Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Jean Johnson

Une francophonie menacée

Lorsque le gouvernement de Doug Ford a annoncé les coupes touchant le Commissariat aux services en français et l’Université de l’Ontario français à Toronto, c’est toute la francophonie canadienne qui s’est sentie menacée. Il ne faut pas s’étonner que le mouvement de solidarité se soit étendu comme un éclair partout au pays.

«Je peux vous dire que les gens se mobilisent présentement partout au pays pour renverser ces décisions. De façon solidaire, les gens parlent beaucoup de ce qui se passe en Ontario. Je serai présent à Ottawa samedi pour la manifestation. Et partout, des francophones manifesteront leur appui en Colombie-Britannique, au Yukon, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick et ailleurs», a indiqué Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada. 

Selon M. Johnson, la décision de Doug Ford n’est pas basée sur le désir d’assumer des responsabilités fiscales. «À mon avis, ce ne sont que des décisions idéologiques. Et tout ce qu’il a fait au sujet du Commissariat aux services en français et au sujet de l’Université francophone de Toronto, et ce qu’il a annoncé par la suite, c’est un ajout à l’injure.»

M. Johnson rappelle que si une province comme l’Ontario, qui compte le plus grand bassin de francophones hors Québec, sabre dans les services aux francophones, c’est un bien mauvais message lancé aux autres provinces.  

«J’entends beaucoup les gens à travers le Canada réagir, qui s’inquiètent de ces décisions, parce qu’elles fragilisent nos communautés. Il y a un sentiment d’instabilité. Il y a tellement de choses qui se passent ces temps-ci qui menacent nos communautés. Cela inclut la décision de Ford et les actions partisanes dans la Chambre des communes», ajoute M. Johnson. 

À moins d’un an de la tenue des prochaines élections fédérales, il craint que certains politiciens relancent le débat. 

«Ces gens-là veulent avoir ce débat avant les prochaines élections. Et de lancer un débat sur les langues officielles, c’est très inquiétant. Nous, on essaie de dire aux élus de faire attention de ne pas faire un débat sur des valeurs fondamentales, sur des éléments garantis par la constitution canadienne. Les deux langues officielles, cela fait longtemps qu’elles sont établies. Les deux peuples fondateurs aussi. On ne devrait pas être en train de faire ces débat», prévient-il.

M. Johnson est convaincu de la valeur du bilinguisme et ce, d’un océan à l’autre du pays.   

«On coupe, on coupe. C’est qu’on a perdu de vue l’importance des langues officielles. Avec le gouvernement fédéral, on parle d’égalité réelle d’une langue à l’autre, alors qu’avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, on parle de valeurs économiques. La culture française est une opportunité pour le Canada de se différencier de tous les autres pays. Une façon pour nous de nous positionner dans 30 ou 40 ans vis-à-vis des économies émergentes qui vont être en plein essor. Le Canada doit être bilingue d’un bout à l’autre du pays. On doit développer des compétences dans les deux langues officielles, que ce soit en Colombie-Britannique, en Saskatchewan, au Manitoba, au Yukon», souligne M. Johnson. 

M. Johnson espère maintenant que les leaders politiques du pays se lieront pour faire entendre raison au gouvernement Ford. 

«J’espère que les chefs des partis politiques peuvent apporter un peu de lumière à la frustration que nous vivons présentement», a souligné M. Johnson.