est tenu en l’absence de plusieurs chefs de nations francophones.

« Il faut quand même rappeler qu’il y a 54 États membres au sein de la Francophonie, donc il ne faut pas non plus usurper ce processus qui est cadré, qui doit avoir lieu », a soutenu Bertin Leblanc en entrevue avec La Presse canadienne.

L’appui des chefs d’État africains qui participaient au sommet de l’UA en Mauritanie n’entame ainsi en rien la détermination de Michaëlle Jean, qui sollicite un deuxième mandat à la tête de l’organisation, assure son collaborateur.

L’une des prochaines occasions de faire le plein d’appuis se présentera en septembre, alors que les délégations de nombreux pays convergeront vers New York pour la rencontre annuelle d’ouverture de la session régulière de l’Assemblée générale des Nations unies.

Ainsi, à environ trois mois de l’élection, qui aura lieu en Arménie, les jeux sont encore loin d’être faits, prévient Bertin Leblanc : « On a un bon bilan à défendre ; c’est très, très, très loin d’être plié ».

La ministre québécoise des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, convient qu’il « semble se dessiner un consensus (africain) ». Mais il faut « voir comment les choses vont évoluer », car il y a désormais « une compétition qui s’est installée ».

On verra « comment les choses vont se passer une fois rendu à Erevan, parce que ces décisions-là se prennent par consensus, et lors du dernier sommet, à Dakar, il n’y avait pas de consensus africain », a-t-elle rappelé lors d’un entretien avec La Presse canadienne.

Mais à ses yeux, il est clair que la candidate Jean « doit avoir un autre mandat pour continuer le travail qu’elle a déjà amorcé », elle qui incarne à merveille les valeurs que véhicule la Francophonie à travers le monde.

« La Francophonie est une organisation qui a dans sa mission de faire et la promotion de la langue française, la protection de la langue française, et également la promotion des droits et libertés et de la démocratie », a exposé Christine St-Pierre.

Faut-il voir dans ces propos de la ministre une critique voilée de la candidature du Rwanda ?

Car d’une part, Kigali a remplacé en 2008 le français par l’anglais comme langue d’enseignement obligatoire à l’école publique. Et d’autre part, Paul Kagame, réélu en 2017 pour un troisième mandat avec 98 pour cent des voix, est accusé de ne pas tolérer l’opposition.

Lorsqu’on lui pose la question, la ministre St-Pierre répond qu’elle « n’a pas l’intention d’avoir une approche négative par rapport aux autres » et qu’elle laisse aux journalistes le soin de faire le « travail d’analyse ».

Le gouvernement canadien poursuit aussi sa campagne en vue de la reconduction de Michaëlle Jean. Le premier ministre Justin Trudeau a intensifié ses efforts la semaine dernière en moussant sa candidature dans des conversations téléphoniques avec cinq chefs d’État africains.

Il en a discuté mercredi dernier avec les présidents de Madagascar et de la Côte d’Ivoire, puis, deux jours plus tard, il a passé des coups de fil aux présidents du Bénin, du Cameroun et du Niger, selon les comptes rendus publiés par son bureau.

Le mandat de la Canadienne née en Haïti a été assombri par des histoires de dépenses jugées douteuses publiées par les médias de Québecor. L’opposition officielle à Ottawa a demandé au gouvernement Trudeau de la larguer, car elle est devenue « un embarras » pour le pays.

Le mandat de quatre ans de Mme Jean, qui n’était pas disponible pour accorder des entrevues, mercredi, vient à échéance dans un peu plus de trois mois. L’élection au poste de secrétaire général de l’OIF aura lieu lors du sommet qui se tient à Erevan les 11 et 12 octobre.

La seule rivale déclarée de la Canadienne est la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. Elle bénéficie d’un appui de taille - celui du président de la République française, Emmanuel Macron.

Dans certains médias de l’Hexagone, des observateurs ont interprété cet appui comme une façon, pour l’Élysée, de réchauffer les liens diplomatiques avec le Rwanda, particulièrement houleux depuis le génocide des Tutsis 1994.

