La députée indépendante Amanda Simard et le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), Carol Jolin.

Simard grandement louangée pour sa décision «difficile»

La communauté franco-ontarienne se range derrière la décision de la députée Amanda Simard. Les réactions ont fusé de toute part à la suite de l’annonce de son départ du caucus progressiste-conservateur, jeudi matin.

La députée de Glengarry-Prescott-Russell, élue avec 41% des voix le printemps dernier, a critiqué les coupes en francophonie de son gouvernement la semaine dernière. Elle a pris la décision de siéger comme élue indépendante une semaine après sa sortie publique dénonçant les décisions du gouvernement Ford.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a réagi par voie de communiqué.

Le président, Carol Jolin, dit «respecter la décision» de la députée.

«Il s’agit d’une personne de conviction et il lui appartient de gérer son avenir politique comme elle l’entend. Nous la remercions d’être une alliée de la francophonie ontarienne», écrit M. Jolin.

La députée d'Orléans et ex-ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, sympathise avec sa collègue de l'Assemblée législative.

«Il est certain que ce n'était probablement pas une situation facile pour elle. Elle était très forte. Au fond, elle est une fière francophone comme nous, ça venait la chercher émotivement cette attaque contre la langue française. Je comprends ce qu'elle vit et sa décision reflète ce sentiment profond», a-t-elle indiqué au Droit.

Dans sa circonscription, le maire de Russell Pierre Leroux, qui était son adversaire politique chez les libéraux lors du scrutin du printemps dernier, a salué son geste.

«Honnêtement, Amanda Simard a mes sympathies pour la situation dans laquelle elle se retrouve. (...) Je la félicite de conserver ses valeurs, qu’elle a clairement à coeur», a-t-il dit.

L'ancienne ministre déléguée aux Affaires francophones et ex-députée provinciale d'Ottawa-Vanier, Madeleine Meilleur, qui est actuellement à l'extérieur du pays, a appris la nouvelle au bout du fil.

«Wow, elle va passer à l’histoire. Elle a beaucoup de courage», s'est-elle exclamée.

Le maire de La Nation et président des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR), François St-Amour, s'est dit «surpris à moitié» des événements

«Mme Simard a été garochée en dessous du bus. Je ne sais pas si ça va être positif pour nous (aux Comtés unis de Prescott et Russell), parce qu’il va nous manquer une représentation au gouvernement provincial», a-t-il lancé.

«Mme Mulroney a la fortitude d’une lavette»

De son côté, l'ex-député libéral de cette circonscription de 1984 à 1995, Jean Poirier, se dit empathique envers la cause de Mme Simard.

«Premièrement, je suis triste pour elle, car elle a dû vivre un calvaire épouvantable. Or, la personne qui a été élue a un devoir d’obligation de défendre la francophonie, c’est son devoir politique, linguistique et communautaire», explique-t-il.

M. Poirier se dit très inquiet pour l’avenir de la circonscription. « Ils ont fait de belles paroles, Mulroney a fait de belles paroles, mais l’affront envers les Franco-Ontariens était trop important, trop injuste. Ce qui m’inquiète, c’est de savoir qu’est-ce que ça veut dire, une députée indépendante pour Glengarry-Prescott-Russell, parce que c’est une première, je suis inquiet pour les prochains trois ans et demi. On va voir s’il y aura des conséquences pour tous les besoins particuliers, comme les écoles, la santé, les chemins, etc. »


« «C’est pathétique. Je suis extrêmement déçu, je pensais qu’elle aurait eu plus de fortitude. Mme Mulroney a la fortitude d’une lavette. Elle a évité les médias, elle se faufile, c’est indigne de dire qu’elle est l’amie des francophones» »
Jean Poirier, ex-député de Glengarry Prescott-Russell (1984-1995)

Par ailleurs, l’ex député n’y va pas de main-morte envers la nouvelle Ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney. 

« C’est pathétique. Je suis extrêmement déçu, je pensais qu’elle aurait eu plus de fortitude. Mme Mulroney a la fortitude d’une lavette. Elle a évité les médias, elle se faufile, c’est indigne de dire qu’elle est l’amie des francophones. Ça me déçoit immensément. C’est pathétique de voir cette faiblesse, elle est incapable de se tenir debout pour défendre nos intérêts. »

Le député fédéral de Glengarry-Prescott-Russell, Francis Drouin, a lui aussi réagi par le biais d'un communiqué.

