Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, a remis son rapport, mardi, sur la prestation des services en français dans les institutions du gouvernement fédéral.

Plus d'attente en français, selon le commissaire aux langues officielles

Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, constate des lacunes quant à la prestation de services en français dans les institutions fédérales.

Dans son premier rapport annuel, déposé mardi, M. Théberge indique que 894 plaintes ont été déposées en 2017-2018, dont plus de la moitié, soit 457, portent sur les services en français. Les plaintes sont en baisse de 12 % par rapport à l’an dernier. 

« Plusieurs institutions nous indiquent qu’elles ont besoin de meilleurs outils de diagnostic pour être en mesure de répondre aux obligations par rapport à la loi sur les langues officielles. Ce que je constate, c’est qu’on n’a pas nécessairement fourni les outils nécessaires aux institutions fédérales. Ceci dit, on a beaucoup de défis. On le remarque par le nombre de plaintes », soutient le commissaire qui est entré en poste en janvier 2018.

Une dizaine d’institutions fédérales ont fait l’objet d’une évaluation par des spécialistes entre les mois de janvier et mars. Les observations se sont attardées sur le respect des langues officielles lors des services rendus en personne, au téléphone et en ligne. Selon les données fournies, les délais de réponse pour des services fédéraux dans la langue de Molière sont plus longs, particulièrement lors d’une requête par courriel. 

Le commissaire estime que les francophones ne devraient pas attendre plus longtemps que les anglophones pour obtenir des services gouvernementaux. « Ce n’est pas normal, commente le commissaire. Ça démontre jusqu’à quel point on n’a pas développé cette culture au sein de l’appareil fédéral de l’égalité entre les deux langues officielles. Il y a encore beaucoup de chemin à faire. C’est clair qu’on devra redoubler les efforts et qu’on doit plus responsabiliser ceux qui ont un rôle à jouer. »

Les employés de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien ont accueilli les voyageurs avec la formule Hello/Bonjour dans 70 % des cas, mais le service dans les deux langues étaient disponible dans 61 % du temps, selon les données fournies par les observations. 

« Si la personne qui dit le Hello/Bonjour n’est pas en mesure d’offrir le service en français, il devrait y avoir quelqu’un déjà sur place qui est en mesure de le faire. C’est une question de planification. Des fois, la volonté est là, mais pas les moyens », observe M. Théberge. Il croit que les administrations aéroportuaires ne sont pas au courant de leurs obligations dans la loi.

Selon le commissaire, les institutions fédérales n’ont pas les bons outils pour s’évaluer. Dans cette optique, son équipe travail à l’élaboration d’un nouvel outil qui doit être mis en application dès 2019.

L’égalité du statut des langues officielles est le concept clé selon M. Théberge. « Je suis un optimiste. C’est un travail qui va prendre énormément de temps, mais je pense qu’on doit se fixer comme objectif l’égalité des deux langues officielles », confie-t-il.

Dans son rapport, le commissaire fait référence à l’entente entre le fédéral et Netflix. On y apprend que quatre plaintes ont été déposées au sujet de l’omission alléguée de la prise en compte de la production francophone à l’extérieur du Québec et quant à l’usage du français et de l’anglais dans la société canadienne. L’enquête est toujours en cours et aucun détail ne peut être divulgué. 

Au niveau des recommandations, le nouveau commissaire invite le gouvernement à moderniser la Loi sur les langues officielles, dans le cadre du 50e anniversaire de celle-ci en 2019. 

DE PAIR AVEC LES PRIORITÉS DU COMMISSAIRE

Les priorités énoncées par le Commissariat aux langues officielles (CLO) réjouissent les acteurs francophones. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) accueillent favorablement le rapport annuel du commissaire, déposé mardi.

Les deux organismes souhaitent que le CLO poursuive son travail afin que les mesures soient prises pour assurer une dualité linguistique et qu’il y ait des améliorations dans le dossier de la langue de travail. De plus, ils demandent au commissaire de faire pression sur le gouvernement pour que le Programme de contestation judiciaire soit mis en marche dans les plus brefs délais.

Dans son rapport annuel, le commissaire Raymond Théberge constate que les services en français ne sont pas disponibles en tout temps et que les francophones font souvent face à des délais avant d’obtenir des réponses. Il indique vouloir veiller à la mise en œuvre du Plan d’action aux langues officielles en plus de moderniser la Loi sur les langues officielles (LLO).

Le commissaire cite le Livre blanc sur les médias francophones de l’Ontario dans son rapport. Le Livre blanc traite de l’importance des médias de langue française en situation minoritaire. Il a pour but de trouver des stratégies qui assureront la survie de ces médias. 

« Si on voit de grosses boîtes comme le Globe and Mail et le Toronto Star qui s’inquiètent de la situation, vous pouvez vous imaginer ce que ça représente pour un hebdomadaire ou un journal communautaire, illustre Carol Jolin, président de l’AFO. Que ce soit mentionné dans le rapport du commissaire ça nous donne des outils quand on va aller voir les politiciens pour mettre de la pression sur eux pour qu’ils soient bien conscients de la situation et qu’ils trouvent des solutions. » 

De son côté, Raymond Théberge confie que la situation des médias francophone en milieu minoritaire le préoccupe. « Si les communautés en milieu minoritaire n’ont pas leur propre média, qui va parler pour eux ? » questionne-t-il.