La présidente de l'Association des communautés francophones d'Ottawa, Soukaina Boutiyeb

Services en français à l'Aéroport d'Ottawa: exiger «son droit le plus strict»

La difficulté d’obtenir des services en français de la part des commerçants qui logent sous le toit de l’Aéroport international d’Ottawa n’étonne guère les organisations de défense des francophones.

Il reste bien du pain sur la planche pour changer les choses à ce chapitre, pense Soukaina Boutiyeb, présidente de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO), qui soutient être fréquemment confrontée à cette réalité dans les aéroports.

« On sait qu’on va peut-être pouvoir obtenir un service (en français) à la sécurité ou au kiosque d’information, mais ça s’arrête là. À certains endroits, même à la sécurité, il faut que j’en fasse la demande et que j’attende qu’on me trouve quelqu’un. Ça cause des malaises. On fait alors attendre les gens en file à l’arrière et certains peuvent s’impatienter. Il peut y avoir des regards ou des commentaires et ça devient agressant, car en tant qu’individu on a l’impression de faire quelque chose de mal, alors qu’au final on ne fait qu’exiger notre droit le plus strict », lance-t-elle.

Mme Boutiyeb n’achète pas l’argument de la pénurie de main-d’œuvre parfois avancé pour expliquer l’unilinguisme des employés. Son contre-argument : la formation continue du personnel affecté au service à la clientèle.

« Quand on compare au pire, je dois avouer que l’aéroport d’Ottawa fait mieux que celui de Toronto, sauf qu’il y a définitivement un travail qui doit se faire. Ces commerces-là sont assujettis à la Loi. [...] Au minimum, il faut leur apprendre la base. Je ne m’attends pas à avoir une conversation politique de 30 minutes avec ces gens-là, sauf qu’ils doivent comprendre ce que le client demande. C’est une frustration tous les jours. Il faut aller au-delà du “Bonjour, Hi” », affirme-t-elle.

Le son de cloche est similaire du côté de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

« Ça ne me surprend pas, si on fait vraiment une tournée, ça peut être épeurant tout ce qu’on va trouver. J’étais le premier surpris, je suis presque tombé en bas de ma chaise quand le commissaire m’a dit que même ces organisations-là devaient s’assurer d’offrir un service en français. Le problème, c’est que les gens ne sont pas au courant, alors ils font peu ou pas de demande active, alors il n’y a définitivement pas d’offre active. Si plus de gens le savaient, les plaintes pleuvraient », estime son président, Carol Jolin.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin

Ce dernier en profite pour taper de nouveau sur le même clou : la refonte tant attendue de la Loi sur les langues officielles.

« En attendant d’avoir une loi qui a des dents, le commissaire peut faire des enquêtes et des recommandations, mais il n’y a pas d’imputabilité de la part des organisations visées. Des situations comme celles-là viennent confirmer à quel point on a besoin que la loi soit modernisée », ajoute-t-il.

Le président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault, abonde dans le même sens, ses critiques étant même plus virulentes.

« C’est crasse, ils se foutent de notre gueule. L’image que donne le Canada dans ses aéroports est celle d’un pays anglophone. On nie notre existence (des francophones), on nous infériorise, et ce malgré les plaintes déposées par le public. Le message que je lance au public, c’est de ne pas hésiter à porter plainte, de ne pas se taire. [...] Les gestionnaires d’aéroports ne peuvent pas plaider l’ignorance, ce sont eux qui signent les contrats de location. Dans ce cas-ci, tout se passe dans la capitale des langues officielles, à quelques kilomètres du parlement et à côté de la quatrième plus grande ville du Québec », s’exclame-t-il.

Le président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault

Le maire d’Ottawa, Jim Watson, dit espérer que des solutions seront trouvées afin que le service à la clientèle soit offert dans les deux langues officielles dans ces concessions de l’Aéroport d’Ottawa.