Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, n’a pas eu de peine à faire adopter son projet de loi 57 concernant des compressions dans les services en français de la province, ce qui a suscité de vives réactions de la part des leaders franco-ontariens.

L'adoption du projet de loi 57 provoque de vives réactions

«La Ford Nation vient de s’installer à Queen’s Park», «déception complète» ou encore «On n’en a pas fini avec ce gouvernement-là». Les réactions fusaient de partout vendredi au sein de la communauté franco-ontarienne, au lendemain de l’adoption du projet de loi 57 à Queen’s Park.

Cette pièce législative, qui a fait couler énormément d’encre depuis trois semaines, entraîne entre autres l’abandon du financement du projet d’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto et la dissolution du Commissariat aux services en français. Le commissaire conserverait son poste, mais relèverait dorénavant du Bureau de l’ombudsman de l’Ontario.

L’ex-ministre et père de la Loi sur les services en français, Bernard Grandmaître, n’hésite pas à qualifier la situation de très malheureuse. Et ce ne pourrait qu’être la pointe de l’iceberg, craint-il.

«On n’en a pas fini avec ce gouvernement-là. Doug Ford est la bougie d’allumage du conseil des ministres, ce n’est pas Caroline Mulroney. Je pourrais employer d’autres mots, mais ça ne se dit pas dans le journal. Le commissaire faisait un travail extraordinaire et notre université est un besoin pour les francophones. On ne fait que trouver des excuses en parlant du déficit pour justifier la décision», lance l’homme de 85 ans.

À son avis, personne ne veut se rendre jusqu’à un recours aux tribunaux comme ce fut le cas avec la cause de l’Hôpital Montfort, mais «c’est la solution qu’il faudra envisager si ça continue».

«C’est toujours à refaire. On fait un pas vers l’avant et tout d’un coup on en fait deux vers l’arrière. On est en train de démolir une partie de la Loi 8 et ça me fait mal au cœur», déplore-t-il.

La députée libérale d’Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, est de son côté amèrement déçue de la tournure des événements.

«L’adoption du projet de loi 57, c’est l’installation de la Ford Nation à Queen’s Park, l’élimination des voix critiques, l’abandon des projets pour la francophonie et la diminution du poids de l’opposition et des voix qui peuvent s’opposer à des coupures qui s’en viennent», a-t-elle indiqué au Droit.

«IL NE FAUT PAS LÂCHER»

Même son de cloche pour le conseiller municipal Mathieu Fleury, qui avait avec quatre autres collègues de la table du conseil dont le maire Watson rédigé une lettre en novembre à la ministre des Affaires francophones pour lui demander de reconsidérer ces décisions.

«C’est une déception complète. La saga de Montfort avec les progressistes-conservateurs se poursuit, 20 ans plus tard. Ce gouvernement a encore une fois donné une bonne excuse pour la communauté franco-ontarienne de ne pas l’appuyer. […] Les rassemblements partout en province, ç’a créé un beau momentum, il ne faut pas lâcher. On a une résistance forte», de dire l’élu.

Pour sa part, le maire Jim Watson réitère que même s’il est déçu concernant la décision liée au Commissariat aux services en français, il a «confiance dans la capacité de l’ombudsman ontarien de défendre les intérêts des francophones au sein de l’appareil et des agences provinciales».

La présidente du conseil de gouvernance de l’UOF, Dyane Adam, ne jette pas l’éponge mais parle d’une autre triste journée pour la province.

«Pour l’université, on travaille toujours à trouver une solution gagnante pour du financement. En ce qui a trait au Commissariat, on sait tous combien d’années ça a pris pour avoir cette institution-là et qu’elle obtienne son autonomie. Je suis bien placée pour comprendre l’impact et l’importance d’un tel rôle, qui va bien au-delà du traitement de plaintes. C’est un outil de développement et de protection des communautés», affirme-t-elle.

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ILS ONT DIT...

«Nous sommes déçus, mais on existe encore. Notre priorité est de chercher d’autres avenues pour du financement. On espère que des solutions administratives puissent encore être trouvées de la part des gouvernements. On doit envisager toutes les possibilités, mais on a un sérieux enjeu, c’est d’assurer le suivi des opérations après le 15 janvier, date à laquelle notre financement tombe à l’eau.»

Normand Labrie, recteur par intérim de l’Université de l’Ontario français


«C’est malheureux qu’il y ait trois mois à peine, le gouvernement Ford confirmait son appui au projet de l’Université de l’Ontario français. En tant que jeune élève francophone qui postule actuellement à l’université, j’avais, hier, l’espoir de pouvoir y transférer en 2020, mais c’est officiellement un rêve détruit.»

Lydia Philippe, présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO)


«On est déçus et pour utiliser le vrai terme, on est fâchés. Ça démontre encore une fois que le gouvernement en place n’écoute pas toute sa population. Nous étions tous dehors à manifester et malgré tout, il va de l’avant. D’un autre côté, ça ne nous surprend pas. On a perdu une bataille, mais ça ne s’arrêtera pas là, on va continuer.»

Soukaïna Boutiyeb, présidente de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO)


«Aujourd’hui, le gouvernement a choisi de délibérément ignorer une part importante de sa population, et de faire fit des récentes démonstrations publiques de la société civile. Le gouvernement a choisi délibérément de faire taire les voix des Franco-Ontariens.»

Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO)


«Avec l’adoption du projet de loi 57, le gouvernement Ford élimine le chien de garde des droits et acquis des francophones. Le gouvernement ne reconnaît pas le bienfondé de nos droits. Qui seront les prochaines victimes?»

Rémi Sabourin, président de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO)