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Université de l'Ontario français: «Oui, mais...»
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Université de l'Ontario français: «Oui, mais...»
Le gouvernement de l’Ontario change son fusil d’épaule et accepte de financer le projet de l’Université de l'UOF, mais laisse planer un doute sur sa volonté d’être responsable de l’établissement et de sa survie après ses huit années de développement.
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UOF: l'Ontario financera sous certaines conditions

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UOF: l'Ontario financera sous certaines conditions

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
Le gouvernement de l’Ontario change son fusil d’épaule et accepte de financer le projet de l’Université de l’Ontario français (UOF), mais laisse planer un doute sur sa volonté d’être responsable de l’établissement et de sa survie après ses huit années de développement.

Mardi, la ministre des Langues officielles a envoyé un protocole d’entente à l’Ontario pour le financement de l’UOF dans lequel elle offre de payer l’ensemble des dépenses pendant les quatre premières années de développement et s’engage à financer « jusqu’à 50% » du projet.

En contrepartie, Mélanie Joly exige qu’une demande formelle soit envoyée à son ministère par le gouvernement provincial et que le gouvernement ontarien rembourse le fédéral s’il change d’avis après quatre ans et ne souhaite plus financer l’UOF.

À LIRE AUSSI: L’Ontario lance un ultimatum à Ottawa pour l’Université de l’Ontario français

> Joly présente un protocole d'entente à l'Ontario

> Le fédéral offre de payer 50% de l'Université de l'Ontario français

Le ministre de la Formation, des Collèges et des Universités, Ross Romano, a répliqué jeudi avec une série d’amendements. 

Il demande « que le Canada et l’Ontario partagent à parts égales l’investissement de 126 millions $ nécessaire pour l’implantation de l’université sur une période de huit ans. »

Selon des documents obtenus par Le Droit, l’Ontario a proposé des amendements qui laissent planer un doute sur la gouvernance de l’UOF après les années de mise sur pied de l’institution.

La contre-proposition de Queen’s Park ne contient notamment plus la nécessité d’envoyer une demande formelle au fédéral pour l’obtention de financement, en plus d’éliminer la nécessité de rembourser le fédéral si l’Ontario devait se retirer du projet.

L’Ontario a aussi retiré la ligne suivante : « Conformément à la compétence exclusive de l’Ontario en matière d’éducation, l’Ontario est responsable de l’établissement et de la continuité de l’Université de l’Ontario français.

Un porte-parole de la ministre Joly a confirmé au Droit que son bureau étudie la contre-proposition du gouvernement ontarien.

Entente souhaitée rapidement

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, estime que les deux parties négocient «de bonne foi» et retient surtout que le gouvernement ontarien se dit prêt à s’impliquer financièrement dans la création de l’UOF.

Malgré les clauses d’imputabilité que le gouvernement de l’Ontario souhaite retirer du protocole d’entente, il se dit confiant que Queen’s Park tiendrait sa parole après les quatre premières années de développement du projet.

«On est sorti 15 000 pour protester quand le gouvernement s’est attaqué à l’université alors qu’on n’avait pas encore d’installations et de cours. Je peux imaginer comment la communauté réagirait si, après trois ans d’existence, on fermait les portes», prévient M. Jolin.

«L’université, une fois ouverte, va prospérer. Je ne suis pas inquiet», ajoute le président de l’AFO.

Le député néo-démocrate de Mushkegowuk—Baie James, Guy Bourgoin, espère que les développements des derniers jours ne sont pas que de belles paroles et qu’il y aura une entente formelle bientôt.

«On arrive aux dernières heures avant les élections et tout d’un coup, il y a une entente qui semble sur le point d’être conclue, ironise M. Bourgoin. Je suis content que les deux paliers se parlent, mais il faut qu’il y ait une entente concrète, pas juste des promesses.»

Pour l’élu néo-démocrate, si les élections étaient déclenchées sans une entente, Ottawa et le gouvernement ontarien auront pris «les Franco-Ontariens pour des pions politiques».

UOF: sans entente, des retards importants sont à prévoir

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UOF: sans entente, des retards importants sont à prévoir

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
Si le gouvernement de l’Ontario et Ottawa arrivent à s’entendre sur son financement avant le déclenchement prochain des élections fédérales, l’Université de l’Ontario français (UOF) pourra ouvrir ses portes en 2021 sinon, celle-ci serait une fois de plus retardée.

«On ne peut pas se permettre de sacrifier une autre cohorte», affirme la présidente du conseil de gouvernance de l’UOF, Dyane Adam.

