La tendance des publicités gouvernementales sur des plateformes en ligne comme Facebook et Google fait mal à l'industrie médiatique locale, mais est loin de s'estomper, croit la commissaire intérimaire aux langues officielles, Ghislaine Saikaley.

Publicité fédérale sur Internet : une tendance difficile à arrêter

Bien que la réorientation de la publicité fédérale vers Internet menace la survie de plusieurs journaux et radios communautaires hors Québec, un rapport du Commissariat aux langues officielles soutient qu'il serait « futile » de remettre en question cette tendance qui ira en s'accentuant.
Dans un rapport final d'enquête, la commissaire aux langues officielles par intérim, Ghislaine Saikaley, juge fondées les plaintes contre Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) et Patrimoine canadien, mais rejettent celles contre le Secrétariat du Conseil du Trésor et le Bureau du Conseil privé. 
La commissaire y fait trois recommandations pour que les institutions comprennent mieux leurs obligations face à la Loi sur les langues officielles. Elle propose aussi à SPAC d'analyser l'impact de ce transfert vers Internet. 
Toutefois, elle fait aussi le constat que la publicité gouvernementale sur Internet est devenue incontournable et continuera à croître.
« Cette enquête ne fait que mettre en relief une réalité pratiquement inéluctable. Internet est présent dans le quotidien d'une grande partie de la population et sa présence ne fera manifestement que s'accentuer au fil des ans. Rien d'étonnant que la publicité du gouvernement fédéral passe davantage par ce support. »
La commissaire Saikaley souligne qu'il serait « futile de remettre en question cette tendance ou d'en exiger le renversement ». Elle rappelle cependant que les institutions fédérales ont aussi des obligations. 
« Dans ce virage Internet, les exigences de la Loi demeurent, et les institutions fédérales doivent continuer de veiller au respect de ses dispositions, notamment (...) celles portant sur la prise de mesures positives et l'obligation de ne pas nuire au développement des communautés linguistiques en situation minoritaire », souligne le rapport.
Le commissariat a procédé à une enquête après avoir reçu plusieurs plaintes au sujet de la baisse de la publicité des institutions fédérales dans les médias communautaires hors Québec. Parmi les plaignants, on comptait l'Association de la presse francophone (APF), l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), de même que les groupes représentant les anglophones au Québec. 
Pour le président de l'APF, Francis Sonier, ce rapport « vient confirmer nos inquiétudes et va au-delà en rappelant que le gouvernement a des obligations envers les médias communautaires dans les communautés en situation minoritaire ». 
« Dans le passé, la publicité représentait un appui important aux journaux. Mais cet appui peut aussi être différent. Nous voulons discuter avec Patrimoine canadien et Services publics pour identifier d'autres options pour nous permettre de nous épanouir », poursuit M. Sonier, qui est aussi éditeur et directeur général de l'Acadie Nouvelle, au Nouveau-Brunswick. 
Plusieurs plaignants estimaient que le transfert de la publicité des avis publics vers l'Internet menace l'existence de plusieurs journaux et radios communautaires, et accusaient plusieurs des fédérales de ne pas respecter leurs obligations face à la Loi sur les langues officielles qui commande de prendre des mesures « positives » pour leur épanouissement.
Les données révèlent que de 2006-2007 à 2014-2015, les dépenses pour la publicité fédérale dans les médias communautaires sont passées de 1,9 million $ à près de 430 000 $ pour les journaux et de 730 000 $ à 191 000 $ pour les radios communautaires. En même temps, la publicité des institutions fédérales sur Internet est passée de 5 à 13,8 millions $.  
Le commissariat fera un suivi en 2018 dans ce dossier.