Mélanie Joly espère que l’Ontario signera rapidement son protocole d’entente.

UOF: Joly présente un protocole d'entente à l'Ontario

La ministre fédérale de la Francophonie, Mélanie Joly, a présenté un protocole d’entente (PE) qui jette les bases d’une collaboration entre le gouvernement de l’Ontario et le gouvernement du Canada pour financer les coûts du projet d’Université de l’Ontario français (UOF).

Le document, obtenu par La Presse canadienne, note que le fédéral n’a pas encore reçu de « proposition officielle approuvée par l’Ontario » pour la mise en œuvre de l’UOF, mais que les négociations sur le financement seront entamées une fois qu’elle aura été reçue.

« Étant donné l’importance que la province de l’Ontario accorde maintenant à ce projet, j’espère que vous signerez rapidement ce PE afin que nos gouvernements respectifs puissent passer aux prochaines étapes de ce projet significatif pour les Franco-Ontariens et leur avenir », écrit la ministre Joly dans une lettre en date de lundi, envoyée en complément au protocole d’entente.

Cette missive fait suite à une lettre du ministre de la Formation et des Collèges et Universités de l’Ontario, Ross Romano, qui exprimait ses inquiétudes de ne pas avoir d’engagement ferme de financement de la part du gouvernement du Canada.

Défenseuse de la première heure du projet, l’Assemblée de la francophonie (AFO) salue le leadership des deux paliers de gouvernement pour les avancées qui ont été faites ces derniers jours, mais exhorte le gouvernement Ford à signer l’entente de principe qui lui a été soumise.

« Notre attente est claire : que l’UOF ouvre ses portes dès septembre 2021. Tout délai causerait des torts irréparables à la communauté, car c’est encore une autre cohorte de jeunes diplômés des écoles secondaires francophones qui n’auront pas l’option de poursuivre des études universitaires en français dans la région du Centre-Sud-Ouest », souligne l’organisation.

Celle-ci rappelle que selon l’une de ses études, les deux tiers des employeurs (67 %) de cette région de la province affirment éprouver de la difficulté à embaucher des diplômés francophones d’études postsecondaires, à tel point qu’ils n’ont souvent n’autre choix que de se tourner vers l’extérieur de l’Ontario.

La ministre Joly et la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, ont eu il y a un mois une première conversation sur le financement du projet de l’UOF. Le ministre Romano a participé à cet échange téléphonique.

La semaine dernière, un adjoint de la ministre Mulroney a confirmé que des discussions sur un financement conjoint des deux gouvernements étaient en cours depuis deux semaines.

La crise à propos de ce dossier a éclaté l’automne dernier. Le gouvernement Ford a alors annoncé que le projet promis par le gouvernement libéral précédent serait mis au rancart jusqu’à nouvel ordre, pour des raisons budgétaires.

Les Franco-Ontariens ont réagi avec colère. Quelques semaines plus tard, la députée de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, a claqué la porte avec fracas du caucus progressiste-conservateur ; elle siège depuis comme indépendante à l’Assemblée législative de l’Ontario.

Au cours des mois qui ont suivi, le gouvernement du Canada se dit ouvert à financer une partie des coûts de démarrage du projet. La ministre Joly a déjà dit qu’Ottawa était prêt à fournir la moitié du financement, tout en exigeant un engagement financier clair de la part du gouvernement de l’Ontario.

Invité par Le Droit à réagir à cette main tendue du fédéral, le cabinet du ministre provincial Ross Romano a répondu par une déclaration écrite de ce dernier.

« Je suis heureux d’avoir reçu un protocole d’entente de la ministre Joly, en réponse à ma lettre datée du 31 août. Nous sommes en train de l’examiner et nous aurons plus à dire à ce sujet sous peu », a-t-il indiqué. Avec Le Droit

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«C'EST UN ENJEU TRÈS PARTISAN»

Alors que le déclenchement des élections fédérales approche à grands pas, le dossier de création de l’Université de l’Ontario français (UOF) semble être dans l’impasse. Chaque gouvernement se renvoie la balle. Quel parti aurait le plus à y gagner ? Deux politologues se penchent sur la question.

Avec d’un côté, un gouvernement fédéral qui souhaite une proposition concrète et détaillée et un engagement financier ferme de la province avant de s’engager à verser 63 millions de dollars pour les quatre premières années de création de l’UOF et de l’autre, l’Ontario qui demande la signature rapide d’une entente de principe, la situation de l’UOF semble difficile à débloquer.

« C’est un enjeu très partisan depuis des mois et avec tout ce qui s’est dit, il est difficile de croire que les deux parties sont de bonne foi », juge la politologue au Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard. « La province a été silencieuse pendant des mois, avant d’ouvrir finalement la porte très près des élections. Du côté fédéral, la ministre Joly se montre très tatillonne, mais on peut se demander pourquoi Ottawa n’a pas fait connaître clairement, dès le départ, ses attentes. »

Ottawa insiste que les éléments présentés par l’Ontario jusqu’ici n’étaient qu’une ébauche et que la province ne s’est pas engagée officiellement à payer sa part. Selon Mme Chouinard, si la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie veut lever le voile sur ces échanges, elle devrait rendre publics les documents présentés par la province.

« S’il y a une appréhension de la part du fédéral, il pourrait également fixer des balises en précisant ce qui ne doit pas changer dans l’entente », ajoute-t-elle, voyant dans les récents propos de Mme Joly, à l’effet qu’elle n’avait pas reçu un dossier complet de la province, une volonté de souligner l’amateurisme du gouvernement progressiste-conservateur.

Le politologue de l’Université d’Ottawa, Martin Normand, estime que la pression est désormais sur le gouvernement fédéral.

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