Yves Saint-Denis, que l’on voit ici avec son épouse Hélène et son fils Félix, est décédé mercredi à l’âge de 78 ans.

Le militant franco-ontarien Yves Saint-Denis s'éteint

La francophonie ontarienne pleure la mort de l’un de ses pionniers alors que le fondateur de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) de Prescott-Russell, Yves Saint-Denis, s’est éteint lundi à l’âge de 78 ans.

La francophonie ontarienne pleure la mort de l’un de ses pionniers alors que le fondateur de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) de Prescott-Russell, Yves Saint-Denis, s’est éteint lundi à l’âge de 78 ans. 

Le professeur de carrière et ancien président de l’ACFO provinciale, qui a cumulé au cours de sa vie les distinctions honorifiques, dont l’Ordre des francophones d’Amérique et l’Ordre de la Pléiade, avait depuis plusieurs années une santé très précaire. Il combattait le cancer, en plus d’avoir subi plus d’une dizaine de chirurgies et l’ablation de ses reins au fil des dernières années. 

À LIRE AUSSI : Une dernière victoire, la chronique de Denis Gratton

Au printemps dernier, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lui a décerné la médaille d’argent « Bene Merenti de Patria » pour souligner sa contribution exceptionnelle à la francophonie. Un honneur qu’il a reçu entouré de son épouse, de ses enfants et de ses petits-enfants. 

Malgré sa santé physique, le militant franco-ontarien reconnu pour son franc-parler avait participé à l’importante manifestation qui s’est déroulée à Ottawa en décembre dernier pour protester contre les compressions dans les services en français annoncées par le gouvernement Ford. 


« C’était un Rocher de Gibraltar de fidélité, autant envers sa famille, que la francophonie ou encore ses valeurs chrétiennes. »
Jean Poirier

Pour l’ex-député provincial de Prescott-Russell et ami de longue date de M. Saint-Denis, Jean Poirier, il s’agit d’une énorme perte pour la francophonie en sol ontarien. 

« Je le connaissais depuis 50 ans et il était horriblement malade. Je n’ai jamais vu quelqu’un avoir autant de problèmes de santé et en même temps vivre aussi pleinement. Quand je pense à lui, un seul mot me vient en tête, c’est le mot fidélité. C’était un Rocher de Gibraltar de fidélité, autant envers sa famille, que la francophonie ou encore ses valeurs chrétiennes. Ce n’était pas un roseau, c’était un chêne. Oui, dans le département de la diplomatie, il ne faisait peut-être pas dans la dentelle, mais on ne pourra jamais lui reprocher sa droiture. Il avait une âme généreuse. Il n’a jamais mis un genou par terre », s’est exclamé celui qui a siégé à Queen’s Park de 1984 à 1995.

Il affirme aussi que son défunt ami était « une encyclopédie ambulante du patrimoine ».

« Il avait des milliers de livres d’histoire chez lui, c’est incroyable. Il ne comptait pas son engagement, il a toujours été présent. Même lorsqu’il a été honoré par la Société Saint-Jean-Baptiste, cette année, il a utilisé sa marchette et a prononcé un discours de 45 minutes. Il avait une grande connaissance du français. Il aura été un combattant. Ce gars-là, je ne pourrais raconter le nombre de fois où il a utilisé de son propre argent pour donner à des projets de la francophonie », lance M. Poirier. 

« L’Ontarie »

Ardent défenseur de la francophonie de « l’Ontarie », comme il aimait surnommer la province pour sa consonance française, M. Saint-Denis était aussi en faveur de la souveraineté du Québec. 

« Yves Saint-Denis était un indépendantiste farouche », souligne d’ailleurs l’ex-éditeur du journal Le Droit, Pierre Bergeron.

Ce dernier est d’avis qu’il faut se souvenir de la « ferveur des convictions » de M. St-Denis. « Ça a toujours été un type qui a mis de l’avant les intérêts supérieurs de la francophonie. Il a toujours été fidèle à ses convictions. Il n’a jamais dérogé d’un pouce de son engagement personnel. Il n’a jamais flanché, d’une façon ou d’une autre. Son nationalisme ontarien avait bien écho du côté québécois, parce qu’il n’était pas très loin de la frontière. »

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, a lui aussi réagi, par voie de communiqué. 

« M. Saint-Denis était de toutes les luttes franco-ontariennes et malgré sa santé fragile, il était toujours présent au rendez-vous. Le 1er décembre dernier, il manifestait à nos côtés à Ottawa pour le rétablissement de nos acquis. Pas plus tard qu’en juin, il s’était présenté au défilé de la Fête nationale du Québec à Montréal pour célébrer avec nous. C’est en très grande partie dû aux années de sensibilisation au Québec de M. Saint-Denis que les Franco-Ontarien.n.e.s ont eu droit à une place d’honneur au défilé. »

Le président de l’AFO invite la communauté à mettre les drapeaux des monuments de la francophonie de l’Ontario et des écoles de langue française en berne, le 19 septembre. C’est lors de cette journée qu’auront lieu les obsèques de M. Saint-Denis, à l’église Saint-Joachim de Chute-à-Blondeau.

Certains autres organismes ont réagi à ce décès sur les réseaux sociaux, dont la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

Le Parti Québécois a adressé ses condoléances à ses proches, en citant une phrase prononcée par M. St-Denis : « J’en suis venu à la conclusion qu’il fallait un pays pour les francophones en Amérique du Nord. Un pays parle plus fort ».