Cette dernière ajoute qu’en raison de la complexité du marché immobilier torontois — où serait installée l’UOF —, l’absence d’une entente avant les élections fédérales pourrait conduire à un important retard dans le déploiement de l’institution.

«On convoite un site depuis un bout de temps et il serait possiblement encore disponible. Pour nous, c’est important. À Toronto, il n’y a pas beaucoup de possibilités au niveau des sites, d’où l’importance de sceller cette entente-là pour qu’on puisse prendre les décisions qui s’imposent. Sinon, l’avenir de l’université serait compromis pour plusieurs années.»

Dès que l’entente de financement sera ratifiée, Mme Adam soutient que le conseil de gouvernance est prêt à se mettre au travail pour que l’UOF accueille ses premiers étudiants en 2021. Les premiers professeurs seraient embauchés et les premiers programmes seraient créés — parfois en collaboration avec d’autres établissements d’enseignement supérieur.

Après huit ans, Dyane Adam estime que l’UOF aura réussi à recruter suffisamment d’étudiants pour être autosuffisante et ne devrait plus avoir besoin. C’est sur cet échéancier et l’estimation des coûts de démarrage de l’université — 126 millions $ — que le gouvernement ontarien s’appuie dans sa dernière proposition de partenariat envoyée à Ottawa.

«Il faut se concentrer sur l’objectif qui est de confirmer le financement. C’est ça qui compte», soutient Mme Adam.

UOF: «La bataille n’est pas encore gagnée», juge Drouin

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UOF: «La bataille n’est pas encore gagnée», juge Drouin

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
Si le gouvernement Ford n’inclut pas de clause garantissant le financement à long terme de l’Université de l’Ontario français dans son entente de principe avec le gouvernement fédéral, le député de Glengarry-Prescott-Russell Francis Drouin n’appuiera pas le projet.

Député de la région avec la plus forte concentration de Franco-Ontariens, M. Drouin affirme qu’il tient à « assurer la pérennité de l’éducation française en Ontario ».

Le gouvernement fédéral s’engage à financer l’Université de l’Ontario français sur une période de quatre ans. Pour pouvoir enfin dire que la bataille du mouvement de La Résistance est gagnée, le député Drouin affirme qu’il faudra d’abord que le gouvernement Ford s’engage à financer l’Université de l’Ontario français (UOF) à long terme, c’est-à-dire après ces quatre premières années. « Sinon, on va devoir manifester encore dans quatre ans. »

M. Drouin est d’avis que la volte-face « de dernière minute » du gouvernement conservateur de l’Ontario envers l’UOF est stratégique. « On fait deux pas derrière pour faire un pas devant. Ça fait trois lettres que la ministre Joly envoie à la province pour demander des discussions, et là, il est 11 h 59, et ils nous disent qu’ils sont prêts. »

Rappelons que dès le déclenchement des élections fédérales et durant toute la campagne, la machine politique est paralysée, empêchant parfois de faire avancer certains dossiers.

UOF: «De la politique comme on la connaît» — Geneviève Tellier

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UOF: «De la politique comme on la connaît» — Geneviève Tellier

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Malgré les nombreux rebondissements dans le dossier ces derniers mois, c’est le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario qui a le plus à gagner en concluant une entente sur le financement de l’Université de l’Ontario français, estime la politologue Geneviève Tellier.

« Il est déjà très bas [dans les sondages], alors tout ce qu’il peut faire va le faire remonter dans l’opinion publique. Mais est-ce que ce sera assez ? Ce gouvernement-là est déjà associé aux coupes budgétaires envers les services aux francophones et ça prendra du temps avant que cette impression-là disparaisse », affirme la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

Cette dernière affirme cependant avoir été étonnée de la façon d’agir du fédéral.

« Le ton du gouvernement a changé. Il était accommodant, mais s’est montré moins conciliant ces derniers jours. On a senti que ça devenait un dossier plus partisan, ce qui n’est pas nécessairement une bonne chose, car historiquement le Parti libéral a toujours été perçu comme le parti qui défend la francophonie. Le fait qu’il ait retardé un peu les choses, ça m’a surpris. On a senti qu’il y avait du surplace et quand l’Ontario a finalement dit qu’elle embarquait, on dirait que ç’a pris le fédéral au dépourvu. On a eu l’impression qu’on voulait en faire un enjeu électoral », dit-elle.

À un mois et demi du scrutin fédéral, Mme Tellier tient malgré tout à rappeler que c’est « de la politique comme on la connaît ».

« Il y a un cycle électoral, il ne faut pas être naïf et croire que les politiciens ne penseront pas à cette dimension-là. Le contre-effet, c’est que les gens sont un peu tannés de cette façon de faire là. ».