La ministre fédérale des Langues officielles, Mélanie Joly
La ministre fédérale des Langues officielles, Mélanie Joly

UOF: pas d’entente sans mobilisation pancanadienne, croit Joly

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
Sans la mobilisation pancanadienne après le « Jeudi noir » de la francophonie ontarienne, le projet de l’Université de l’Ontario français (UOF) n’aurait jamais connu le dénouement de cette semaine, affirme la ministre fédérale des Langues officielles, Mélanie Joly.

« Ça nous a permis d’en faire un enjeu national », soutient Mme Joly en entrevue avec Le Droit où elle est revenue sur le processus qui a conduit à la ratification, mercredi, d’une entente fédérale-provinciale pour le financement de l’UOF.

La ministre Joly a invité à plusieurs reprises le chef du Parti conservateur du Canada (PCC) à dénoncer les coupes du gouvernement ontarien dans les premiers mois de 2019.

Mélanie Joly affirme aujourd’hui que ça faisait partie de sa stratégie pour forcer la main de Doug Ford. Elle estime que cet enjeu devenait gênant pour le PCC en Ontario, à l’aube des élections fédérales d’octobre, et que cela a conduit le gouvernement provincial à changer son fusil d’épaule.

« Je me souviens quand les coupures du Jeudi noir ont été annoncées, j’étais à Vancouver. Mon équipe m’a appris la nouvelle et je leur ai dit : ‘ce n’est pas vrai qu’on va laisser passer ça’ », relate Mme Joly.

Cette dernière ajoute que, même après la grande mobilisation franco-ontarienne du 1er décembre 2018, le gouvernement Ford ne démontrait « aucune volonté de reculer ». Elle dit avoir écrit à plusieurs reprises à la ministre provinciale des Collèges et Universités de l’époque, Merrilee Fullerton, dont « c’était très difficile d’avoir des nouvelles ».

Dans les jours qui ont précédé le déclenchement des élections fédérales, la ministre fédérale des Langues officielles a envoyé une proposition de protocole d’entente à ses homologues provinciaux. Après quelques contre-propositions et des séances de négociation — parfois nocturnes —, une entente de principe est intervenue le 7 septembre dernier.

« Je leur ai dit que j’étais disponible 24 heures sur 24. Je me disais : ‘ce n’est pas vrai qu’on va partir en élections sans que ça soit réglé’ », raconte Mélanie Joly.

Protéger les minorités linguistiques

La ministre Joly soutient qu’il était justifié de faire de l’Université de l’Ontario français un enjeu national.

« C’est une question de savoir dans quel pays on veut vivre, lance Mme Joly. Est-ce que pour des raisons d’équilibre budgétaire, on peut violer des droits fondamentaux ? [...] On veut diriger un bilingue, alors on doit protéger nos minorités linguistiques. »

Un autre dossier important à ce chapitre sera la révision de la Loi sur les langues officielles, un processus entamé dans le premier mandat du gouvernement Trudeau. Mélanie Joly assure qu’il s’agit d’une priorité pour elle et qu’on devrait en entendre parler bientôt. Elle ajoute vouloir consulter les partis d’oppositions pour accoucher d’un projet tout en évitant de politiser cet enjeu.