Paul Dubé se dit «convaincu que les meilleures journées pour les services en français ne sont pas derrière nous, mais plutôt en avant de nous».

Rapport de l'ombudsman: le français devient le nouvel enjeu

L’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé, a déposé mardi son tout premier rapport annuel depuis qu’il a pris les services en français sous son aile. Au total, son bureau a reçu 62 plaintes au sujet de la langue de Molière en l’espace de quelques semaines.

Le mandat du chien de garde provincial a été élargi en raison de la dissolution le 1er mai dernier du Commissaire aux services en français, un poste qu’occupait François Boileau. 

Cette décision du gouvernement Ford avait, rappelons-le, créé un tollé au sein de la communauté franco-ontarienne en novembre dernier.

Conscient que la plaie est encore vive pour certains, M. Dubé se dit toutefois optimiste pour la suite des choses avec ce nouveau rôle et cette transition.

« C’était un défi d’assumer ces responsabilités-là, mais notre priorité était de s’assurer que le service puisse continuer sans interruption. Les gens qui travaillaient à l’ancien commissariat sont très passionnés, veulent promouvoir leurs droits linguistiques, honorer le fait français en Ontario. Au point de vue logistique, il y a différentes choses à régler, mais je peux vous dire que quand vous combinez deux équipes de grand talent, tout est possible », a-t-il indiqué en marge d’un point de presse à Queen’s Park.

Au sujet de la nomination d’un commissaire aux services en français, qui se fait toujours attendre (Jean-Gilles Pelletier assume les fonctions par intérim), l’ombudsman a dit qu’il y aurait possiblement une annonce le mois prochain.

« Ça prend du temps de mettre tous les morceaux en place, choisir un panel qui sera très crédible, qui est très branché dans la communauté (francophone), embaucher une firme de recrutement, mettre les contrats en place. Mais je suis très encouragé par le processus jusqu’à date », a-t-il mentionné.

Paul Dubé se dit « convaincu que les meilleures journées pour les services en français ne sont pas derrière nous, mais plutôt en avant de nous ».

Interrogé sur la question, il a toutefois avoué qu’il n’avait toujours pas rencontré la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, depuis que son mandat a été officiellement élargi il y a huit semaines.

BOND DE 30 % DES PLAINTES

L’année 2018-2019 a été « l’une des plus occupées des 44 ans d’histoire du Bureau de l’ombudsman », qui a reçu 27 419 plaintes, une hausse significative de 30 %.

La légalisation du cannabis a été un facteur important pour expliquer ce bond du nombre de plaintes puisque la Société ontarienne du cannabis a été l’une des causes principales de plaintes ces derniers mois (2411) en raison de ses graves lacunes au chapitre du service, le tout qualifié de « faux départ » par M. Dubé.

« La demande avait été sous-estimée, mais on a travaillé de façon étroite avec l’agence et je pense que les choses se sont améliorées déjà », affirme l’ombudsman ontarien.

Les plaintes sur les municipalités – avec les universités et les conseils scolaires – entités qui ont été ajoutées au mandat de l’ombudsman il y a trois ans, ont quant à elle augmenté de 20 %, tandis que les problèmes dans les établissements correctionnels ont encore une fois fait l’objet de milliers de signalements.

« Avec plusieurs membres de mon personnel, j’ai visité des établissements correctionnels un peu partout dans la province, où nous avons parfois observé des conditions inacceptables d’hébergement. Notre personnel est aussi venu en aide à plusieurs détenus transgenres ou autochtones pour veiller au respect de leurs droits particuliers », de dire M. Dubé.

Le bureau de l’Ombudsman soutient qu’il continue de travailler avec le gouvernement pour veiller à la mise en œuvre des réformes promises quant à l’isolement cellulaire des détenus et à la formation des policiers aux techniques de désescalade.

La controversée réforme du gouvernement Ford pour le Programme ontarien des services en matière d’autisme a également causé beaucoup de mécontentement. À preuve, 99 % des plaintes à cet effet ont été logées après l’annonce du gouvernement en février.

Notons que le Bureau de l’ombudsman sera l’hôte mercredi et jeudi à Toronto de la conférence de l’Association internationale des commissaires linguistiques.