Non, ce n'était pas un spectacle tout à fait comme les autres. Il se passait même un peu dans les gradins, pas juste sur les planches.

Plus fiers que jamais !

Il faisait un froid de canard, mercredi. Un début de printemps à ne pas mettre un Franco-Ontarien dehors. Et pourtant, en soirée, ils étaient près de 3000 à avoir bravé la température pour se rendre à la Place TD, afin de participer aux festivités - gratuites - entourant le 20e anniversaire de la lutte pour sauver l'Hôpital Montfort.
Mais quand on a ouvertement bravé un gouvernement (celui de Mike Harris, en 1997) à grand renfort de pétitions, de négociations militantes, de détermination et de slogans défiants, et qu'on a même réussi à le faire plier... ce n'était certainement pas un petit thermomètre, ou un facteur éolien mesquin, qui aurait pu venir à bout de la volonté des Francos de se retrouver pour célébrer, dans la bonne humeur et la musique, l'époque solidaire de cette grande épopée verte et blanche.
Non, ce n'était pas un spectacle tout à fait comme les autres. Il se passait même un peu dans les gradins, pas juste sur les planches.
Certes, Damien Robitaille, Robert Paquette, Marcel Aymar, Chuck Labelle, Jean-Marc Lalonde, Serge Monette, Gabrielle Goulet, Jean-Marc Lalonde, Yao et Moonfruits ne manquaient pas d'ardeur. Se relayant sur scène, et respectueux du mandat qu'ils avaient de « faire revivre les chansons du passé », ils ont tour à tour partagé quelques classiques franco-ontariens. Le répertoire était nostalgique, mais l'énergie et les arrangements n'étaient pas poussiéreux. Ouf ! 
Zachary Richard
Certes, la visite-surprise de Zachary Richard, de passage à Ottawa pour participer au VERSeFest et rencontrer des étudiants, a constitué un excellent point d'orgue pour témoigner symboliquement de la vitalité et du rayonnement des minorités francophones. 
Bon coup, Denis Gratton ! C'est en effet notre collègue chroniqueur qui, en entrevue avec le chanteur cajun, le matin même, l'a invité à brûle-pourpoint à se greffer au rassemblement.
Le visiteur louisianais a entonné La chanson des migrateurs, qu'il a dédiée à sa « grande amie » Gisèle Lalonde. Et qu'il a conclue sur un « Vive l'Ontario francophone ! » sous un tonnerre d'applaudissements. 
Certes, la charge émotive était à son comble lorsque les artistes ont rendu un hommage collectif au chanteur Paul Demers. L'auteur de Notre place, l'hymne - à présent officiel - des Francos, et chanté en finale par toute la gang, est décédé en 2016. 
Une  capsules vidéo a servi d'oraison à quatre grands disparus, ardents défenseurs des minorités francophone et de la cause Montfort : l'ex-député fédéral d'Ottawa-Vanier Mauril Bélanger, le député Jean-Robert Gauthier et le journaliste Michel Gratton.
Certes, certes ! 
Mais le spectacle, disait-on, se jouait aussi dans le public. Dans sa joie rayonnante. Dans ses sourires et son espoir complices. Dans la fierté de cette foule fleurie de trilles, qui l'épiderme « tatoué », qui le foulard vert et blanc sur la tête, qui une balloune flottant dans les airs, qui un drapeau tenu bien haut. Parce que la fierté, les 22 mars, ça se brandit désormais aussi haut que la colère ou l'aiguille à chapeaux. 
Petite anecdote : le maire Jim Watson a tenu à venir en personne asseoir sa solidarité envers les francophones. Prenant le micro, il a entre autres rappelé que son administration avait largement facilité l'agrandissement de l'hôpital. Mais les deux premières minutes de son discours ont été franchement inaudibles, car la foule s'est spontanément mise à scander  « Ottawa bilingue ! Ottawa bilingue ! », étouffant aussitôt la voix pourtant amplifiée de l'édile.
Les paroles de soutien l'ex-gouverneure générale Michaëlle Jean, qui s'est dit au passage « fière d'appartenir à la communauté franco-ontarienne », ont été mieux accueillies que celles du maire Watson. Et pourtant, elle n'était là qu'en vidéo.
Quant à la demande d'une Ville au statut officiellement bilingue, elle est revenue sur le tapis, sur scène cette fois, dans la bouche du chanteur du duo ottavien, Moonfruits.
Le duo s'est sûrement fait d'autres amis quand, accompagné par Serge Monette, il a repris avec beaucoup d'émotion O Marie de Daniel Lanois.
Jeunesse
La foule n'était pas hystérique - les Francos affichent leur enthousiasme de façon assez mesurée, en général  - mais les cris ont fusé lorsque Gisèle Lalonde est apparue sur scène. « Montfort fermé : jamais ! » a-t-elle martelé, sourire en coin. C'est ce qu'on appelle réussir son entrée en scène. 
On l'a rapidement vue en double : au-dessus de sa tête, un écran géant a projeté le public vingt ans dans le passé, quand la présidente de SOS Montfort était de toutes les tribunes. 
En tant que grand artisan de la bataille - et la victoire - légale de SOS Montfort, l'avocat Ronald Caza n'a pas volé sa place sur scène, mercredi. Pas sûr qu'il était la personne idéale pour s'occuper de l'animation, en première partie de la soirée. L'orateur était drôle, mais un peu brouillon, dans ses interventions. 
Il coanimait en binôme avec la Dre Julie Lockman, une obstétricienne de l'hôpital Montfort qui, a expliqué son partenaire, a mis au monde plus de 1500 bébés francophones. 
Gageons que plusieurs d'entre eux sont devenus les gamins qui couraient gaiement à proximité de la scène.
Un vent de jeunesse soufflait aussi dans le public, où l'on ne retrouvait pas que des vétérans de la croisade Montfort, mais toutes les générations, y compris celles qui ont hérité des bienfaits de l'hôpital.
Réseaux sociaux
En 2017, c'est naturellement sur les réseaux sociaux que se partage aussi la fierté franco. Et sa diversité. Tout au long de la soirée, la mosaïque de spectateurs ne s'est pas fait prier pour poster photos et commentaires ravis aux quatre coins de la Toile, accompagnés du mot-clic #SolidariteFranco, histoire de « viraliser » le sentiment d'appartenance. 
Un vent printanier. Mais passager ? Rien n'indiquait que cette euphorie fut éphémère. Et gageons que si personne ne cède aux revendications des Francos en ce qui concerne la désignation bilingue d'Ottawa, leur ferveur pourrait bien durer encore vingt ans...