Le président de L'AFO, Carol Jolin

L'AFO inquiète du sort des médias francophones

L'avenir des médias francophones en sol ontarien inquiète l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), à tel point qu'elle a dévoilé mardi un livre blanc sur la question, réclamant l'aide de Queen's Park et d'Ottawa.
L'organisme y va de 27 recommandations dans le but d'assurer la survie de ces institutions fragilisées, à commencer par l'octroi rapide d'aide financière par les gouvernements. Les réalités du marché d'aujourd'hui ne sont plus les mêmes, martèle l'AFO. 
Les revenus publicitaires de la presse traditionnelle sont en chute libre depuis quelques années, en raison surtout de la popularité du web et des médias sociaux, mais également de la baisse « draconienne » des placements publicitaires gouvernementaux, une réalité qui a fait l'objet de plaintes au Commissariat des langues officielles du Canada et au Commissariat aux services en français de l'Ontario. 
En effet, un rapport préliminaire publié l'an dernier par le Commissariat aux langues officielles au terme d'une enquête sur ce dossier a révélé que les placements publicitaires du fédéral ont baissé de 78 % en l'espace de huit ans dans les journaux francophones en milieu minoritaire au pays. Dans le cas des radios communautaires, le recul se chiffre à 73 %. Pendant ce temps, les dépenses d'Ottawa dans la publicité sur le web ont triplé, passant de 5 à 14 millions $. 
« À côté de la santé et de l'éducation, les médias francophones seraient-ils considérés comme un 'luxe' par les gouvernements du Canada et de l'Ontario, d'où leur désengagement ? » s'interroge entre autres l'AFO dans le document, qui mentionne que la majorité des entreprises médiatiques, telles que Le Droit, Radio-Canada et le Groupe Média TFO, ont effectué le virage numérique, mais à des degrés et des vitesses variables. 
Le portrait des médias francophones est analysé sous quatre enjeux dans le rapport de 36 pages, soit la publicité et les appuis financiers, le numérique, le contenu ainsi que le monitorage. 
« Alors que le milieu institutionnel franco-ontarien va de mieux en mieux depuis les années 80, la situation des médias francophones de l'Ontario va dans le sens inverse. [...] Malheureusement, nos médias, comme ceux du monde occidental, connaissent une situation de mutation technologique qui affecte leur santé financière. Ces pressions affectent inévitablement le contenu, colonne vertébrale de nos médias. Depuis le début du siècle, on compte de moins en moins de professionnels sur le terrain pour vérifier l'information divulguée par leurs sources », affirme M. Jolin. 
La liste des médias francophones est impressionnante, mais il y a encore des territoires où ceux qui parlent la langue de Molière sont invisibles et inaudibles sur la place publique, selon l'organisme, qui craint que la liste rapetisse davantage d'ici cinq ans.
« Une communauté forte, ça passe par des médias forts », a lancé le président Carol Jolin, rappelant que la presse joue un rôle central dans notre démocratie. L'AFO prévoit créer un comité aviseur dans le but de concrétiser les 27 recommandations du livre blanc, le troisième produit par l'organisation en l'espace de quelques mois, après ceux portant sur les arts et la culture ainsi que l'immigration francophone.

Parmi les recommandations du livre blanc de l'AFO...

- Que le gouvernement provincial et ses agences désignées dédient 5 % de leur budget publicitaire aux médias francophones de l'Ontario
- Que le gouvernement fédéral alloue 5 % de son budget publicitaire aux médias francophones de l'Ontario si la campagne ne vise que la province; une proportion haussée à 15 % s'il s'agit d'une campagne qui vise la francophonie canadienne
- Que le gouvernement fédéral assure un suivi rapide au rapport du Commissaire aux langues officielles du Canada afin d'assurer le retour des placements publicitaires dans les plus brefs délais
- Que le gouvernement ontarien crée un fonds d'urgence disponible jusqu'au retour des publicités gouvernementales pour les médias communautaires dont les revenus sont en baisse
- Qu'un programme d'appui financier d'une durée garantie de 10 ans avec possibilité de renouvellement (50 000 $ par an pour les radios existantes et 100 000 $ pour les projets de radios émergentes à leur première année) soit mis sur pied
- Que la Société Radio-Canada dédie 15 % de son budget aux stations régionales francophones à l'extérieur du Québec et abolisse la publicité sur ses ondes télé (ICI Radio-Canada Télé et RDI), mais obtienne en retour un financement compensatoire 
- Que le gouvernement ontarien octroie à TFO un financement de projets multiplateformes produits par et pour la communauté franco-ontarienne 
- Que les médias franco-ontariens appuient le mouvement visant la création d'un fonds journalistique au gouvernement fédéral