François Boileau est inquiet : dès le 1er mai, l’équipe du Commissariat aux services en français de l’Ontario sera intégrée au Bureau de l’ombudsman.

Le commissaires aux services en français François Boileau part dans l’inquiétude

Le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, quittera officiellement son poste le 1er mai, mais les derniers jours ne sont pas de tout repos. Laissant derrière lui une grosse partie de sa carrière, il part non sans s’inquiéter de la suite des choses pour la communauté francophone.

Après avoir passé plus de 11 ans à la tête du Commissariat aux services en français (CSF), M. Boileau avoue avoir vécu plusieurs émotions « difficiles » au cours des dernières semaines.

Il rejette du revers de la main la possibilité que la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, ait appris les coupes au niveau des services en français une fois la décision prise.

« Elle fait quand même partie du cabinet. Il y a eu des discussions. Ça n’arrive pas comme ça l’avant-veille. Ça, je ne crois pas ça, je n’irais pas là. C’est une vision un peu trop rocambolesque de comment le gouvernement fonctionne. On ne peut pas écrire un projet de loi aussi complet sans le dire aux autres. Tous les membres du cabinet étaient au courant. Depuis combien de temps ? Ça, je ne le sais pas. Mais ç’a pris plus qu’un mois à l’écrire et ça, c’est une certitude », souligne M. Boileau en rencontre éditoriale avec Le Droit en début de semaine.

Se gardant un devoir de réserve, par respect pour ses fonctions d’agent du parlement, le commissaire Boileau ne critique pas de plein fouet le gouvernement Ford ni la ministre Mulroney. Son langage non verbal a toutefois pris le dessus à certaines reprises. Questionné à savoir si Caroline Mulroney a le leadership nécessaire pour défendre la communauté francophone, il hésite avant d’offrir sa pensée.

« Je ne voudrais pas personnaliser par rapport à Mme Mulroney, mais en même temps la preuve est dans le pudding, lance-t-il. On va voir au cours des prochaines années, mais c’est mal parti. On ne peut quand même pas le nier. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles de couper le Commissariat et de suspendre le financement de l’Université de l’Ontario français (UOF). »

Dès le 1er mai, l’équipe du Commissariat se retrouvera au sein de celle de l’ombudsman de la province. La question de l’indépendance du nouveau commissaire inquiète le quinquagénaire qui estime que son successeur n’aura pas les mêmes moyens ni les ressources ou l’indépendance pour faire le travail comme son bureau le faisait.

« Je ne suis pas en train de dire qu’on était parfait pendant les 11 ans qu’on a existé, mais on est arrivé à un rythme de croisière, estime le commissaire. Enlever ce qu’on avait et tenter de se faire croire qu’on va substituer ça par quelque chose qui va être aussi bon, je ne pense pas. Est-ce que ça va être mauvais ? Je ne pense pas. Est-ce que ça va être aussi bon ? Absolument pas et ça, c’est clair. L’ombudsman ne pourra pas faire toute la qualité du travail que nous faisions. »

Il explique sa pensée en rappelant que l’ombudsman est un organisme de dernier recours et que ce n’est pas dans son habitude de faire du développement de politique publique.

« Ce n’est pas parce que c’est Paul Dubé, précise M. Boileau. Ce n’est tout simplement pas dans l’ADN de l’ombudsman de faire du développement de politique publique tandis que nous, on a pris ça comme mandat. »

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NE RIEN TENIR POUR ACQUIS

Bien que l’ombudsman de l’Ontario soit un francophone, le commissaire aux services en français, François Boileau, rappelle que rien n’est garanti pour la protection des droits de la communauté franco-ontarienne et qu’il ne faut rien tenir pour acquis.

« De personnaliser la question, c’est une erreur. Paul Dubé pourrait ne pas être renouvelé dans deux ans et ça pourrait être quelqu’un d’autre dans son poste qui serait parfaitement anglophone ou ça pourrait être un André Marin numéro deux, souligne M. Boileau, sourire en coin. André Marin n’était pas quelqu’un de facile avec qui travailler. Il aurait aimé le show en ce moment et ça aurait été pas mal plus virulent. »

« Le fait que ce soit Paul Dubé c’est une chance, mais Paul n’est pas éternel, ajoute-t-il. Même s’il se fait renouveler pour un mandat de cinq ans, on aura d’autres questions à ce moment. Peut-être que des habitudes auront été faites, qu’on voudra maintenir un certain rythme et qu’un nouvel ombudsman ne va pas défaire ça. Mais il y a beaucoup de “si” là-dedans, alors qu’on avait cette institution, qu’on était là à 100 %. »

Selon lui, si le ministère des Affaires francophones faisait davantage de politique publique, peut-être que l’abolition du Commissariat aux services en français (CSF) serait en quelque sorte justifiable. 

« Peut-être qu’on aurait besoin plus d’un ombudsman linguistique qui fait juste analyser les plaintes », concède-t-il.

Sans être trop optimiste pour l’avenir, M. Boileau espère que les partis d’opposition ont pris en note les soulèvements de la communauté francophone, lorsque plus de 14 000 personnes sont sorties dans la rue pour manifester le 1er décembre dernier. 

« C’est à la communauté de ramener ça sur le tapis quand va venir le temps de préparer des stratégies de plate-forme électorale pour tous les partis, y compris les progressistes-conservateurs », pense le commissaire.

Ce dernier compte profiter des prochains mois pour se reposer et prendre le temps de penser à son futur. Une occasion de penser à « ce que je veux faire quand je vais être grand ». Il se dit ouvert aux différentes possibilités qui se présenteront.