Une infirmière qui s’est confiée au Droit déplore la situation du français à l’Hôpital Montfort. « C’est un hôpital carrément différent », allègue-t-elle.

Une réalité qui fait sourciller

Les patients francophones sont désormais en minorité à l’Hôpital Montfort. En 2016-2017, à peine 39 % des gens hospitalisés ont demandé à être servis dans la langue de Molière. Une proportion qui a baissé au fil du temps.

Au chapitre des visites externes, 44 % de la clientèle a choisi le français lors de son passage à l’établissement à vocation francophone sis sur le chemin Montréal.

« Depuis les 20 dernières années, le profil de clientèle qui consulte l’hôpital a changé. Avant c’était probablement 70 % francophone, 30 % anglophone, alors que depuis les dernières années, grâce notamment au travail fait pour l’amélioration de la qualité des services et notre réputation au niveau des soins, une plus grande part de la population vient chercher ses services ici. À Orléans, par exemple, le profil démographique a changé, les ratios se sont inversés entre les francophones et les anglophones », affirme le président-directeur général de l’Hôpital, Dr Bernard Leduc.

Mais cette nouvelle réalité a des répercussions derrière les portes closes et n’est pas sans causer de la frustration chez bon nombre d’employés, prétend une infirmière qui s’est confiée au Droit sous le couvert de l’anonymat.

« Je dénonce surtout le fait qu’on est en train d’en faire un hôpital anglophone, c’est ce que je trouve dommage. Quand je compare à il y a une décennie, c’est un hôpital carrément différent. Je ne le reconnais plus », allègue-t-elle.

Selon cette dernière, jamais autant de médecins n’ont rédigé leurs notes en anglais, l’embauche d’infirmières bilingues dont la langue maternelle est l’anglais est préconisée et un nombre croissant de formations sont offertes en anglais pour le personnel.

« Vers la fin de l’année dernière, un médecin est venu nous parler de la confidentialité des documents, et croyez-le ou non, il ne parlait pas un mot en français. Plusieurs francophones n’ont pas compris ce qu’il disait. Tout était en anglais, on n’a pas pu réagir. [...] Depuis deux ou trois ans, c’est un peu une règle non écrite, mais pour être embauché, il faut que tu sois bilingue ou unilingue anglophone », avance l’employée en question, ajoutant qu’elle souhaite contribuer à changer les choses en faisant une telle sortie publique.

Le Dr Bernard Leduc

Ce à quoi la direction de l’hôpital réplique que sur le total de 983 activités de formation données l’an passé, plus de 99 % d’entre elles ont été offertes en français. De plus, une version française des sept séances de formations offertes en anglais était disponible sur demande. Quant aux 214 conférences dont ont pu profiter des employés sur l’heure du lunch, 85 % étaient en français et une personne chargée de faire de la traduction était sur place au besoin.

« Avec notre rôle comme hôpital d’enseignement, si on veut rayonner, à certaines occasions on va faire des formations en anglais. Ça peut aussi arriver qu’on invite des spécialistes qui ne possèdent malheureusement pas la langue de Molière, mais de façon majoritaire, les formations sont en français, en particulier celles qui s’adressent au personnel », soutient M. Leduc.

Il réfute aussi l’allégation de l’employée au sujet du recrutement d’infirmières.

« Notre politique linguistique est claire là-dessus, car ce serait ingérable pour nous d’affecter quelqu’un uniquement à des patients francophones. Les gens doivent être capables de servir les patients dans les deux langues officielles et la même rigueur s’applique d’un côté comme de l’autre au niveau de notre politique d’embauche », martèle-t-il.

Sortir de sa bulle
S’il affirme être sensible aux perceptions que peuvent avoir certains membres du personnel, Dr Leduc indique cependant « qu’on ne peut pas être dans une bulle, qu’on agit dans un écosystème ».

« Il faut faire la distinction entre l’organisation et l’offre de services. Depuis 10 ans, l’hôpital a doublé en grosseur, en volume, en personnel. L’hôpital en est un francophone, avec une gouvernance francophone, avec une politique qui décrit très bien que la loi du travail est en français. Par contre, la particularité d’une communauté linguistique officielle en situation minoritaire, c’est qu’on est intégré dans un système de santé qui est anglophone. Ça n’enlève pas du tout la détermination de Montfort de conserver son identité francophone », dit-il.

Indiquant que la responsabilité primaire de l’institution est d’abord et avant tout envers la clientèle desservie, M. Leduc rappelle que Montfort est appelé au quotidien à transiger avec les autres hôpitaux de la région, « une réalité anglophone », spécifie-t-il. De plus, dit-il, la réalité est que les médecins ont souvent été formés dans un langage technique anglophone, car jusqu’en 1996, il n’y avait aucun cours de médecine en français en Ontario.

« Il va falloir qu’on traduise d’un côté ou de l’autre. Un pathologiste, par exemple, qui est habitué à dicter un rapport de pathologie pour un patient qui a le cancer et qui a été formé en anglais, même s’il est francophone, on ne peut pas lui demander de juste traduire. Google Translate ne fonctionne pas pour une question de sécurité des patients. L’hôpital s’assure à ce moment-là de transmettre l’information quand c’est demandé, et vice-versa », lance-t-il.