«Depuis deux semaines, nous vivons une crise en Ontario qui concerne notre communauté franco-ontarienne. Cette crise revient uniquement aux décisions du gouvernement Ford. Il est évident que M. Ford et le gouvernement conservateur ne comprennent pas l’histoire et la réalité des Franco-ontariens. M. Ford ne comprend pas ses obligations constitutionnelles envers notre communauté », a déclaré l'élu.

«À plusieurs reprises la députée provinciale de Glengarry-Prescott-Russell, Mme Amanda Simard a tenté de convaincre le gouvernement Ford de renverser ses décisions. Le geste que Mme Simard a posé ce matin, va non seulement résonner dans la communauté franco-ontarienne, mais aussi  dans les communautés francophones et acadiennes partout à travers le pays, et ce, pendant des décennies à venir. J’appuie et je suis fier de Mme Simard.»

Député libéral de la circonscription de 1995 à 2011, Jean-Marc Lalonde félicite lui aussi les gestes récents d’Amanda Simard.

« La décision de devenir indépendante, il faut vraiment être faite forte. Elle veut définitivement défendre la cause franco-ontarienne. Elle l’a démontré, surtout lors de la période de questions après la motion présentée par Andrea Horwath, du NPD. »

M. Lalonde croit toutefois que Mme Simard aurait bien fait de rester dans les rangs du parti conservateur.

« On en avait discuté, Amanda et moi, et je lui avais recommandé de demeurer au parti. Le gouvernement est là pour les prochains quatre ans, ça nous prenait une personne pour défendre la causes et les gens de Prescott et Russell. Mais ils l’ont vraiment laissée de côté, ajoute-t-il, ce n’est pas une décision facile. »

Il fait aussi mention de la minorité anglophone qui, « pour la plupart », soutiennent la cause franco-ontarienne.

« J’ai hâte de voir la réaction des gens de Glengarry-Prescott-Russell. On est majoritairement francophones, ici. Les anglophones acceptent très, très bien la majorité francophone en région. Plusieurs familles viennent s’installer ici pour apprendre le français», a-t-il ajouté. 

«Bouche bée»

La directrice générale de l'Association des communautés franco-ontariennes (ACFO) de Prescott et Russell, Liette Valade, louange elle aussi la décision de la jeune élue.

«Je suis bouche bée, sans mot. Je le voyais venir, mais pas aussi rapidement. (...) C’est un grand geste de sa part, d’avoir été avec nous, elle nous a toujours appuyés. C’est une dame très courageuse, son geste est apprécié. C’est une alliée, elle n’a jamais lâché et a toujours été là, du début. »

À propos du discours de Mme Simard à l’Assemblée législative mercredi, Mme Valade affirme qu'elle «avait des frissons». 

Le commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau, croit que le geste de Mme Simard est tout à son honneur.

«Je trouve que c’est un geste très courageux et ça démontre que la voix des députés est encore très importante. On est dans une démocratie parlementaire et quand un député écoute ses commettants et décide d’agir en conséquence c’est un gain pour la démocratie», a-t-il dit. 

La présidente de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO) est d’avis que le choix de la députée en est un réfléchi. Amanda Simard est une alliée de la communauté francophone en Ontario, croit Soukaina Boutiyeb.

«Je ne pense pas que la communauté aura une voix moins forte comparée à ce qu’on avait dans les dernières semaines. Je ne pense que ça fera un grand changement, confie-t-elle. Amanda Simard va continuer à faire son travail avec beaucoup de dignité et la communauté est derrière elle. C’est une personne qui est intègre avec ses principes et qui respecte les minorités linguistiques.»

L’auteur et dramaturge franco-ontarien Jean-Marc Dalpé a salué le courage et l’intégrité de la députée Amanda Simard.

«Je dis ‘Bravo, Amanda!’ d’avoir su se tenir debout sur une question comme celle-là. Elle avait pris une position très claire, très ferme, et je vois mal comment» elle pouvait la faire concilier avec les décisions politiques des progressistes-conservateurs, a-t-il réagi jeudi matin. 

«Stratégiquement, certains d’entre nous avaient peut-être envie qu’on ait une porte-parole au sein de ce gouvernement, mais, à un moment donné, ce n’est pas possible de faire ça en restant fidèle à soi-même. Maintenant, on se demande ce que fait Mme [Caroline] Mulroney dans tout ça. Comme beaucoup, je suis bouche bée. On se demande vraiment ce qu’elle fait là!» à Queen’s Park, poursuit l’auteur, qui, pour «exprimer sa grogne», a prévu de prendre part à une manifestation prévue samedi à Hawkesbury.

Voici quelques autres réactions tirées de Twitter, recueillies par Le Droit: