L’accent « bilingue » bien répandu dans l’Est ontarien et une partie de l’Outaouais n’est pas une démonstration d’une pauvre maîtrise de la langue française, selon une récente étude de l’Université d’Ottawa.

L’accent de la région n’est pas une preuve de pauvreté linguistique

L’accent « bilingue » bien répandu dans l’Est ontarien et une partie de l’Outaouais n’est pas une démonstration d’une pauvre maîtrise de la langue française, selon une récente étude de l’Université d’Ottawa.

L’équipe dirigée par Shana Poplack, professeure éminente et titulaire de la Chaire de recherche du Canada au département de linguistique, a scruté le discours de 120 personnes bilingues (français-anglais) de la région de la capitale fédérale.

Elle a étudié « la relation entre la structure du mélange des langues et sa prononciation » avec ses collègues Suzanne Robillard, étudiante au doctorat, Nathalie Dion, coordonnatrice de la recherche au Laboratoire de sociolinguistique, et John Paolillo, professeur agrégé à l’Université de l’Indiana, Bloomington.

Pour utiliser un exemple facile à comprendre, citons celui la prononciation des mots « super » et « bar » avec un accent anglais ou un accent français. Cette prononciation ne trahit pas la qualité du message, résument les chercheurs.

Selon Mme Poplack, il existe un stéréotype fort selon lequel « les personnes bilingues ne parlent aucune langue correctement ». Il faudrait ainsi faire la différence entre l’accent propre à une région, la qualité du propos, et la connaissance de la langue.

« Les auditeurs se laissent souvent emporter par la prononciation d’une personne qu’ils ne remarquent même pas l’intégrité de sa grammaire », précise la chercheure.

Leur étude, rédigée en anglais, paraîtra en mars sous le titre « Revisiting phontic integration in bilingual borrowing » dans l’édition de « Language », la revue phare de la Linguistic Society of America (Société linguistique d’Amérique).

Mme Poplack et son équipe font la distinction entre les emprunts d’une langue à l’autre (aller faire la ‘grocerie’, au lieu d’aller ‘faire les courses’ ou ‘à l’épicerie’) à l’assimilation linguistique. « On donne même un article et un genre à ‘grocerie’. Cela ne change pas la structure de la pensée, dit-elle. On trouve déjà des mots francisés comme ‘bar’ dans le dictionnaire français. Les emprunts à d’autres langues ne sont pas qu’une affaire ‘anglais-français’ au Canada. On le voit partout. C’est universel. Même les gens du Sénégal parlant le wolof (une langue nationale de ce pays de l’Afrique de l’Ouest dont la langue officielle est le français) intègrent des mots français. Pourtant, leur pensée est formulée dans leur langue nationale. »

Pour la professeure éminente, « l’assimilation c’est lorsqu’on ne veut plus, ou qu’on ne peut plus parler la langue ».

« Malgré les apparences, ajoute la professeure, les locuteurs bilingues savent quelles frontières syntaxiques ne doivent pas être franchies, même lorsqu’elles passent de l’anglais au français dans une même conversation. On observe, dans notre échantillonnage, qu’une personne (qui emprunte un mot anglais dans une conversation en français) conserve très souvent la structure de la langue française. C’est observable dans les conversations de gens bilingues utilisant d’autres langues que l’anglais et le français. »