Francophonie

Langues officielles: rappel à l’ordre du commissaire

Le commissaire aux langues officielles demande au gouvernement fédéral d’accorder le même soin au français qu’à l’anglais lorsqu’il publie ses appels d’offres, dénonçant un problème « répandu » et « systémique ».

L’agent indépendant du Parlement s’est penché sur la question des traductions bancales de ces avis publiés sur la version française du site achatsetventes.ca, qui est sous la responsabilité de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC).

Pierre-Paul Noreau

Un prix d’excellence pour Le Droit

À l’occasion du Congrès de l’Association de la presse francophone (APF) qui se tenait la fin de semaine dernière à Sudbury, le quotidien Le Droit a décroché le Prix d’excellence générale pour la rédaction journalistique.

Il s’agit d’une des distinctions les plus convoitées puisqu’elle récompense l’ensemble de la qualité rédactionnelle du journal, de la structure des textes à la variété des styles, en passant par le caractère informatif des phrases, et, bien entendu, la qualité du français.

Francophonie

La commissaire aux langues officielles du N.-B. réclame un secrétariat dédié

FREDERICTON — La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick estime que le gouvernement de la seule province officiellement bilingue au Canada n’en fait pas suffisamment pour assurer l’application de la loi.

Dans son cinquième et dernier rapport annuel à titre de commissaire, Katherine d’Entremont recommande la création d’un secrétariat aux langues officielles, afin d’appuyer le premier ministre «dans l’exercice de sa responsabilité première»: celle d’assurer l’application de la Loi sur les langues officielles, en vigueur depuis près de 50 ans au Nouveau-Brunswick.

Mme d’Entremont rappelle que le pourcentage de Néo-Brunswickois dont la langue maternelle est le français a atteint un creux de 31,9 % en 2016, comparativement à 33,8 % en 1971. Le pourcentage de Néo-Brunswickois dont la langue maternelle est l’anglais demeure quant à lui stable, autour de 65 %.

Le rapport souligne d’ailleurs une «dynamique inégale» entre la langue minoritaire et celle majoritaire, «qui favorise l’anglicisation de certains francophones».

La commissaire d’Entremont a mené une enquête visant le Plan sur les langues officielles du gouvernement, déposé en 2015. Or, le Commissariat conclut que ce «plan gouvernemental donne très peu de résultats concrets» et «n’atteint pas les objectifs» fixés par la Loi sur les langues officielles.

L’enquête du commissariat «a révélé un obstacle de taille» à la mise en oeuvre de ce pan: l’absence d’une structure et de ressources adéquates, comme un ministère, un sous-ministre ou un secrétariat. C’est pourquoi Mme d’Entremont recommande la création d’un secrétariat aux langues officielles, qui devrait dépendre directement du cabinet du premier ministre.

Actuellement, «il y a des fonctionnaires dans trois différents ministères» pour s’occuper des langues officielles, a-t-elle expliqué en conférence de presse.

Le rapport de la commissaire souligne par ailleurs l’anglicisation de certains francophones, citant une étude menée par l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques. «Par exemple, 6,6 % des francophones ne parlaient plus leur langue maternelle régulièrement à la maison en 2016, comparativement à seulement 0,7 % des anglophones.

«L’anglicisation des francophones, qui était de 5,8 % en 2006, a donc augmenté au cours des 10 dernières années», conclut le commissariat.

Par contre, le commissariat souligne que les francophones «en couple mixte», surtout les mères, transmettent de plus en plus le français à leurs enfants. «C’est maintenant plus de la moitié des enfants de mères francophones en couple mixte qui se sont vu transmettre le français comme langue maternelle, alors que ce pourcentage était de 43,8 % en 2001.»

Interrogée en conférence de presse sur les raisons qui motivent le départ de la commissaire deux ans avant la fin de son mandat de sept ans, Mme d’Entremont a répondu: «Parce que ça fait 37 ans que je travaille, et puis ça me tente de faire autre chose: c’est aussi simple que ça.»

La Presse canadienne