Carol Jolin, président de l’AFO, mobilise la résistance franco-ontarienne.

«La résistance» s’organise

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’apprête à annoncer la forme que prendra « la résistance » contre les assauts du gouvernement ontarien de Doug Ford.

Le mouvement sera lancé jeudi, une semaine après que les progressistes-conservateurs eurent aboli le Commissariat aux services français et fait passer à la trappe le projet d’université francophone.

Aussitôt ces compressions annoncées, le président de l’AFO, Carol Jolin, a exigé leur renversement. Plusieurs autres groupes de défense des droits linguistiques en ont fait de même.

En entrevue téléphonique mercredi, M. Jolin refusait de montrer toutes ses cartes, mais se disait fort de nombreux appuis au pays. Déjà plus de 10 000 personnes ont signé une pétition lancée la semaine dernière.

« Demain (jeudi) matin, les juristes de l’Ontario français ont été convoqués. Je pense qu’ils sont une cinquantaine. Ils vont être en conférence téléphonique et ils vont regarder toutes les possibilités d’actions légales, s’assurer que tout le monde est sur la même page, sur la même longueur d’onde. Et si on doit se rendre là, (...) on connaîtra nos options », a-t-il prévenu.

L’AFO compte 160 organismes communautaires et institutionnels qui sont tous mobilisés pour cette « résistance ».

Et la « résistance », selon M. Jolin, déborde des frontières ontariennes. « Aujourd’hui, c’est l’Ontario. Demain, ça pourrait être le Nouveau-Brunswick. On sait ce qui se passe là-bas. Donc, on est tous solidaires », a-t-il assuré.

La ministre fédérale de la Francophonie, Mélanie Joly, a, depuis une semaine, manifesté sa solidarité. Elle s’entretiendra, vendredi, avec la ministre ontarienne déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, et demandera que les décisions décriées par les Franco-Ontariens soient renversées.

L’espoir demeure « que le gouvernement ontarien fasse marche arrière », ce qui a « toujours été notre objectif », a déclaré Mme Joly en mêlée de presse, mercredi matin.

Si la bataille devenait juridique, le fédéral pourrait être un allié des Franco-Ontariens, la ministre Joly ayant annoncé que des sommes du programme de contestation judiciaire seraient bientôt disponibles.

« Si on doit se rendre là, on va faire demande au programme », a confirmé M. Jolin.

En attendant, l’idée de recommander une aide financière fédérale pour le projet d’université de langue française à Toronto, qui devait ouvrir ses portes en 2020, fait son chemin.

« Absolument qu’on peut faire ça. Mais on va tout analyser ça, regarder ça », a offert mercredi le libéral Denis Paradis, qui préside le comité permanent des langues officielles à Ottawa.

Or, c’est justement ce que les néo-démocrates fédéraux veulent.

« On demande que le gouvernement fédéral passe des mots aux actions concrètes. Pour régler ce problème, il faut investir dans l’université », a insisté le chef du Nouveau parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh, en conférence de presse, mercredi après-midi.

« C’est une crise [...] linguistique canadienne. C’est pour ça que ça prend une solution qui passe par le gouvernement fédéral », a ajouté son député responsable du dossier des langues officielles, François Choquette. Justin Trudeau « doit s’engager [...] financièrement à payer une partie de l’université », a réclamé M. Choquette.

Quelle partie ? Le NPD espère encore que MM. Trudeau et Ford pourront se parler et s’entendre sur la part que chacun paierait pour la création de cette université.

Mais M. Ford ne donne aucun signe de recul. Et au gouvernement Trudeau, on n’est pas très prêt à parler de financement. « C’est un beau projet qui est porté depuis longtemps par la jeunesse francophone en Ontario, a rappelé la ministre Joly. On a investi 2,7 milliards $ en langues officielles. Puis, c’est au gouvernement de l’Ontario d’en faire une priorité. »

De son côté, le premier ministre Trudeau a réitéré à son arrivée au parlement, mercredi matin, sa profonde déception face aux coupes annoncées la semaine dernière par le gouvernement de Doug Ford.

Il n’a toujours pas voulu dire s’il avait l’intention d’en parler directement à son homologue ontarien. Mais il n’a pas hésité à écorcher l’allié de Doug Ford à Ottawa : Andrew Scheer.

« Que le chef de l’opposition dise que c’est un enjeu provincial me déçoit énormément », a-t-il lancé, ajoutant que la défense du bilinguisme est la « responsabilité » de « tous les politiciens au niveau fédéral ».