Le candidat au poste de commissaire aux langues officielles, Raymond Theberge

Théberge bien reçu, mais des doutes sur son approche

Le deuxième candidat choisi par Justin Trudeau pour occuper le poste de commissaire aux langues officielles s’en est mieux tiré que la candidate initiale pour le poste au jeu des questions et réponses à la chambre haute, même si des sénateurs ont émis des doutes sur sa capacité d’assumer pleinement son rôle de chien de garde.

Les membres de la chambre haute ont questionné lundi soir pendant 90 minutes le Franco-Manitobain Raymond Théberge. D’emblée, le candidat a reconnu que ce serait « un travail à long terme avant qu’on arrive à un statut égal entre les deux langues » et que l’on était « très, très loin» de « cet idéal ».

« L’idée, c’est de continuer à travailler avec les parlementaires, avec les comités, pour faire avancer ce dossier », a offert celui qui était recteur de l’Université de Moncton jusqu’à l’officialisation de sa nomination, jeudi dernier.

Le candidat Théberge a eu droit à un accueil somme toute assez favorable. Par contre, des sénateurs, dont le libéral indépendant Serge Joyal, ont laissé entendre qu’il n’avait pas tout le mordant que doit avoir cet agent du Parlement. Le sénateur Joyal a cité, pour étayer son propos, un éditorial du quotidien néo-brunswickois L’Acadie nouvelle.

Ce papier publié il y a quelques jours « remettait en question votre capacité d’avoir la volonté réelle d’assumer les obligations qui sont sous-jacentes au poste » ainsi que « votre approche générale de gestion, qui est plutôt celle d’un médiateur que celle d’un négociateur ferme », a résumé le sénateur Joyal à l’intention de Raymond Théberge.

Son interlocuteur s’est défendu en plaidant qu’« être un médiateur, c’est une approche qui est très utile pour faire avancer les dossiers », que l’on peut aller « seulement deux ou trois fois aux barricades » pour qu’« ensuite, on ne nous écoute plus ».

« Le style, c’est une chose, okay, mais le résultat, c’est plus important », a tranché M. Théberge.

À l’issue de la comparution, le sénateur conservateur Claude Carignan a abondé dans le même sens que son collègue Joyal. « Il a l’air très doux et médiateur, il ne semble pas vraiment le genre chien de garde », a-t-il écrit à La Presse canadienne.

Mais il n’en demeure pas moins que le témoignage devant la chambre haute a incontestablement été moins houleux que ne l’avait été celui de Madeleine Meilleur, sur qui le gouvernement avait d’abord jeté son dévolu.

Les sénateurs, toutes allégeances confondues, avaient grillé en juin dernier l’ancienne ministre de Queen’s Park, consacrant une bonne partie de la séance à la questionner sur ses liens partisans avec les libéraux.

Le lendemain, face à la perspective bien réelle d’un blocage de sa nomination au Sénat, elle avait écrit à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, pour lui annoncer qu’elle rendait les armes.

Après le Sénat, le comité

Moins de 24 heures après ce passage à la chambre haute, le candidat à la succession de Graham Fraser se présentera devant le comité permanent des langues officielles.

Devant les élus du comité, en mai dernier, Madeleine Meilleur avait fourni des détails compromettants sur les rouages de sa sélection, reconnaissant avoir approché deux influents conseillers de Justin Trudeau pour leur signifier son intérêt pour le poste.

La désignation de Raymond Théberge a jusqu’à présent été mieux accueillie par l’opposition en Chambre, sans toutefois avoir été encensée.

Dans le camp du Nouveau Parti démocratique (NPD), on a encore reproché aux libéraux de n’avoir pas consulté les chefs de partis dans les règles de l’art.

Le député François Choquette a d’ailleurs signalé qu’il avait l’intention de déposer une nouvelle plainte auprès du Commissariat aux langues officielles (CLO).

Il l’avait fait dans le cas de Madeleine Meilleur, mais le chien de garde du Parlement avait refusé de se pencher sur l’affaire après la récusation de la candidate.

Les conservateurs ne sont pas du même avis que les néo-démocrates en ce qui a trait au processus de sélection libéral.

Le député Alupa Clarke considère en effet qu’il s’est fait « en bonne et due forme » et « selon l’esprit de la Loi (sur les langues officielles) ».

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a réitéré lundi que le gouvernement de Justin Trudeau était très satisfait du processus du résultat.

Elle a balayé du revers de la main les critiques du NPD, plaidant avoir satisfait aux trois recommandations formulées par Thomas Mulcair, qui était alors chef de la formation, dans une missive envoyée en juillet dernier.

« Il y a beaucoup d’hypocrisie de la part du NPD au niveau de la consultation », a-t-elle accusé en mêlée de presse.

« Dans la lettre, on me demandait trois choses, essentiellement qu’on consulte la FCFA (Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada) et le QCGN (Quebec Community Groups Network), qui sont les organisations nationales en matière de langues officielles. On l’a fait à plusieurs reprises », a assuré Mme Joly.

« Par la suite, ils nous ont demandé de consulter les leaders d’opposition. On l’a fait également. Et troisièmement, ils voulaient une personne qui connaît bien les enjeux de l’Acadie. Donc, on a nommé le recteur de l’Université de Moncton », a-t-elle tranché.

La nomination de Raymond Théberge doit être entérinée à la Chambre des communes et au Sénat.

Le poste de chien de garde du bilinguisme au pays, dont le mandat est d’une durée de sept ans, vient avec un salaire de 314 100 $. Il est présentement occupé sur une base intérimaire par Ghislaine Saikaley.